Le calendrier est, pour le peuple juif, bien plus qu’un outil utile de suivi du temps qui passe. Il est littéralement constructeur d’une avancée spirituelle. C’est dire que, lorsqu’on relève, comme cette année-ci, que nous vivons un Adar I avant le mois d’Adar II qui contiendra la fête de Pourim, cela ne peut que retenir l’attention.

Et celle-ci ne fait que grandir quand on constate qu’Adar I comprend un jour dénommé « Pourim Katan – petit Pourim » qui, bien sûr, tombe le 14 Adar I comme le « grand » Pourim en Adar II. Dire que c’est une simple évocation du rendez-vous à venir ne peut rendre compte de la richesse du temps juif. De fait, il suffit d’observer que, dans la série des deux Pourim, il est placé en premier comme pour nous indiquer qu’il recèle une leçon primordiale. Du reste, la loi juive va jusqu’à préciser que la seule véritable différence existant entre l’un et l’autre, c’est que, au jour du « petit Pourim », on ne fait pas la lecture publique de la Méguila, le livre d’Esther, et on ne donne pas aux pauvres plus qu’à l’accoutumée. En d’autres termes, tout Pourim se trouve déjà ici, et de façon première. L’allégresse de Pourim a un motif manifeste : en ce jour, le peuple juif obtint une victoire totale et inespérée sur les ennemis qui avaient projeté son anéantissement. C’est cette inversion miraculeuse du cours des choses que la joie couronne d’année en année. Pourim porte donc en lui une puissance et c’est à présent en nous qu’elle se trouve. On l’a dit, les éléments spirituels essentiels de la période ont leur pleine expression dès aujourd’hui. Et ce premier Pourim les incarne avec d’autant plus de force qu’il porte le beau nom de « petit ». C’est que l’histoire a pu connaître bien des orgueilleux, hommes ou empires, réduits aujourd’hui au mieux à l’état de simples souvenirs. Le peuple juif, parce qu’il se ressent comme « petit » devant son Créateur disent les commentateurs, a traversé les âges. Mais force est de le noter : chaque jour nous livre des nouvelles qui semblent mettre en péril une certaine stabilité/sécurité que les années avaient fini par construire. Certes, le monde a changé depuis déjà quelque temps mais voici que des mots, des actes qu’on croyait disparus avec la folie des hommes ressurgissent avec une force qu’on ne leur connaissait plus. Sur ce fond de combats pourtant, une nouvelle lumière monte et elle éclaire nos pas. Le « petit Pourim » apporte sa grandeur : comme dans la Perse antique, les menaces ne peuvent nous effrayer. Voici déjà qu’elles disparaissent, chassées de notre conscience avant même le premier vent du printemps.