Moché réunit le peuple d’Israël et réitère le commandement d’observer le Chabbat. Il transmet alors les instructions de D.ieu concernant la construction du Michkan (le Tabernacle). Le peuple fait don, en abondance, des matériaux requis, apportant de l’or, de l’argent et du cuivre, de la laine teinte en bleu, violet et pourpre, des poils de chèvre, du lin tissé, des peaux de bête, de la laine, du bois, de l’huile d’olive, des herbes et des pierres précieuses. Moché doit leur demander de cesser leurs dons.

Une équipe d’artisans au cœur sage construit le Michkan et son mobilier (comme cela a été décrit dans les Parachiot précédentes : Teroumah, Tetsavé et Ki Tissa) : trois couches pour les couvertures du toit, 48 panneaux muraux plaqués d’or et 100 socles d’argent pour les fondations, la paro’hèt (voile) qui sépare les deux chambres du Sanctuaire et le massa’h (écran) pour le devant, l’Arche et son couvercle avec les Chérubins, la Table et ses Pains de Présentation, la Menorah à sept branches avec son huile tout spécialement préparée, l’autel d’or et les encens qui y sont brûlés, l’huile d’onction, l’autel extérieur pour les offrandes que l’on doit brûler et tout son équipement, les cintres, les poteaux, et les socles de fondation pour la cour et enfin le bassin et son piédestal, fait de miroirs de cuivre.


Rachi, à propos de la construction du Michkan, telle qu’elle est décrite dans Vayakhel, note : «J’ai déjà expliqué que les dons qui avaient été faits pour (la construction du) Michkan et (la réalisation effective de) sa construction à l’endroit où elles furent (a priori) ordonnées (c’est-à-dire dans les Parachiot Teroumah, Testavé, et au début de Ki Tissa)» (Chemot 35 : 2).

Et pourtant, Rachi explique aussi ici de nombreux détails. Cela tient très certainement au fait que ces détails ne pouvaient être compris «à l’endroit où ils furent a priori ordonnés».

Il nous faut également comprendre, dans la même veine, le commentaire de Rachi sur le verset: «les poteaux pour la tente, les poteaux pour l’enceinte, les cordes pour attacher». Il y note que les poteaux et les cordes avaient pour but d’«enfoncer et d’attacher les tapisseries dans le sol pour qu’elles ne soient pas balayées par le vent».

Pourquoi Rachi propose-t-il ce commentaire ici alors qu’il l’a déjà expliqué précédemment ?

Plus tôt, il a indiqué que «l’huile pour illuminer» nécessitait également l’œuvre de ceux qui avaient «le cœur sage» puisque cette huile était différente de toutes les autres huiles. Il semble donc que tous les objets ici décrits devaient être accomplis par ceux qui avaient «le cœur sage».

Cela soulève une question évidente. Pourquoi était-il nécessaire que les poteaux et les cordes soient fabriqués spécifiquement par ceux qui avaient «le cœur sage» ?

La réponse de Rachi explique que ces poteaux faisaient partie intégrante des tapisseries, puisque sans eux, elles auraient été «balayées par le vent». Puisque très précisément ceux qui avaient «le cœur sage» étaient capables de fabriquer ces tapisseries, il s’ensuit qu’ils voulaient accomplir leur travail jusqu’au bout. Ils ne se contentaient donc pas des tapisseries mais également de toutes leurs attaches, y compris les poteaux et les cordes.

Nous pouvons tirer ici une leçon importante pour ceux qui ont «le cœur sage» et qui se consacrent à l’éducation. Ils ne doivent pas seulement chercher à avoir de nombreux disciples mais savoir également qu’ils ne se sont pas rendus quittes de leur obligation s’ils se contentent de partager leur savoir.

Ils doivent faire l’effort d’aider leurs disciples à être des individus complets, dans tous les domaines. Ils doivent veiller à ce que même ces petites choses qui paraissent insignifiantes, comme les poteaux et les cordes, dont on pourrait penser qu’elles ne requièrent pas l’art de ceux qui ont «le cœur sage», doivent être révélés chez leurs élèves.

Ce n’est que lorsqu’ils ont accompli leur tâche de veiller à tous les besoins de leurs disciples qu’ils peuvent être assurés que leur enseignement aura un impact durable et que leurs étudiants ne seront pas «balayés par le vent». Cela signifie que même lorsque soufflent tous les vents du monde, leurs élèves restent fidèles aux enseignements de leurs maîtres, ils ne sont pas intimidés par les pressions extérieures et les influences néfastes qui détruiraient tout ce que leurs mentors ont cherché à leur inculquer.

Quand cela est réalisé, c’est la meilleure preuve que les enseignements dispensés par le maître ont imprégné l’essence du disciple, dans chacune de ses fibres.

Il est également fait allusion à ce concept quand nos Sages déclarent qu’une mitsva est réellement accomplie par celui qui l’achève. Quand bien même la partie la plus importante en a déjà été faite, tant qu’il reste même un tout petit détail à achever, elle n’est pas accomplie. C’est à celui qui s’en acquitte, même s’il s’agit de la dernière touche finale, que revient la mitsva dans son intégralité.

La raison en a été expliquée précédemment. Tant qu’un sujet n’est pas entièrement achevé, il ne peut être entier. Car ce n’est que lorsque l’individu est imprégné dans son intégralité que nous pouvons être sûrs qu’il résistera à tous les vents mauvais. Il est essentiel que le bien le pénètre jusqu’au fond de son être.