Balak, roi de Moav, engage le prophète Bilaam pour maudire le Peuple juif. Incapable d’y parvenir, ce sont des paroles de bénédictions qui sortent de sa bouche ainsi que la prédiction de la venue de Machia’h.

Le peuple faute avec les filles de Moav qui les poussent à pratiquer l’idolâtrie. L’un des princes de tribu conduit publiquement une princesse Midianite dans sa tente. Pin’has les tue alors tous deux, ce qui met immédiatement fin à la plaie qui s’était abattue sur le peuple.

 

 

Un Sage et sa conduite

Le Talmud relate (Sanhédrin 63b) :

Quand Oula vint (à Babylone, en provenance d’Erets Israël)… Rava lui demanda : «  Où as-tu passé la nuit ? »

(Oula) lui dit : « A Kalnebo ».

(Rava) répondit : « N’est-il pas écrit : ‘Et tu ne mentionneras pas le nom d’autres dieux ?’»

(Oula) répondit : « Rabbi Yo’hanan a enseigné ce qui suit : ‘(Le nom de) n’importe quel faux dieu rappelé dans la Torah peut être mentionné’ ».

Apparemment, une question se soulève : bien qu’il soit permis de mentionner le nom d’un faux dieu rappelé dans la Torah, il ne semble pas désirable de le faire. Plus encore, nos Sages indiquent l’importance d’un discours raffiné, soulignant comment, dans plusieurs exemples, la Torah ajoute des mots supplémentaires plutôt que de citer le mot Taméh, « impur ». Il est sûr qu’Oula aurait pu trouver le moyen de répondre à la question de Rava, sans évoquer le nom d’un faux dieu.

La puissance de la Torah

La difficulté que l’on vient de souligner peut se résoudre en observant l’explication de l’enseignement de Rabbi Yo’hanan proposée par le Yeréim.

« A partir du moment où la Torah mentionne (le nom d’un faux dieu), il est d’ores et déjà annihilé. C’est pour cette raison même que si la Torah l’a mentionné, nous pouvons le mentionner ».

Le statut du Yeréim ne peut pas se comprendre dans son simple sens littéral. Car il existe de fausses déités auxquelles la Torah se réfère, comme Baal Péor, cité à la fin de la Paracha de cette semaine, dont le service s’est perpétué bien longtemps après.

L’interprétation semble plutôt souligner que la mention que fait la Torah d’un faux dieu annihile son importance aux yeux de celui qui étudie cette partie de la Torah. Les mots de la Torah l’imprimeront de la futilité du service d’autres idoles, prouvant que ces déités n’apportent rien à ceux qui les révèrent et que, lorsque les Juifs ont erré et les ont adorés, ils en ont été sévèrement punis.

Pour aller plus loin, chaque Juif désire observer la Torah et ses Mitsvot et méprise les faux dieux. Le fait même d’étudier la Torah réveille en lui ce désir profond et inspire à chacun le désir de se consacrer à la Torah et de rejeter toute autre forme de service.

Et « c’est pour cette raison même que si la Torah l’a mentionné, nous pouvons le mentionner ». Quand un Juif étudie la Torah et s’y identifie, il fait jaillir le potentiel Divin qui y est contenu. Cela lui donne de la force, lui permettant de mentionner un faux dieu pour annihiler son influence.

Une transition spirituelle

Nous pouvons désormais comprendre la conduite d’Oula. Nos Sages statuent (Avoda Zara 8a):

« Un Juif vivant en Diaspora sert de fausses divinités dans la pureté ». Car en Erets Israël, la Providence Divine se dévoile de façon plus visible alors qu’en Diaspora, l’influence Divine se cache dans l’ordre naturel. Tout comme le service des idoles implique de baisser la tête devant elles, ainsi, lorsque l’on vit en Diaspora, on subjugue son processus intellectuel aux forces qui contrôlent l’ordre naturel.

Au moment de quitter la sainteté d’Erets Israël et de pénétrer en Babylonie, Oula sentit la transition spirituelle et ressentit le besoin d’insister sur l’annihilation des faux dieux. Faisant appel à la force de la Torah qu’il avait acquise par son étude, en Erets Israël, il mentionna le nom de ce faux dieu, dans l’intention de détruire son influence.

Annihiler et transformer

La discussion que l’on vient d’évoquer apporte un éclaircissement sur une question que soulève le nom de la Paracha de cette semaine : Balak. Balak était un homme impie, un roi immoral qui haïssait le Peuple juif et voulait le détruire. Pourquoi son nom a-t-il donc été immortalisé par le nom de cette Paracha ? Nous Sages déclarent que l’on ne doit pas nommer quelqu’un sur le nom d’un impie. Il est donc évident que cela s’applique a fortiori pour le nom d’une section de la Torah.

Mais ce que l’on a dit précédemment apporte une explication. Nommer la Paracha Balak est un moyen de détruire les forces qui lui sont associées. Et comme le relate la Torah, le dessein de Balak fut totalement renversé. Le nom Parachat Balak est une source éternelle d’influence positive, démantelant toute force qui tente de nuire au Peuple juif.

Et comme nous pouvons le lire dans le récit de la Torah, non seulement le projet de Balak fut-il détourné mais Bilaam, que Balak voulait utiliser pour maudire le Peuple juif, le bénit-il, ajoutant également des bénédictions qui seront manifestes avec la venue de Machia’h. Le nom Balak sert-il donc non seulement à la destruction du mal mais également à sa transformation en une influence positive.