C’était une famille juive éloignée de toute pratique du judaïsme, qui avait réussi à quitter l’Union Soviétique et s’était installée à Chicago, dans la maison d’un lointain parent qui était un ‘Hassid de Loubavitch.

Le jeune garçon de onze ans demanda alors à se faire circoncire. Comme le veut la coutume, il devait choisir un prénom hébraïque et il décida de se faire dorénavant appeler Meïr Chlomo, comme le grand-père du Rabbi, Rabbi Meïr Chlomo Yanovsky, Rav de la ville de Nikolaïev et père de la Rabbanit ‘Hanna Schneerson.

Peu après cette Brit Mila, la famille déménagea dans une maison individuelle, toujours à Chicago. Mais le jeune Meïr Chlomo exigea au préalable de pouvoir observer le Chabbat dans la nouvelle maison et de disposer de sa propre cuisine cachère. Peu enthousiaste, le père dut pourtant se résigner devant l’entêtement de son fils.

Adolescent, Meïr Chlomo partit étudier à la Yechiva Ohr Elchonon Chabad à Los Angeles car on y enseignait aussi les matières profanes d’un haut niveau – pour se conformer au souhait de ses parents. Il avait seize ans : pour les matières générales, il avait des compagnons de son âge. Mais pour les matières juives, il dut se contenter d’étudier avec des garçons de trois ans plus jeunes que lui. En trois mois d’étude acharnée, il sauta trois classes et put rejoindre la classe correspondant à son âge.

A cette époque, un des jeunes émissaires du Rabbi dans cette Yechiva était Mena’hem Mendel Kaplan, actuellement Chalia’h à Toronto (Canada). Il s’attacha à cet étudiant prometteur et étudia chaque jour avec lui de profonds discours ‘hassidiques jusque tard dans la nuit.

La veille de Chavouot, tous les étudiants de cette Yechiva voyagèrent à New York afin de passer la fête auprès du Rabbi, à Brooklyn. Quelques jours auparavant, le jeune Meïr Chlomo avait glissé et s’était cassé le bras gauche : refusant de perdre du temps à se soigner, il avait préféré souffrir en silence. De retour à la Yechiva, il se fit remarquer malgré tout car il s’endormait pendant les cours. Or, il était connu pour son assiduité – après tout, n’avait-il pas sauté trois classes en trois mois ? Il s’avéra qu’à cause des douleurs intenses dans le bras, Meïr Chlomo ne parvenait pas à dormir la nuit. A l’hôpital, le médecin diagnostiqua « la maladie » de l’os du bras et prescrivit divers traitements à effectuer chez ses parents à Chicago. Contacté, le Rabbi demanda qu’on fasse vérifier ses Téfilines : à Los Angeles, on trouva qu’ils étaient parfaitement cachères. On envoya alors ces Téfilines à New York où un Sofer (scribe) détecta une fente dans le parchemin sur le mot Yadé’ha (ta main…), ce qui rendait les Téfilines non-cachères. Quant aux médecins de Chicago, ils déclarèrent qu’il fallait amputer le bras afin d’éviter que la maladie ne se propage dans tout le corps !

Meïr Chlomo refusa toute opération tant qu’il n’aurait pas reçu la bénédiction du Rabbi. L’opération était prévue pour le lundi 28 Sivan 5751 (1991). Dans la Yechiva à Los Angeles, on organisa un tirage au sort pour déterminer qui aurait le privilège de voyager avec Meïr Chlomo chez le Rabbi. Le dimanche 27, les deux amis de Yechiva firent la queue pour passer prendre un dollar de la main du Rabbi (à remettre à la Tsedaka). Auparavant, ils avaient prévenu le secrétaire, le regretté Rav Leibel Groner de l’urgence de la situation afin qu’il le mentionne juste avant qu’ils passent devant le Rabbi. Or, le moment venu, il se passa quelque chose d’inhabituel : le Rabbi baissa la tête et ne regarda pas Meïr Chlomo. Il demanda à Rav Groner qui le lui présentait :

– ‘Haïm Meïr ?

– Meïr Chlomo Dubinsky, précisa Rav Groner.

– Où étudie-t-il ?

– Dans la Yechiva Ohr Elchonon.

Le Rabbi tendit alors un billet d’un dollar à Meïr Chlomo, tout en gardant étonnamment la tête baissée et comme s’il parlait à une troisième personne :

– A remettre à la Tsedaka.

Rav Groner précisa au Rabbi que c’était Meïr Chlomo lui-même qui était devant lui et le jeune homme se mit alors à parler lui-même au Rabbi, en russe. (Par la suite, il raconta qu’il sentait qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire car le Rabbi refusait de le regarder ! Il s’enhardit néanmoins et insista.) Finalement, le Rabbi lui accorda – en russe – une bénédiction pour la guérison et pour le succès matériel et spirituel en lui tendant trois billets d’un dollar.

Dubinsky rentra à Chicago. Le lundi matin, il fut appelé à la Torah et on officialisa son nouveau prénom : ‘Haïm Meïr comme le Rabbi l’avait mentionné. Puis, à l’hôpital, il insista pour qu’on refasse tous les examens car il refusait de se laisser opérer. Les médecins n’étaient pas d’accord de tout recommencer et il décida alors de demander à d’autres médecins qui, eux, annoncèrent qu’il n’y avait pas besoin d’amputer le bras car il s’agissait uniquement d’une fracture et non de « la maladie » ! On fit appel à d’autres spécialistes, à Cleveland et eux aussi conclurent que c’était une fracture.

Dubinsky exigea de garder près de lui pendant l’opération les billets qu’il avait reçus du Rabbi. Après l’opération, le chirurgien l’avertit qu’il souffrirait de violentes douleurs et lui donna des comprimés : « Ils coûtent 100 dollars chacun, ne les utilisez que si vous en avez vraiment besoin et rendez-moi ceux qui restent ». Au bout d’une semaine, Dubinsky lui rendit tous les comprimés sauf un… Peu de temps après, il retourna à la Yechiva et offrit un grand repas de remerciement à D.ieu.

Traduit par Feiga Lubecki

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