A peine a-t-il permis aux Enfants d’Israël de quitter l’Egypte que le pharaon se lance à leur poursuite pour les obliger à revenir. Le peuple hébreu se trouve pris au piège, entre les armées égyptiennes et la mer. D.ieu dit à Moché de lever son bâton au-dessus de l’eau et la mer s’ouvre pour permettre au Peuple Juif de passer puis elle se referme sur les assaillants égyptiens. Les Enfants d’Israël entonnent un chant de louange et de gratitude à l’égard de D.ieu.

Dans le désert, le peuple souffre de faim et de soif et se plaint sans cesse à Moché et Aharon. D.ieu adoucit miraculeusement les eaux amères de Marah et par la suite, Moché fait jaillir de l’eau d’un rocher, en le frappant de son bâton. Grâce à son mérite, la Manne tombe des Cieux, chaque matin avant l’aube, et des cailles apparaissent, chaque soir, dans le camp d’Israël.

Les Enfants d’Israël reçoivent l’instruction de ramasser, chaque vendredi, une double portion de la Manne, puisqu’elle ne tombera pas le Chabbat, décrété par D.ieu comme jour de repos. Certains désobéissent, veulent en ramasser le septième jour mais n’en trouvent pas. Aharon préserve une petite quantité de Manne dans une fiole, comme témoignage pour les générations futures.

A Refidim, le peuple est attaqué par Amalek qui est vaincu grâce aux prières de Moché et une armée levée par Yehochoua.

Les consommateurs de Manne

« Voici je ferai pleuvoir sur vous le pain du Ciel » (Chemot 16 :4)

Chaque fois que l’on fait descendre sur terre quelque chose de sublime, il semble que ce transfert lui fasse perdre un peu de sa substance. Dans une certaine mesure, quand une théorie est mise en pratique ou qu’une grande source d’inspiration est appliquée à la vie quotidienne, le résultat semble moins pur que l’original.

Et puis survient la Manne.

La Manne était « le pain du Ciel » qui nourrit toute la première génération de notre nation, dans notre périple dans le désert du Sinaï et notre acquisition de la sagesse de la Torah.

En fait, nos Sages affirment que « la Torah a été donnée pour être développée qu’à ceux qui consomment la Manne » (Midrach Me’hilta, Bechala’h 17).

Que signifie cette déclaration ? S’il est vrai que la Torah relate que Moché et Aharon préservèrent, pour la postérité, une jarre contenant de la Manne, ce pain céleste ne fait plus partie de notre régime alimentaire depuis plus de trois mille ans. Cela signifie-t-il que les générations « post Manne » sont incapables d’expliquer la Torah ?

Ou bien sommes-nous aujourd’hui aussi, d’une certaine façon, des consommateurs de Manne ?

Une digestion parfaite

La Torah décrit la Manne comme étant l’aliment parfait. La portion individuelle de tout un chacun répondait parfaitement à ses besoins, sans qu’il n’y en ait une quantité supérieure ou inférieure.

De plus, la Manne renfermait les besoins nutritionnels de chacun, si précisément qu’il n’y avait aucun déchet. Les membres et les organes du corps l’absorbaient et l’utilisaient d’une façon complète et optimale.

L’alimentation représente un exemple parfait de « perte » qui accompagne la transition entre l’esprit et la substance. Dans l’une des profondes merveilles de la nature, le Créateur a attribué aux denrées alimentaires matérielles l’aptitude à soutenir la vie. Mais étant donné que ces énergies vitales ont été incorporées dans du pain et de la viande, éléments matériels, et qu’elles accèdent au corps par le biais du processus physique de la digestion, cette transformation reste imparfaite.

Bien que la nourriture soit l’incarnation matérielle d’une force vitale spirituelle, cette incarnation n’est pas parfaite. Ses éléments les plus grossiers n’ont pas d’utilité nutritionnelle et sont donc rejetés par le corps.

Il y a donc « le pain du corps » et puis il y a « le pain de l’âme ».

Le Livre des Proverbes, nous recommandant de nourrir notre vie de la Sagesse Divine de la Torah, nous enjoint : « Venez, partagez Mon pain » (Proverbes 9 :5).

L’âme possède elle-aussi ses besoins nutritionnels. Elle requiert un régime de sagesse, de savoir et d’inspiration pour soutenir, développer et donner de la vitalité à sa vision et ses entreprises spirituelles.

Comme en ce qui concerne le corps, l’âme devient ce que nous mangeons, métabolisant les stimuli qu’elle ingère et digère, pour en faire la substance-même de son existence.

On pourrait rétorquer alors que lorsque les concepts spirituels de la Torah sont amenés sur terre et appliqués à notre existence quotidienne, une certaine quantité de « déchet » est inévitable, que certains aspects du message de la Torah et de son moyen de communication peuvent s’avérer archaïques et superflus dans le cours du processus digestif, tout comme c’est le sort de chaque tentative de passage du spirituel au matériel.

Vient alors la Manne pour nous éclairer : ce qui vient d’être dit n’est vrai que pour « le pain de la terre », de la tentative humaine pour appliquer le sublime au prosaïque, au concret.

Mais la Torah est « le pain du Ciel », une incarnation parfaite, complètement efficace de la Sagesse et de la Volonté Divines.

La permission d’interpréter la Torah n’est-elle donc accordée qu’à « ceux qui consomment la Manne », à ceux qui sont conscients qu’il n’y a aucun déchet ou aucun choix à faire dans l’application intemporelle de la Torah à l’expérience humaine, que la Torah est l’aliment vital parfait, digéré, sans faire de déchet, à n’importe quel âge et dans n’importe quelle culture, qu’il imprègne et donne de la vitalité à chaque membre, chaque organe de l’univers, tout en n’étant jamais alourdi ou compromis par son application dans l’essentiel de la vie matérielle.