Plus qu’une simple commémoration de l’histoire appartenant au passé, une fête juive est un événement que l’on se doit de vivre personnellement.

Chaque fête juive porte en elle un message contemporain pour chaque Juif, en tout temps et en tout lieu. Cela est particulièrement vrai pour Pessa’h. Comme le déclarent nos Sages (Pessa’him 10) : « Dans chaque génération, chacun doit se considérer comme s’il avait personnellement quitté l’Égypte ». Tel est l’objectif du Séder de Pessa’h : donner à chacun l’opportunité de vivre une sortie de sa propre maison d’esclavage. L’ouverture du Séder exprime ce concept en introduisant le récit de l’histoire de l’Exode d’Égypte avec la déclaration « Hé La’hma Aniya » – « Voici le pain de l’affliction ». Dans son Choul’han Arou’h, Rabbi Chnéor Zalman note (Choul’han Arou’h HaRav 473:37): « Ceux qui sont scrupuleux veilleront à dire : k’a La’hma Aniya ou Ha keLa’hma Aniya – C’est comme le pain d’affliction – puisque la Matsa que nous consommons n’est pas le véritable pain que mangèrent nos ancêtres. » Cependant, dans son édition de la Haggada, il choisit l’expression « Hé La’hma Aniya ». Cela a pour but de souligner le fait que le Séder a pour objet de nous émouvoir au point que nous-mêmes vivions une libération de l’esclavage et considérions la Matsa qui est placée devant nous comme « le pain d’affliction que nos ancêtres mangèrent en Égypte. » Bien que nous ne soyons jamais allés en Égypte ni n’ayons véritablement vécu d’esclavage, cette libération peut représenter pour nous une réalité concrète. En effet, la ‘Hassidout explique que l’Égypte ne représente pas qu’un lieu géographique mais également un état d’esprit. En fait, le mot hébreu pour « Égypte », « Mitsrayim », est très proche, étymologiquement, du mot « Metsarim » qui signifie « contraintes » ou « limites ». En d’autres termes, sortir de notre Égypte personnelle implique le fait de nous dépasser, de nous élever au-dessus de nos limites naturelles. Nous possédons tous en nous une étincelle divine. Et, tout comme D.ieu Lui-même, cette étincelle est infinie et illimitée. A notre niveau personnel, l’Égypte symbolise ces influences et ces forces qui confinent et limitent notre potentiel spirituel. La nature de cette Égypte personnelle varie selon le caractère et le degré de raffinement de chacun. Pour l’un, il peut s’agir de désirs égoïstes et de penchants naturels. Pour un autre, il sera question des entraves de l’intellect et de la raison. Il existe même une « Égypte de la solitude », l’état dans lequel se trouve la personne qui, engagée dans ses propres progrès personnels, restreint son potentiel d’avancer encore, considérant ses limites naturelles comme permanentes. Toutes ces « Égyptes » limitent notre nature divine. Quitter l’Égypte signifie sauter par-dessus toutes ces barrières (et bien d’autres encore) et permettre à notre infini potentiel spirituel de faire surface. Une expérience personnelle de la délivrance affecte la totalité de notre service divin. Tant qu’une personne vit dans son Égypte, tant que son potentiel divin infini ne peut s’exprimer, elle ne peut percevoir l’observance de la Torah et des Mitsvot que comme extérieures à elle-même, séparées de l’essence de son être. Quand, au contraire, elle revit l’Égypte et découvre sa nature divine essentielle, elle développe un lien plus profond avec la Torah. C’est ainsi que vivre une « sortie d’Egypte » personnelle devient « un important fondement et un pilier solide de notre Torah et de notre foi » dont l’impact s’étend bien plus loin qu’au seul moment de la célébration de Pessa’h et s’applique à chaque moment de notre vie. Quand l’on comprend ainsi cette histoire, chaque dimension de la conduite du Juif et chaque Mitsva qu’il accomplit constituent un pas en dehors de l’Égypte et manifestent l’expression de son potentiel divin, une occasion de réaliser son être véritable. Pour insister encore davantage sur l’idée, Rabbi Chnéor Zalman omet le passage commençant par : « ‘Hassal Sidour Pessa’h » – « le Sidour de Pessa’h a été conclu » de son texte de la Haggada. Dans le même sens, nous rappelons la sortie d’Égypte dans nos prières quotidiennes, à la fois le matin et le soir. Un point tournant dans l’histoire spirituelle On peut aborder la signification toujours actuelle de la sortie d’Égypte selon une autre perspective. La Torah dit du Peuple juif : « Ils sont Mes serviteurs que J’ai fait sortir de la terre d’Égypte ; ils ne doivent pas être vendus en esclavage ». La délivrance d’Égypte et l’expérience du Don de la Torah qui s’ensuivit établirent l’identité du Peuple juif comme « serviteurs de D.ieu et non serviteurs de serviteurs ». Après avoir quitté l’Égypte, il ne pourrait plus jamais revivre le même genre de servitude. Le Maharal de Prague explique que la liberté que l’on obtint ainsi transforma la nature essentielle de notre peuple. Nous acquîmes alors le statut d’hommes libres. Malgré les conquêtes et les sévices qui suivirent, sous le joug des nations étrangères, la nature fondamentale du Peuple juif n’a jamais changé. Notre liberté est préservée parce que, dans un sens spirituel, D.ieu nous sort constamment d’Égypte. Le miracle de la délivrance n’est donc pas un événement qui appartient au passé mais il se produit chaque jour, dans notre vie quotidienne. Et cette expérience se trouve intensifiée durant la fête de Pessa’h. Que l’expérience individuelle de la libération, vécue par chacun à ce moment précis, hâte la Délivrance de tout notre peuple et conduise à la réalisation du cri d’espoir que l’on lance à l’apogée de la Haggada : « Lechana Habaa biYerouchalayim » – « l’an prochain à Jérusalem », avec la venue de notre juste Machia’h.