Le paradoxe de l’exil

L’exil constitue un défi : D.ieu y est comme caché. Nous devons donc réveiller nos ressources spirituelles les plus profondes et renforcer notre attachement à Lui. Cette idée se retrouve dans la Paracha de cette semaine qui décrit les descentes successives vécues par le Peuple Juif en Egypte. Tant que Yossef et ses frères vivaient, les Juifs jouissaient de prospérité et de sécurité. Mais avec la mort du dernier fils de Yaacov, les travaux forcés firent irruption, on jeta dans le Nil les nouveau-nés et survinrent d’autres actes d’une cruauté inouïe. Et quand Moché apporta la promesse de la rédemption, l’oppression du Peuple Juif s’accrut encore au point que Moché lui-même s’écria : «Depuis que je me suis rendu chez le Pharaon pour parler en Ton nom, il a fait du mal à ce peuple» (Chemot 5 : 23).

Cependant, la Torah évoque également comment les Juifs implorèrent D.ieu, attirant Son attention (Chemot 2 : 2 3-24). En réponse, D.ieu transmit la promesse de la rédemption et l’engagement que «lorsque tu sortiras ce peuple d’Egypte, tu serviras D.ieu sur cette montagne» (Chemot 3 :12). En d’autres termes, D.ieu s’engagea à donner la Torah aux Juifs. Cela révéla la possibilité d’un lien plus élevé et plus profond avec D.ieu, rapprochement qui n’aurait pu être atteint auparavant.

L’histoire d’un nom

Ces deux pôles se retrouvent dans le nom de notre Paracha, Chemot, qui signifie «noms». Il existe deux dimensions dans le nom d’une personne. D’un côté, il représente les aspects extérieurs de son être, ce qui apparaît dans le fait que le nom de quelqu’un est nécessaire dans sa relation avec autrui. Il n’a pas besoin d’un nom pour lui-même. Cela va même plus loin ; plusieurs individus, avec des personnalités totalement différentes, peuvent partager le même nom, ce qui démontre que, du moins apparemment, le nom ne décrit pas qui nous sommes réellement.

Cependant, comme l’écrit Rabbi Chnéor Zalman de Lyadi dans le Tanya, un nom représente la nature d’une entité et sa force vitale. C’est un canal qui permet à cette nature intérieure de s’exprimer. Il ne s’agit pas simplement d’une idée théorique. Le nom affecte la conduite quotidienne. Nous observons que lorsque nous appelons une personne par son nom, nous attirons son attention. Plus encore, quand un homme s’évanouit, souvent il suffit de murmurer son nom à son oreille pour qu’il se réveille.

Lions ces observations aux concepts d’exil et de rédemption. Tant que n’est révélée que l’expression extérieure du nom des Juifs, il leur est possible d’être subjugués par les forces matérielles. Mais quand c’est l’essence du nom des Juifs, Israël, qui s’exprime, il n’y a aucun potentiel pour l’exil. Car le nom Israël indique que «nous avons combattu D.ieu et avec les hommes et avons gagné» (Beréchit 32 :29).

Cela souligne la différence fondamentale entre l’exil et la rédemption. L’exil ne représente pas, en effet, un changement dans l’essence de notre relation avec D.ieu. De Sa perspective, même en exil nous sommes «(Ses) enfants et (nous) changer pour une autre nation, Il ne le peut» (Kidouchin 36a). Et en ce qui concerne le Peuple Juif, nos Sages commentent le verset «je dors mais mon cœur est éveillé» (Chir Hachirim 5 :2) ainsi: «bien que je dorme en exil, mon cœur est éveillé pour le Saint béni soit-Il».

Quelle est la différence entre l’exil et la Rédemption ? Le fait que «notre nom est invoqué» et que nous répondions, c’est-à-dire que cette relation s’exprime ouvertement ou est cachée.

La destinée et la direction

Rien dans le cycle de l’exil et de la rédemption n’est dû au hasard. C’est un processus ordonné par D.ieu. Il désire que les Juifs atteignent des sommets dans le Service Divin et ainsi structura-t-Il les défis de l’exil pour nous obliger à exprimer notre potentiel spirituel le plus profond. Et Il nous donna la possibilité de les surmonter.

La Torah y fait allusion en mentionnant les noms des tribus, au début de la Paracha. Nos Sages expliquent que c’est un exemple qui nous montre la façon dont D.ieu chérit notre peuple : «Puisqu’ils sont comme des étoiles, Il appela chacun par son nom».

Dans la Loi de la Torah, nous rencontrons le principe selon lequel  une entité importante ne peut jamais être annulée». En répétant les noms du Peuple Juif, la Torah met l’accent sur leur importance pour D.ieu et assure que leur existence ne sera jamais annulée par l’exil.

La Torah ne mentionne pas le nom de notre peuple en tant qu’entité mais mentionne plutôt le nom de chacune des tribus, chacune représentant une approche différente du Service Divin. Cela attribue, non seulement à l’essence du Peuple Juif mais aussi à chaque approche individuelle, la force de supporter l’exil et de traverser cette expérience.

De l’exil à la rédemption

Le cycle de l’exil juif et de la rédemption est significatif pour le monde en général. Le but de la création est d’établir une résidence pour D.ieu. Elle est construite par l’engagement du Peuple Juif dans les différents aspects de l’expérience profane. Durant l’exil, les Juifs sont éparpillés dans différents pays et entrent en contact avec des cultures variées. Ainsi, le défi de l’exil renforce-t-il le lien avec D.ieu et élève-t-il également l’environnement, rendant manifeste la Divinité imprégnée dans notre monde.

La saga de l’exil et de la Rédemption n’est pas simplement une histoire qui appartient au passé. Bien au contraire, signe avant-coureur de la transition ultime de l’exil à la rédemption, elle affecte toutes les dimensions de notre existence présente. Pour emprunter une expression de Rabbi Yossef Its’hak (le Rabbi précédent) : «tout est prêt pour la Rédemption, les boutons eux-mêmes ont été polis». Il suffit que nous ouvrions nos yeux, reconnaissions les signes de l’influence de Machia’h et créions les moyens d’inclure l’humanité.