Après un séjour de vingt ans à ‘Haran, Yaakov revient en Terre Sainte. Il envoie des anges émissaires à Essav, dans l’espoir d’une réconciliation mais il s’avère qu’Essav est sur le chemin de la guerre avec quatre cents hommes armés. Yaakov se prépare à la guerre, prie et envoie un cadeau considérable à Essav.

En cette nuit, Yaakov fait traverser la rivière Yabok aux siens mais il reste en arrière et rencontre un ange, représentant l’esprit d’Essav avec lequel il se bat jusqu’à l’aube. Malgré une hanche disloquée, il sort vainqueur du combat et reçoit de l’ange le nom Israël qui signifie « il l’a emporté sur le Divin ».

La rencontre entre les deux frères a lieu, ils s’embrassent mais se séparent. Yaakov s’installe sur un terrain qu’il achète près de Che’hem. Le prince de cette ville, Che’hem abuse de Dina, la fille de Yaakov et ses deux frères, Chimone et Lévi la vengent en tuant tous les hommes de la ville.

Yaakov continue sa route.

Ra’hel meurt en donnant naissance à son second fils, Binyamine. Elle est enterrée au bord de la route, près de Beth Lé’hem.

Réouven perd son droit d’aînesse en commettant une indiscrétion par rapport à la vie intime de son père.

Yaakov arrive à ‘Hévron, chez son père, qui meurt plus tard, à l’âge de 180 ans (Rivkah est morte avant le retour de Yaakov).

La Paracha se conclut par le décompte détaillé des femmes, enfants et petits-enfants d’Essav, l’histoire du peuple de Séir au sein duquel s’installe Essav et par la liste des huit rois qui dirigent Edom, la terre des descendants d’Essav et de Séir.

Le sens d’un baiser

Trente-quatre ans se sont écoulés et Yaakov rencontre son frère Essav (Yaakov avait passé quatorze ans à la Yechiva de Ever et vingt ans chez Lavan). Essav l’enlace, l’embrasse et sanglote (Beréchit 33 : 4). Au-dessus du mot hébreu « et il l’embrassa » (Vayichakéhou) se trouvent six points. Comme le suggère Rachi, ces six points indiquent qu’Essav n’embrassa pas Yaakov de tout son cœur. Que signifie ce « demi baiser » et pourquoi précisément ces six points au-dessus du mot ? Les commentateurs expliquent que des points placés au-dessus d’un mot diminuent la force de son sens. Cependant, ils n’apportent pas la signification de leur nombre précis, ici : six.

Le combat avec l’ange

Précédemment, dans la Paracha Toledot, nous avons entendu Its’hak s’exclamer : « la voix est la voix de Yaakov et les mains sont les mains d’Essav » (Beréchit 27 :22). Le Zohar explique que lorsque Yaakov se sert de sa voix pour étudier la Torah, les mains d’Essav n’ont aucune force. En revanche, lorsque Yaakov n’utilise pas sa voix pour étudier la Torah, les mains d’Essav se renforcent. S’appuyant sur cet enseignement, le Zohar propose une perspective originale sur le combat entre l’ange d’Essav et Yaakov.

Yaakov représente les étudiants en Torah. L’ange d’Essav se bat avec Yaakov dans une tentative de l’empêcher d’ « utiliser sa voix » dans l’étude de la Torah. N’y parvenant pas, l’ange finit par frapper Yaakov à l’articulation de la hanche. L’articulation de la hanche supporte le corps entier. Cela représente donc les contributions financières supportant l’étude de la Torah. L’ange estimait que puisqu’il ne pouvait porter atteinte aux étudiants eux-mêmes, il pourrait néanmoins les empêcher d’étudier en portant atteinte à leurs bienfaiteurs. Il porta à Yaakov une blessure temporaire mais Yaakov remporta le combat. Cela signifie que les étudiants allaient poursuivre leurs études, en dépit du manque d’aide financière.

Constatant que l’ange avait échoué, Essav prit conscience qu’il devrait faire le travail lui-même. Il tenta donc une nouvelle approche : il embrassa Yaakov.

Un baiser : l’âme de la Torah

Selon la mystique juive, « l’âme de la Torah », le baiser est une métaphore pour l’étude de la Torah. Rachi suggère, à propos d’un verset du Cantique des Cantiques (Chir Hachirim 1-2) qu’il s’agit plus précisément de l’étude de la pensée mystique de la Torah. C’est pourquoi le « demi baiser » d’Essav, marqué de six points, était une tentative de dire à Yaakov que s‘il acceptait qu’il étudie la Torah, cela ne devait concerner que le « corps » de la Torah, les Six livres de la Michna, mais non l’âme de la Torah » (la mystique).

Cependant, Yaakov revint à la maison de son père Chalem, c’est-à-dire « entier », dans son corps et dans son âme. Rachi explique que cela signifie que Yaakov conserva la totalité de son corps, de son argent et de sa connaissance de la Torah.

A la lumière de ce qui précède, nous pouvons en conclure que le « corps de Yaakov » est le corps de la Torah, son argent représente les bienfaiteurs. Sa « connaissance de la Torah » se réfère tout particulièrement à l’âme de la Torah : les enseignements mystiques de la Cabbale et de la ‘Hassidout.

Le 19 Kislev

La Paracha Vayichla’h se lit peu avant le 19 Kislev, le « Roch Hachana de la ‘Hassidout ». Le lien entre la Paracha et la période où elle est lue nous suggère d’aborder cette étude.

Le premier livre des Chroniques dit : « Connais le D.ieu de ton Père et sers-Le d’un cœur entier ». Ce n’est qu’en connaissant D.ieu, ce qui constitue le sujet essentiel de la Cabbale et de la ‘Hassidout, l’âme de la Torah, que l’on peut arriver à servir D.ieu avec un cœur entier (Chalem).