Résumé de la Paracha :

D.ieu se révèle à Moché et lui promet de sortir les Enfants d’Israël d’Egypte, de les délivrer de leur esclavage, de les sauver et d’en faire Son peuple au mont Sinaï. Il les conduira ensuite vers la terre qu’Il a promise aux Patriarches en héritage éternel.

Moché et Aharon se présentent à de multiples reprises pour demander au Pharaon, au nom de D.ieu : «Laisse partir Mon peuple pour qu’ils Me servent dans le désert». Pharaon refuse et D.ieu envoie une série de plaies contre les Egyptiens.

Les eaux du Nil se transforment en sang, des armées de grenouilles envahissent la terre, la vermine infecte tous les hommes et les animaux. Des hordes de bêtes sauvages déferlent sur les villes, la peste tue les animaux domestiques, des ulcères douloureux affectent les Egyptiens. Pour la septième plaie, D.ieu combine le feu et la glace qui descendent sur terre en une grêle dévastatrice. Et pourtant «le cœur de Pharaon s’endurcit» et il ne libère pas les Enfants d’Israël.

Les prisons de l’esprit

Quand la Torah attribue un nom à un lieu, il ne s’agit pas seulement d’un emplacement géographique mais également d’un état d’esprit, d’un ensemble de circonstances spirituelles. C’est dans ce contexte que Mitsraïm, le nom hébreu pour l’ «Egypte », nous enseigne ce qu’était l’exil et nous montre l’essence de ce défi spirituel que notre peuple a dû affronter tout au long de l’histoire.

Mitsraïm se réfère au mot hébreu metsarim, signifiant «frontières» ou «limites». L’existence matérielle confine et limite l’expression de la Divinité dans le monde en général et l’expression de l’étincelle divine dans notre âme. C’est cela l’exil, un état qui n’est pas naturel. Car la réalité, qui veut que le monde ait été créé pour être une résidence pour D.ieu et que l’âme de chaque personne soit une véritable partie de D.ieu, est cachée.

Dans un tel contexte, la personne se plonge dans la routine quotidienne de sa vie. Les valeurs spirituelles, si elle les prend en considération, sont interprétées selon sa vision personnelle du monde.

(Dans ce contexte, le concept de Mitsraïm, «l’Egypte», devient personnel. Chacun a son «Egypte» qui le limite et dont il doit se libérer. Pour l’un, les forces, empêchant sa profonde nature divine de s’exprimer, peuvent être ses pulsions physiques non maîtrisées et pour un autre, elles peuvent être les réserves émises par son intellect. Il existe même une «Egypte de sainteté» qui retient une personne dévouée à l’étude de la Torah et à la pratique des mitsvot mais qui n’arrive pas à s’engager sans retenue. La nature de nos «Egypte» personnelles peut différer mais l’obligation de nous battre pour transcender ces limites est universelle. Tel est le sens de l’injonction de se rappeler chaque jour la sortie d’Egypte.)

Cela va encore plus loin : l’exil se perpétue naturellement. Nos Sages relatent qu’aucun esclave ne pouvait s’échapper d’Egypte. De la même façon, tout environnement, dans lequel vit la personne, crée une inertie qui résiste au changement. Pour emprunter une expression à nos Sages, «une personne entravée ne peut se libérer». Puisqu’aujourd’hui, le processus intellectuel de la personne est totalement modelé par l’environnement de l’exil, de nombreuses personnes trouvent difficile de se projeter au-delà.

La fin de l’exil

Et pourtant, bien que l’homme ne puisse être capable de se libérer, D.ieu refuse de permettre à l’exil de continuer indéfiniment. Le premier pas de la rédemption est une révélation directe de la Divinité. Puisque la caractéristique fondamentale de l’exil est le fait que la présence de D.ieu est cachée, l’annulation de l’exil implique une plus grande révélation de la Divinité. Cela secouera les gens de leur égocentrisme et les ouvrira à une conscience spirituelle.

Tel est le message de la Paracha Vaéra. Le mot Vaéra signifie «Et Je Me suis révélé». La racine du mot Vaéra est le mot Réiyah, signifiant «la vue». Vaéra se réfère à quelque chose qui peut être vu directement. Ce thème court tout au long de la Paracha qui décrit sept des dix plaies visibles qui avaient deux buts, comme le dit la Torah (Chemot : 7: 4-5) : «Je montrerai Ma force… Je ferai sortir Mes légions d’Egypte… Et l’Egypte saura que Je suis D.ieu».

Ces plaies firent prendre conscience au monde de la présence de D.ieu. Même les Egyptiens, dont le dirigeant avait fanfaronné «je ne connais pas D.ieu», prirent conscience de Sa présence et proclamèrent : «C’est le doigt de D.ieu».

Parce que les miracles étaient ouvertement visibles, ils transformèrent également la manière de penser des gens. Quand une idée se transmet par la voie intellectuelle, pour qu’elle soit assimilée au point de transformer la conduite, cela prend du temps. Mais, par contre, quand la personne voit de ses propres yeux, elle change immédiatement sa manière de penser. Une fois qu’elle a personnellement assisté à l’événement, rien ne peut la convaincre que cela ne s’est pas effectivement produit.

Un riche héritage

Il est cependant naturel que l’on demande aujourd’hui: «Quand ai-je vu la Divinité ? Peut-être, par le passé, des miracles se sont-ils produits mais quel en est l’intérêt de nos jours ?».

La réponse se trouve dans le commentaire que fait Rachi sur le verset qui donne son nom à la Paracha (Chemot 6 :4) : «Et Je me suis révélé à Avraham, à Its’hak et à Yaacov». Rachi commente : «aux Patriarches».

Cette observation semble superflue. Nous savons tous que Avraham, Its’hak et Yaacov étaient les Patriarches du Peuple Juif. Après les avoir mentionnés chacun par leur nom, il semble inutile de mentionner leur titre. Mais si Rachi met l’accent sur les révélations qui leur furent faites, c’est pour nous indiquer que la raison n’en fut pas leurs mérites personnels mais le fait qu’ils étaient les «Patriarches» et que leurs accomplissements spirituels seraient transmis en héritage à leurs descendants. En Se révélant à nos ancêtres, D.ieu fit de la conscience de Son existence un élément fondamental de la nature de leurs descendants, pour tous les temps.

Cela s’applique dans chaque génération, car D.ieu témoigne toujours de Son grand amour pour Son peuple en accomplissant des actes qui transcendent l’ordre naturel. Parfois l’homme qui vit un miracle ne s’en rend pas même compte et parfois les miracles sont visibles, évidents pour tous. Et il est vrai que dans le passé récent, nous avons assisté aux grandes merveilles que D.ieu a accomplies pour nous : la guerre du Golfe, la chute du communisme, l’arrivée massive des Juifs en Erets Israël.

Nos prophètes ont promis : «Comme aux jours de la sortie d’Egypte, Je vous montrerai des merveilles». Tout comme les miracles que D.ieu a déversés sur l’Egypte ont annoncé l’exode, ainsi les miracles dont nous avons été témoins et dont nous serons témoins dans le futur sont les prémisses de la Rédemption ultime. Que cela se produise dans le futur immédiat.