La Paracha Vaét’hanane est toujours lue le Chabbat qui suit le jeûne de Ticha BeAv, jour-anniversaire de la tragédie de la destruction des premier et second Temples de Jérusalem, de la révolte de Kora’h, de l’exil d’Espagne et de nombreux autres graves événements de notre histoire.

L’on raconte qu’un grand Rabbi, Rabbi Avraham Yehochoua Hechel d’Apt rencontra un jour son ami, Rabbi Israël de Roughin. Rabbi Yehochoua observa que Rabbi Israël avait pleuré. Il lui demanda la raison de ses larmes.

– Je pleure, répondit Rabbi Israël, à cause des terribles souffrances que subit le Peuple Juif et des terribles souffrances qu’il devra subir dans le futur.

– Ne t’inquiète pas, répondit Rabbi Yechochoua, d’un ton apaisant. Nous avons reçu l’assurance que les Juifs n’endureront pas des souffrances qu’ils n’ont pas la force de supporter.

– C’est justement pour cela que je pleure. Les Juifs ont tant de patience et de tolérance qu’ils semblent capables de tolérer les formes les plus cruelles de souffrances.

La Paracha commence par la supplique de Moché pour entrer en Terre d’Israël. Nos Sages relatent que Moché pria 515 fois pour entrer en Terre Sainte. Il est évident que Moché ne se souciait pas de voir ou de goûter les fruits du pays. Il voulait y entrer parce que c’était «la Terre Sainte». Mais pourquoi était-ce si important pour lui ? Après tout, lors de trois occasions, il avait passé quarante jours, seul avec D.ieu sur le Mont Sinaï. Quelle expérience spirituelle pouvait-elle dépasser celle-là ? Que pouvait lui apporter le fait de pénétrer en Terre d’Israël ?

Nos Sages expliquent que Moché voulait entrer en Terre Sainte pour accomplir les mitsvot, les commandements de D.ieu. L’accomplissement d’un grand nombre d’entre elles est relatif à la Terre Sainte, ses récoltes, etc. En dehors d’Israël, l’on ne peut observer ces injonctions.

Cependant, Moché avait reçu la Torah toute entière, y compris les lois concernant ces commandements. Il savait et comprenait chacune de leurs dimensions et bien plus que la façon de les observer : leur signification spirituelle. Que pouvait donc lui apporter de plus leur simple observance concrète ?

Pour répondre à ces questions, il nous faut comprendre l’importance du respect des mitsvot, dans un sens cosmique. Certaines religions considèrent la méditation, la prière et l’étude comme le but ultime des efforts humains. Car ces actes élèvent l’homme au-dessus de son statut physique et de sa dimension matérielle pour le connecter avec le spirituel. Elles considèrent que l’observance d’actes rituels sert à maintenir un lien entre la religion et les gens simples, incapables de s’impliquer dans les activités spirituelles évoquées plus haut. Ou bien elles les envisagent comme moyens de créer un certain climat. Après tout, les activités que nous accomplissons influencent notre pensée et en se lançant dans différentes actions, il nous est plus facile d’atteindre différents états de méditation.

Le Judaïsme a sur le sujet une perspective différente.

Il faut accomplir les mitsvot, parce que D.ieu désire que nous les accomplissions. Pourquoi ? Nous ne le savons pas et nous n’avons pas besoin de le savoir. Nous savons qu’Il désire leur observance et que c’est une raison suffisante pour nous motiver à les observer.

La prière, la méditation et l’étude élèvent une personne au-dessus de la matérialité, mais seulement dans une certaine mesure. Après tout, ces activités dépendent de notre esprit et de nos émotions. Or, nos pensées et nos sentiments ne peuvent dépasser le niveau d’un mortel. C’est la raison pour laquelle nos Sages avancent qu’avant le Don de la Torah, il y avait un décret qui séparait le monde et D.ieu, parce que notre esprit et notre cœur ne pouvaient L’atteindre par eux-mêmes.

Comment donc pouvons-nous L’atteindre ? En faisant ce qu’Il dit. Le mot mitsva partage une racine étymologique avec le mot tsavta, qui signifie «lien». Parfois, l’observance des mitsvot peut susciter en nous des pensées et des sentiments et parfois non. Mais tout cela est immatériel. L’essence profonde des choses est qu’en accomplissant une mitsva, nous nous lions à D.ieu comme Il existe, dans Ses propres termes.

Cela va encore bien plus loin. Les mitsvot représentent de notre part un «service» car elles étendent ce lien au monde matériel, en englobant ces objets concrets avec lesquels la mitsva est observée. Quand un juif donne une pièce à la charité, tout comme lorsqu’il accomplit n’importe quelle mitsva avec un objet matériel, il établit un lien entre cet objet et la Sainteté de D.ieu.

C’est ce type de lien auquel aspirait Moché. Et c’est pour cette raison qu’il pria D.ieu de lui permettre d’entrer en Terre d’Israël pour qu’il puisse y observer les mitsvot.

Perspectives

Certains commentateurs expliquent que l’intention de Moché était encore plus profonde car il était homme à ne jamais penser à entreprendre des accomplissements spirituels individuels. Il était totalement et absolument dévoué à son peuple. Pourquoi donc désirait-il pénétrer en Terre Sainte ?

Parce qu’étant celui qui avait guidé le Peuple Juif vers sa terre, il se serait révélé comme le Machia’h et toutes les épreuves, toutes les tribulations qui ont accablé le Peuple juif, depuis lors, auraient été évitées.

Pourquoi donc ses prières ne furent-elles pas exaucées ? On peut avancer, à un premier niveau, que le Peuple Juif n’était pas méritant. Leurs péchés et leur manque de foi en D.ieu, tout au long des quarante années d’errance dans le désert, avaient affecté leur statut spirituel et ils n’étaient pas prêts pour recevoir le Machia’h.

Mais à un niveau plus profond, ce n’est pas en guise de punition que la venue de Machia’h fut retardée. La raison en est que le monde n’avait pas encore été assez raffiné pour le recevoir. Si la prière de Moché avait été acceptée, la venue de Machia’h se serait produite contre la nature du monde et cela serait allé à l’encontre du but lui-même de la Rédemption Ultime. Car il ne s’agira pas simplement d’une Révélation de la Divinité dans Ses termes mais également du raffinement de ce monde matériel et de l’intériorisation de cette Révélation. Le monde n’était pas prêt à cela à l’époque de Moché. Tel est le but des milliers d’années de service divin qui ont suivi : préparer le monde et lui permettre d’intérioriser les révélations de l’Ere Messianique.