Moché réunit le peuple d’Israël et réitère le commandement d’observer le Chabbat. Il transmet alors les instructions de D.ieu concernant la construction du Michkane (le Tabernacle). Le peuple fait don, en abondance, des matériaux requis, apportant de l’or, de l’argent et du cuivre, de la laine teinte en bleu, violet et pourpre, des poils de chèvre, du lin tissé, des peaux de bête, de la laine, du bois, de l’huile d’olive, des herbes et des pierres précieuses. Moché doit leur demander de cesser leurs dons.

Une équipe d’artisans au cœur sage construit le Michkane et son mobilier (comme cela a été décrit dans les Parachiot précédentes : Teroumah, Tétsavé et Ki Tissa) : trois couches pour les couvertures du toit, 48 panneaux muraux plaqués d’or et 100 socles d’argent pour les fondations, le Paro’hèt (voile) qui sépare les deux chambres du Sanctuaire et le Massa’h (écran) pour le devant, l’Arche et son couvercle avec les Chérubins, la Table et ses Pains de Proposition, la Menorah à sept branches avec son huile tout spécialement préparée, l’autel d’or et les encens qui y sont brûlés, l’huile d’onction, l’autel extérieur pour les offrandes que l’on doit brûler et tout son équipement, les cintres, les poteaux, et les socles de fondation pour la cour et enfin le bassin et son piédestal, fait de miroirs de cuivre.

Pekoudé

On procède au décompte de l’or, de l’argent et du cuivre donnés par le peuple pour la fabrication du Michkane. Betsalel, Aholiav et leurs assistants fabriquent les huit habits sacerdotaux : le tablier, le pectoral, le manteau, la couronne, le chapeau, la ceinture et les pantalons, selon les instructions communiquées par Moché dans la Paracha Tétsavé.

Le Michkane est achevé et tous ses composants sont présentés à Moché qui l’érige et l’oint avec l’huile d’onction. Il initie à la prêtrise Aharon et ses quatre fils. Une nuée apparaît au-dessus de Michkane, signifiant que la Présence Divine est venue y résider.

Les parties assemblées

Le nom donné, en Langue Sainte, à quoi que ce soit, constitue son âme et son essence. Ainsi en va-t-il du nom de la Paracha et notamment de celui des deux dernières Parachiot qui ferment le livre de Chemot : Vayakhel et Pekoudé.

Ce qui est toutefois intéressant est le fait que les noms de ces deux Parachiot, qui se suivent dans la Torah ou qui, comme cette année, sont unies dans une seule lecture, expriment deux idées opposées. Le nom Vayakhel, lié au mot hébreu signifiant « communauté », évoque le concept de collectivité, alors que le mot Pekoudé, « être décompté », renvoie à l’idée de l’individu comme unité singulière.

De plus, on a l’impression que leurs noms ont été inversés et que le nom de chacune serait plus approprié pour désigner l’autre.

Vayakhel commence en relatant la façon dont Moché rassembla le Peuple d’Israël pour l’instruire de l’observance du Chabbat et de la construction du Tabernacle. Mais le reste de la Paracha consiste dans la description de tous les détails particuliers de la construction du Sanctuaire avec leurs mesures, leurs matériaux et leur architecture.

Pekoudé signifie « le décompte » et la Paracha commence avec la déclaration : « voici les décomptes du Tabernacle », ce qui exprime l’idée d’attention particulière au détail. Mais la majeure partie de la Paracha concerne l’assemblage du Tabernacle.

En d’autres termes, Vayakhel décrit la nature particulière des constituants du Sanctuaire alors que Pekoudé montre comme ils sont rassemblés pour former la structure globale, le contraire-même de ce que signifie son nom.

Cinq leçons

Résumons :

  • La Torah inclut une Paracha appelée Vayakhel et une autre : Pekoudé.
  • Certaines années, elles sont jointes et forment une entité unique appelée Vayakhel-Pekoudé.
  • Les autres années, elles sont séparées et constituent chacune la lecture d’une semaine différente.
  • Vayakhel signifie « communauté » mais son contenu souligne la valeur de l’individualité. Pekoudé implique l’ « individualité » mais elle parle de l’avantage de l’union et de l’intégration.
  • Vayakhel vient d’abord, suivi de Pekoudé.

Chacune de ces nuances est significative. Chacune illumine la relation entre notre identité individuelle et notre identité communautaire.

Leçon 1 : Nous avons les deux et avons besoin des deux. Le fait que la Torah contienne deux Parachiot nommées Vayakhel et Pekoudé nous enseigne que notre besoin d’une communauté et celui d’une différenciation individuelle sont deux des composants importants et désirables de l’âme humaine.

Leçon 2 : Nous pouvons parvenir à la synthèse des deux. Si Vayakhel et Pekoudé ne devaient toujours apparaître dans la Torah que comme deux Parachiot séparées, cela impliquerait que, tout en étant toutes deux nécessaires, chacune doit intervenir à un moment et à un lieu précis.

Le fait-même que, certaines années, elles soient jointes pour constituer une lecture unique nous enseigne que nous devons parvenir à une synthèse des deux : une communauté d’individus, chacun contribuant par sa personnalité au but commun, alors que la communauté donne le cadre général où chacun peut exprimer le meilleur de lui-même.

Leçon 3 : Il nous faut également considérer chacune des deux comme quelque chose de valeur en et par elle-même. Le fait que ces Parachiot apparaissent également sous la forme de deux lectures indépendantes nous enseigne que la communauté et l’individualité sont également des objectifs à atteindre en eux-mêmes. La perfection individuelle possède une valeur indépendamment du rôle qu’elle joue dans le bien commun. Et la création d’une communauté est également une fin en elle-même car elle représente un statut plus grand que ne l’est la somme des individualités.

Leçon 4 : La Torah va encore plus loin. Elle nous enseigne que même lorsque chacune est considérée comme une fin en soi, les deux sont inexorablement liées l’une à l’autre.

Cette leçon vient du fait que le contenu de Vayakhel concerne des éléments individuels alors que Pekoudé décrit l’assemblement de parties diverses en un tout plus grand. La Torah indique ici que quand bien même l’objectif n’est que la création d’une parfaite communauté, la meilleure d’entre elles est celle qui est faite d’individus qui expriment totalement leur individualité.

Leçon 5 : Des individus imparfaits forment une communauté parfaite. La question qui subsiste est : qu’est-ce qui devrait être prioritaire ? Dans la Torah, Vayakhel vient avant Pekoudé, nous enseignant que notre tout premier dessein doit être de rassembler, quel que soit le statut personnel de chaque individu. Le perfectionnement de chacun suivra, nourri par l’amour des uns pour les autres.