D’Erets Israël à ‘Haran

La Paracha Vayétsé se concentre sur la transition devant être opérée lorsque l’on passe d’un endroit à un autre et sur les changements qui en résultent sur la conduite de la personne.

Vayétsé signifie «et il sortit» et la Paracha décrit comment Yaacov quitta Erets Israël pour se rendre à ‘Haran, un environnement complètement étranger.

(La nature du changement que subit Yaacov est soulignée par nos Sages (Meguila 17a, texte cité par Rachi dans son commentaire sur Beréchit 28 : 9). Il y est statué que durant 14 ans, avant son départ pour ‘Haran, Yaacov avait étudié dans la Yéchiva de Chem et Ever. Pendant cette période, il s’était exclusivement consacré à la spiritualité. Par contre, à ‘Haran, les préoccupations matérielles allaient occuper la plus grande partie de son temps et de ses efforts : «Vingt ans, j’ai travaillé pour toi… Le jour, j’étais consumé par la chaleur accablante et la nuit par le gel ; le sommeil était arraché de mes yeux» (Beréchit 31 : 38-40), s’écriera-t-il s’adressant à Lavan.)

Le mot hébreu pour ‘Haran est associé à l’idée de colère et nos Sages interprètent ce nom comme signifiant «la colère de D.ieu».

On peut discerner trois dimensions dans le séjour de Yaacov à ‘Haran.

Tout d’abord, il fut confronté à un défi personnel. En la compagnie de Lavan et d’autres hommes du même acabit, il dut lutter pour conserver toute sa vertu et sa probité.

En outre, il y construisit sa famille. C’est durant son séjour à ‘Haran qu’il se maria et devint le père de douze de ses treize enfants. Malgré les influences qui prévalaient dans l’ensemble de la communauté, Yaacov transmit à sa famille l’héritage spirituel

qu’il avait reçu d’Avraham : «garder la voie de D.ieu et disséminer la droiture et la justice» (Beréchit 18 :19). C’est ainsi qu’il établit le modus vivendi des Juifs, pour toujours.

Enfin, il éleva l’environnement de ‘Haran, révélant les étincelles divines enfouies dans la substance matérielle de la terre. Cela se reflète dans l’acquisition du troupeau de moutons de Lavan et dans la grande richesse qu’il amassa.

Etendre la sphère de Sainteté

Chacune de ces entreprises requiert des forces spirituelles exceptionnelles.

En relevant les défis personnels que posait son environnement, Yaacov montra la force infinie de l’âme divine. Même un entourage des plus hostiles ne peut empêcher son expression. En élevant une famille, il élargit son propre cercle ce qui leur permit de dominer les autres.

L’acquisition de la richesse et le raffinement de l’environnement représentent une bien plus large expansion. Les possessions matérielles de Yaacov n’étaient pas, par nature, saintes. Bien au contraire, sans l’influence de Yaacov, ‘Haran et tout ce qui l’entourait soulevaient la colère de D.ieu. En les élevant, Yaacov agissait pour accomplir le but de la Création, démontrant que même les dimensions de l’existence les plus basses peuvent être transformées en résidence pour D.ieu.

Puisque Yaacov et sa famille partageaient un lien inhérent avec la sainteté, le fait qu’ils aient pu maintenir cette connexion, en dépit des challenges d’un environnement étranger, bien que méritoire, ne peut être considéré comme une réalisation de leur part. Par contre, le raffinement qu’apporta Yaacov à ‘Haran était le fruit de son propre accomplissement, quelque chose qui transforma la nature de son environnement.

C‘est ainsi qu’il établit un modèle pour ses descendants, démontrant comment ils pourraient devenir les partenaires de D.ieu dans la Création (Chabbat 10a). Ils voyageraient dans le monde, révélant le potentiel spirituel investi dans les différentes strates de l’existence, découvrant que «tout ce que le Saint Béni Soit Il a créé dans Son monde, Il ne l’a créé que pour Sa gloire» (Avot 6 :11).

« Les actes des Pères sont des signes pour leurs descendants »

Le voyage à de Yaacov à ‘Haran sert d’analogie à la descente de l’âme dans notre corps. Dans le royaume spirituel, nos âmes expérimentent des révélations directes de la Divinité. Cependant, «elles sortent» de ce royaume et descendent dans des corps qui vivent dans ce monde matériel. Selon le modèle établi par notre père Yaacov, chaque âme se trouve confrontée au défi de l’existence physique.

Quand l’homme mûrit, il établit une famille, créant un environnement dans lequel s’expriment ses valeurs. Par le même biais, par son contact avec le monde en général, il raffine et élève la force divine investie dans la création.

Ce modèle se retrouve également dans les exils que subit le Peuple juif. Celui-ci fut forcé de quitter la sainteté d’Erets Israël et de voyager parmi les nations. A travers les siècles et envers et contre tous les défis lancés par les sociétés dans lesquelles nous résidons, nous sommes restés fidèles à notre héritage spirituel, nous avons maintenu une vie de famille traditionnelle et avons élevé la substance matérielle du monde, démontrant ainsi que c’est une résidence pour D.ieu.

L’exil n’est que temporaire

En route pour ‘Haran, Yaacov fit l’expérience d’une vision dans laquelle D.ieu lui promit : «Je te ramènerai sur ton sol». Cela indique que la mission de Yaacov (aller à ‘Haran) et la mission du Peuple juif en général (faire une résidence pour D.ieu) ne sont pas des fins en soi. Yaacov ne devrait pas rester éternellement à ‘Haran et notre exil va prendre fin. Car la véritable place de chaque Juif est en Erets Israël.

Ce n’est plus un rêve mais une réalité qui devient de plus en plus palpable. Pour emprunter une expression du Rabbi précédent : «Il n’y a plus rien à faire. Le manteau est déjà cousu. Nous avons même fait briller les boutons. Nous sommes au seuil de la Rédemption, et en fait, même en train de passer ce seuil. Bientôt, Machia’h conduira chaque Juif hors de l’exil et le ramènera dans notre Terre Sainte.