Kora’h, briguant pour lui-même la prêtrise et le poste de dirigeant du peuple juif, confiés par D.ieu à Aharon et Moché, est l’instigateur d’une révolte. D.ieu donne la preuve visible aux yeux de tous de la justesse de Son choix.

D.ieu ordonne qu’une Terouma (« prélèvement ») de chaque récolte de blé, de vin et d’huile, ainsi que chaque premier-né ovin ou bovin, ainsi que d’autres présents spécifiques (24), soient remis aux Cohanim (les prêtres).

La Paracha de cette semaine, Kora’h, suscite une question qui nous laisse perplexes. Pourquoi est-elle appelée « Kora’h » alors que ce dernier remit en question le principe selon lequel « Moché est la vérité et sa Torah est la vérité » ? Au lieu de voir son nom perpétué, n’aurions-nous pas dû le compter parmi ceux dont on dit : « les noms des impies devraient être éradiqués » ? La Guemara(Yoma 38b) offre, sur le nom des impies, le commentaire suivant : « leurs noms doivent être éradiqués par le fait que nous ne les mentionnons pas ». Et cela semble particulièrement adéquat ici puisqu’un commandement enjoint : « ne soyez pas comme Kora’h et sa faction ».

La question s’intensifie par le fait que la plupart des Parachiot sont nommées d’après leur premier mot (par exemple : Vayéra, Vayétsé, Vayichla’h, etc.). Cependant, dans notre Paracha, la procédure change. Au lieu du premier mot : Vayika’h, « et il prit », c’est le deuxième, Kora’h, qui a été choisi !

Les choses deviennent encore plus complexes si l’on observe ce qui suit : dans la Paracha Vayétsé, le second mot, Yaakov, n’est pas inclus dans le titre. Pourquoi donc ici, Kora’h en est le titre alors que celui-ci était un impie qui se rebella contre Moché ?

Pour comprendre l’explication, il nous faut faire la distinction entre l’individu qu’était Kora’h et la rébellion de Kora’h.

Le niveau spirituel de Kora’h était très élevé, par le fait qu’il avait d’illustres ancêtres. Il descendait d’Avraham, comme il est dit dans les Chroniques (I,6 :22-23) : « Kora’h le fils de Yits-har, le fils de Kehat, le fils de Lévi, le fils d’Israël (Yaakov) ». Enfant, « le souffle (de Kora’h) était pur et sans péchés », puis il fut l’un de ceux qui transportaient l’Arche Sainte. Ce n’est que plus tard, dans sa vie, quand il fut face au choix entre le bien et le mal dans ce monde, qu’il pécha en se révoltant contre Moché. Cependant, ce n’était pas son essence qui s’exprimait ainsi. Dans son essence, il était « le fils d’Israël » et le commandement « ne sois pas comme Kora’h et sa faction » n’intervient qu’après qu’il ait fauté.

Cette explication apporte la lumière sur les propos que tient Rachi sur le premier verset : « le fils de Yits-har, fils de Lévi ». Rachi commente : « il n’est pas mentionné « le fils de Yaakov » car ce dernier supplia pour lui-même que son nom ne soit pas associé à leur rébellion.

Et quand son nom est-il alors mentionné ? Quand leurs généalogies sont rappelées par rapport au service (dans le Temple), dans les Chroniques : « les fils d’Eviassaf, le fils de Kora’h, le fils d’Yits-har, le fils de Kehat, le fils de Lévi, le fils d’Israël ».

On peut comprendre que Rachi explique pourquoi Yaakov n’est pas mentionné mais pourquoi juge-t-il nécessaire d’indiquer, dans la deuxième partie de son commentaire, l’endroit où il l’est ?

La raison en est la suivante : quand un jeune enfant étudie la rébellion de Kora’h contre Moché, il pose immédiatement la question : « si Kora’h était une si mauvaise personne, pourquoi la Paracha prend-elle son nom ? »

La seconde partie du Rachi répond à cette question. Rachi nous pousse à considérer Kora’h en tant qu’individu, faisant donc une distinction entre la personne et l’acte de rébellion qui porte son nom. Nous observons que la lignée de Kora’h remonte jusqu’à Yaakov et descend jusqu’à ses descendants qui servirent dans le Temple.

Nous en concluons que, par essence, Kora’h était bon, que les fautes qu’il commit ne constituaient qu’un facteur extérieur. La sentence : « bien qu’il ait péché, il reste un Juif » indique qu’un péché est un élément extérieur au Juif. Maïmonide déclare qu’un Juif n’a pas le désir de pécher mais que « son inclination l’y force ». Il n’est jamais trop tard pour un Juif de se repentir, de revenir à D.ieu puisque « personne ne sera banni de Lui. »

Nous rencontrons d’autres exemples de Juifs qui, comme Kora’h, commirent de graves erreurs, tout en étant d’une stature très élevée. Yeroboam, le fils de Névot, était l’opposé de celui qui est « lui-même méritant et causa d’autres à gagner du mérite. » Néanmoins, il est la seule personne dont il est dit que D.ieu désira lier Son nom avec lui, de son vivant.

Le même concept s’applique à Kora’h. Le fait qu’il eût très gravement fauté n’avait pas d’impact sur le niveau personnel si élevé qu’il avait atteint. Il pécha parce que « son inclination l’y força. »

Deux leçons se dégagent de ce qui précède.

Tout d’abord, nous comprenons pourquoi cette Paracha peut s’appeler Kora’h.

D’autre part, et c’est encore plus important, chacun peut tirer ici un enseignement. Nous apprenons que tout en se préservant des influences adverses, nous devons entreprendre de rapprocher chaque Juif à la Torah. Même si, extérieurement, il a l’apparence d’un Kora’h, en réalité ce Juif peut être touché si on l’approche de façon appropriée. Nous savons que si « nous éduquons un enfant dans son propre chemin, quand il sera plus âgé, il ne s’en détournera pas. »

Il est sûr que nous pouvons réussir dans notre tâche, car « personne ne sera banni de Lui », et donc aider à précipiter la réalisation de la promesse « Je la hâterai (la Délivrance) », avec la venue de Machia’h.