Après un séjour de vingt ans à ‘Haran, Yaakov revient en Terre Sainte. Il envoie des anges émissaires à Essav, dans l’espoir d’une réconciliation mais il s’avère qu’Essav est sur le chemin de la guerre avec quatre cents hommes armés. Yaakov se prépare à la guerre, prie et envoie un cadeau considérable à Essav.

En cette nuit, Yaakov fait traverser la rivière Yabok aux siens mais il reste en arrière et rencontre un ange, représentant l’esprit d’Essav avec lequel il se bat jusqu’à l’aube. Malgré une hanche disloquée, il sort vainqueur du combat et reçoit de l’ange le nom Israël qui signifie « il l’a emporté sur le Divin ».

La rencontre entre les deux frères a lieu, ils s’embrassent mais se séparent. Yaakov s’installe sur un terrain qu’il achète près de Che’hem. Le prince de cette ville, Che’hem abuse de Dinah, la fille de Yaakov et ses deux frères, Chimone et Lévi la vengent en tuant tous les hommes de la ville.

Yaakov continue sa route.

Ra’hel meurt en donnant naissance à son second fils, Binyamine. Elle est enterrée au bord de la route, près de Beth Lé’hem.

Réouven perd son droit d’aînesse en commettant une indiscrétion par rapport à la vie intime de son père.

Yaakov arrive à ‘Hévron, chez son père, qui meurt plus tard, à l’âge de 180 ans (Rivkah est morte avant le retour de Yaakov).

La Paracha se conclut par le décompte détaillé des femmes, enfants et petits-enfants d’Essav, l’histoire du peuple de Séir au sein duquel s’installe Essav et par la liste des huit rois qui dirigent Edom, la terre des descendants d’Essav et de Séir.

La double identité

« Ton nom ne sera plus Yaakov mais ton nom sera plutôt Israël. Car tu t’es confronté au Divin et aux hommes, et tu l’as emporté. » (Beréchit 32 :29)

C’est ainsi que s’exprime l’ange avec lequel Yaakov se bat toute la nuit avant sa rencontre historique avec Essav. Plus tard, nous lisons que D.ieu Lui-même apparut à Yaakov et réitéra ce changement d’identité.

D.ieu avait également changé le nom d’Avraham (à l’origine « Avram »). Mais pour lui, ce changement fut absolu. Le Talmud va jusqu’à déclarer que « celui qui appelle Avraham ‘Avram’ viole un interdit de la Torah… »

A Yaakov également il fut dit : « Ton nom ne sera plus Yaakov », et pourtant, la Torah continue à l‘identifier par les deux noms, parfois même dans un même épisode voire dans un même verset !

Le Peuple juif, qui porte le nom de son illustre ancêtre, est lui aussi appelé « Israël » et « Yaakov ».

Le changement du nom d’Avraham, qui survint quand il se circoncit sous l’injonction divine, marqua son élévation du statut d’Avram (« père exalté ») à Avraham (« Père exalté des multitudes »). Le nom Avraham incluait toutes les lettres et toutes les significations d’Avram mais y fut introduit une nouvelle lettre (le hé), un nouveau rôle. Si bien que l’appeler « Avram » le diminue.

En revanche, Yaakov et Israël sont deux noms différents qui renferment deux sens différents. S’il est vrai qu’Israël représente un statut plus saint que Yaakov, certaines qualités de Yaakov sont absentes chez Israël.

Ainsi, Yaakov reste-t-il un nom, à la fois pour notre troisième patriarche et pour le Peuple juif, en tant qu’entité. Israël peut représenter un niveau de développement plus élevé du Peuple juif par rapport à Yaakov mais notre grandeur réelle réside dans le fait qu’il y a des Juifs qui sont à la fois Yaakov et Israël et que dans chacun d’entre nous se retrouvent des éléments de Yaakov et d’Israël.

Le serviteur besogneux

Bilaam, le prophète païen appelé pour maudire le Peuple juif mais qui, finalement, prononça l’une des plus belles odes à la vie et à la destinée juives, nous propose une version sur la différence entre Yaakov et Israël. En effet, dans sa bénédiction, Bilaam affirme que D.ieu ne voit pas en Yaakov un coupable malgré toutes ses épreuves et ses trébuchements, tout en considérant qu’Israël jouit d’une existence tranquille, dépourvue de difficultés à surmonter.

La Torah nous donne deux interprétations du nom de Yaakov.

Yaakov naquit agrippé au talon de son jumeau aîné (Ekèv en hébreu signifie « talon »). Mais des années plus tard, lorsque Yaakov se déguise en Essav et reçoit, de son père Its’hak, les bénédictions réservées à son aîné, Essav s’écrie : « Rien d’étonnant à ce qu’il soit appelé Yaakov ! (« le trompeur », autre sens du mot) ! A deux reprises, il m’a trompé : il a pris mon droit d’aînesse et maintenant, il s’est emparé de mes bénédictions ! »

Yaakov représente le Juif face au combat de la vie. C’est une bataille dans laquelle nous nous trouvons souvent « au talon », c’est-à-dire aux prises avec les aspects les plus bas de notre personnalité et de notre environnement. C’est un combat que nous devons mener furtivement et à la dérobade car nous sommes en territoire ennemi et nous devons déguiser nos véritables intentions, pour réussir à déjouer les plans de ceux qui tentent de nous piéger. Menacé par un monde hostile, piégé par ses propres faiblesses et ses défauts, le Yaakov qui est en nous doit néanmoins se livrer à un dur labeur pour dépasser cette condition inhérente à notre humanité : le fait que la vie est une course d’obstacles qui défie notre intégrité. Mais D.ieu ne tient pas notre père Yaakov pour responsable car malgré tout ce que nous devons affronter, nous avons la force de faire face à notre propre détracteur. Même si nous succombons momentanément, à un défi intérieur ou extérieur, nous ne perdons jamais notre bonté et notre pureté intrinsèques. Elles vont finir par se manifester, quand bien même elles sont réprimées par les épreuves de la vie. Mais ce combat reste incessant.

Le maître tranquille

Israël, « maître divin » est le nom donné à Yaakov quand il « combat avec le divin et avec les hommes et l’emporte ».

Il s’agit du Juif qui a dominé « le divin et les hommes », qui a dominé sa propre humanité. C’est celui qui a si profondément intériorisé la perfection divine de son âme qu’il est désormais imperméable à tous les défis et à toutes les tentations. Il a dépassé le décret divin selon lequel « l’homme est né pour peiner » et s’est forgé, au sein des turbulences de la vie, une existence tranquille.

C’est pour cela que Yaakov est le nom qui nous est réservé en tant que « serviteurs de D.ieu » alors qu’Israël est le nom de choix lorsqu’Il parle de nous comme de « Ses enfants ».

Un serviteur se définit par le service de son maître. L’enfant, lui-aussi, sert son père mais leur relation est telle que ce service n’est pas ressenti comme une tâche mais comme un plaisir. Ce qui, pour le serviteur, est un travail imposé à un moi qui résiste, est, pour l’enfant, la réalisation harmonieuse de son identité comme extension de son père.

La première partie de la vie de Yaakov fut consumée par ses combats, tout d’abord contre son frère Essav dans le ventre de leur mère, concernant le droit d’aînesse, les bénédictions de leur père et culminant dans le combat contre l’ange d’Essav. Entre temps, il passa aussi vingt années de sa vie à dure épreuve en gardant les troupeaux du fourbe Lavan, années durant lesquelles dit-il : « la chaleur me consumait le jour et le gel la nuit. Et le sommeil était banni de mes yeux ». Il fut forcé de devenir « le frère dans la ruse » de Lavan.

Le changement de son nom en Israël marque le point où il passe du statut de serviteur de D.ieu à celui d’enfant de D.ieu, d’une existence définie par les luttes et le combat à une réalisation harmonieuse de sa relation avec D.ieu.