Le Recit de la Semaine

avionNous sommes devenus Chlou’him (émissaires du Rabbi) et nous nous étions installés à l’Université Drexel de Philadelphie le 24 Tévet 5771 (2011). Nous aurions bien entendu voulu tout de suite trouver un bâtiment qui pourrait abriter les activités que nous allions initier. Mais nous n’avions évidemment pas le budget pour cela. Nous avons donc loué un appartement spacieux pour nous et c’est là que nous avons commencé : les quelques 900 étudiants juifs du campus affluaient chez nous pour des cours, des repas de Chabbat, des demandes de conseils…

Au bout de quelques mois, il était évident que nous devions chercher un logement plus grand pour mieux accueillir tous ces jeunes.

Bien que nous remportions un franc succès et avions réussi à contacter de nombreux étudiants pour les rapprocher de la pratique du judaïsme, nous n’avions pas les moyens d’obtenir un endroit plus grand. De plus, nous devions aussi aller jusqu’au bout du bail que nous avions signé pour notre appartement. J’hésitai avant de m’engager dans d’autres initiatives mais mon épouse insistait qu’il fallait « voir grand » et le plus tôt serait le mieux. Nous sommes donc restés aux aguets, gardant grands ouverts nos yeux et nos oreilles.

Un jour, alors que ma femme venait me rejoindre sur le campus, elle remarqua une maison à vendre : l’emplacement était parfait mais pas la maison, bien trop petite pour l’usage auquel nous la destinions. Nous sommes allés la visiter, à tout hasard. Une fois sur place, le propriétaire qui nous accueillit nous demanda si nous comptions acquérir un terrain pour notre Beth ‘Habad ! Interloqués, nous avons répondu par l’affirmative. Il nous expliqua alors qu’il avait une autre maison à vendre un peu plus loin du campus et qui conviendrait à nos activités. Elle n’était pas encore sur le marché mais il proposa de nous la montrer.

De fait, la maison était située au cœur du quartier où logeaient les étudiants, vraiment idéale pour notre Beth ‘Habad. Elle possédait une superbe bibliothèque qui pouvait devenir synagogue, une très grande salle à manger et un grand débarras pour stocker des provisions.

Mais bien entendu, le problème était l’argent. La seule option à notre disposition était de demander l’aide du philanthrope M. George Rohr qui s’engageait à aider généreusement les Chlou’him qui s’occupaient des étudiants. De fait, il aidait surtout les Chlou’him déjà sur place depuis quelques années et nous ne pensions pas être prioritaires. Mais nous ne pouvions pas laisser passer cette affaire et il fallait agir vite car, bientôt, la maison serait mise en vente.

Une semaine plus tard, nous sommes partis à New York, prier au Ohel, le cimetière Montefiore à Queens où repose le Rabbi. Comme le veut la coutume, nous avons écrit une lettre avec tous les détails concernant notre futur Beth ‘Habad en demandant bien sûr des bénédictions pour pouvoir acheter cette maison. Nous étions certains qu’avec les bénédictions du Rabbi, l’impossible deviendrait possible.

A notre retour à Philadelphie, nous avons découvert avec horreur que l’entrée de notre appartement était inondée avec de l’eau qui coulait d’un tuyau du plafond. Ma femme – qui avait souvent répété aux étudiants que quand il pleut, c’est un signe de bénédiction, comme le disait le Baal Chem Tov – se tourna vers moi en riant, oui en riant et constata simplement : « Apparemment, nous allons recevoir plein de bénédictions ! ». C’est effectivement ce qui se passa.

Ce cas de force majeure nous permettait de mettre fin au bail avant le délai normal et c’était déjà un résultat positif. Nous avons téléphoné au propriétaire de la maison que nous convoitions pour l’informer que nous étions obligés d’emménager au plus vite et il accepta de nous la louer en attendant : le prix qu’il en demandait était pratiquement le triple du loyer de notre appartement inondé. Par ailleurs, nous avons contacté notre assurance. Après des heures passées au téléphone, nous avons réussi à convaincre les assureurs que, bien que ce nouveau loyer soit supérieur à l’ancien, la maison convenait parfaitement à nos besoins. Merveille des merveilles, l’assurance accepta de prendre en charge ce loyer astronomique. De plus, comme l’ancien logement était inhabitable pendant un certain temps, le propriétaire n’exigeait pas de frais de rupture du bail.

Ce déménagement nous permettait déjà d’entrer dans «la» maison : mais l’assurance ne paierait notre loyer que les quelques mois que durerait la rénovation de l’ancien appartement. De plus, le propriétaire de «notre nouvelle maison» n’allait pas nous laisser louer les lieux très longtemps sans l’acheter. Nous avons contacté M. Rohr et, je le remercie vraiment du fond du cœur, il nous accorda un prêt ; nous avons lancé une énorme campagne de collecte de fonds, ce qui nous a permis de lever l’hypothèque – ce qui était un véritable miracle en soi ! Nous avons complété l’achat juste quelques jours avant le délai imparti.

Le Rabbi continue de nous inonder de bénédictions, surtout en ce qui concerne notre Beth ‘Habad. Nos étudiants sont bien conscients que nous profitons de cette maison grâce à sa bénédiction.

L’année dernière, lors du Dîner Annuel marquant le jour où nous sommes arrivés à l’université Drexel, un étudiant a porté un toast et, en trinquant Le’haïm, a souhaité en riant que, puisque nous étions là grâce à une inondation, il nous souhaitait une autre inondation !

Quelque temps plus tard, un de mes amis proches me téléphona pour me parler d’une lettre imprimée à la fin du volume 16 de Likouté Si’hot (page 506) ; dans cette lettre, le Rabbi écrivait à une personne qui avait du mal à payer son loyer :

« J’ai entendu de mon beau-père, le Rabbi (précédent) – à propos des caisses de charité – qu’il citait la sentence de nos Sages : «Celui qui reçoit une pièce de Iyov (Job) est béni». Je vous envoie donc un chèque de l’une de ces caisses qui existe encore jusqu’à aujourd’hui. Vous devez mêler cette somme avec l’argent que vous allez ramasser pour payer votre dette : certainement la promesse du Rabbi (précédent) sera accomplie.

« Afin d’augmenter la bénédiction et renforcer votre lien avec la personne responsable de cette caisse, c’est-à-dire le Rabbi (précédent), vous devrez suivre les directives de la ‘Hassidout à ce sujet, donc étudier ses paroles de Torah et adhérer à ses directives.

«Il serait donc approprié qu’à partir de maintenant, vous respectiez scrupuleusement les études quotidiennes de ‘Houmach, Tehilim, Tanya, d’étudier ses paroles de Torah (il ne faudrait pas que trois jours se passent sans cette étude) et fixer des moments pour étudier ses discours ‘hassidiques».

A cette époque, nous avions du mal à rembourser l’emprunt et, après avoir lu cette lettre, je résolus d’être plus méticuleux dans mon étude quotidienne et régulière.

Quelques jours plus tard, nous sommes allés assister à une Sim’ha (occasion joyeuse) familiale. A notre retour, croyez-le ou non, nous avons trouvé notre cuisine submergée par une fuite d’eau !

La mère d’un de nos étudiants apprit notre souci et, avec son fils, initia une campagne de collecte de fonds qui nous rapporta une somme considérable, provenant de personnes que nous n’aurions jamais imaginé qu’elles donneraient quoi que ce soit pour nous. Ceci nous permit de reconstruire et d’agrandir notre cuisine – la pièce la plus importante pour toute communauté, n’est-ce pas ? Une telle extension ne figurait certainement pas dans notre budget et certainement pas à ce moment. Cette nouvelle campagne ouvrit pour nous de nouvelles portes, ce qui nous permit de donner une envergure considérable à notre action parmi les étudiants.

Oui, vraiment une inondation de bénédictions de la part du Rabbi !

Rav Chaim Goldstein – A Chassidisher Derher

Traduit par Feiga Lubecki