«Vous êtes des enfants pour l’Eternel votre D.ieu» (Devarim 14 :1)

Le Zohar se réfère à Moché comme le raaya méhémna, «berger fidèle» ou «berger de la foi». Cette dernière expression implique que Moché est «le pourvoyeur de la foi» du peuple d’Israël, la source et le canal pour sa foi.

En fait, quand le Zohar évoque la foi d’Israël en D.ieu devant les miracles de l’Exode, il dit : «et ils crurent en D.ieu et en Moché Son serviteur», utilisant le même verbe (vayaaminou : «et ils crurent») pour signaler la foi d’Israël en D.ieu et en Moché. Dans son commentaire sur ce verset, le Midrach Me’hilta va jusqu’à en conclure : «celui qui croit en Moché croit en D.ieu».

Le Talmud va encore plus loin, appliquant la même idée aux Sages et aux érudits en Torah, dans toutes les générations. A propos du commandement : «aimer l’Eternel ton D.ieu et s’attacher à Lui», il interroge : «est-il possible de s’attacher au Divin ?» et répond : «mais celui qui s’attache à un érudit dans la Torah, la Torah le considère comme s’il s’attachait à D.ieu» (Talmud Ketoubot 111b).

L’un des principes fondamentaux de la foi juive veut qu’il n’y ait aucun intermédiaire entre D.ieu et Son monde ; notre relation avec Lui n’est pas rendue plus aisée par une troisième partie. Ainsi quelle est donc la signification du rôle de nos dirigeants et des érudits de la Torah en ce qui concerne notre foi et notre attachement à D.ieu ?

 

Le facteur de la prise de conscience

L’explication, nous dit Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi dans le Tanya, réside dans la compréhension de la métaphore du père et de son enfant, employée par la Torah pour décrire notre relation avec D.ieu. «Vous êtes des enfants pour l’Eternel votre D.ieu» dit Moché (Devarim 14 :1). Alors que nous étions encore en Egypte, D.ieu parle de nous comme «Mon enfant premier-né, Israël» (Chemot 4 : 22)

Dans quelle mesure D.ieu est-Il notre Père ? Bien sûr existent les parallèles évidents. Tout comme un père, D.ieu nous a créés, nous donne notre subsistance et nous guide. Il nous aime avec l’amour inconditionnel, illimité, d’un père. Rabbi Chnéour Zalman plonge plus loin dans la métaphore, examinant la dynamique biologique et psychologique du modèle père-enfant et l’utilise pour que nous comprenions mieux nos relations réciproques et celles que nous entretenons avec notre Père Céleste.

Une parcelle microscopique de matière, provenant du corps du père, génère la vie. Dans le giron de la mère, une simple cellule va se développer pour former un cerveau, un cœur, des yeux, des oreilles, des bras, des jambes, les ongles des pieds. Bientôt elle va naître au monde pour fonctionner comme un être humain qui pense, qui sent et qui accomplit.

Physiquement, ce qui a pris son origine dans le corps du père et dans son psyché est maintenant un individu distinct et (à un certain moment) indépendant. Néanmoins, à un niveau plus profond, l’enfant reste inséparable de son géniteur. Selon les mots du Talmud, «le fils est un membre du père». Au cœur même de la conscience de l’enfant réside une vérité incontestable : il est l’enfant de son père et une extension de son être, une projection de sa personnalité. Par leurs corps, ils sont devenus deux entités distinctes mais par essence, ils sont unis.

On pourrait rétorquer que peut-être dans l’esprit de l’enfant, là où résident sa conscience de lui-même et son identité, la singularité du parent et de son héritage se perpétuent. Là est ressentie la relation avec le père, là se tient la reconnaissance de leur unité. Mais le cerveau n’est qu’un des nombreux organes et membres de l’enfant. Le reste de son être a certes une origine parentale mais maintenant il est une entité complètement séparée.

Il semble évident que cela n’est pas le cas, pas plus qu’il ne serait juste de dire que les yeux seuls voient ou que la bouche parle toute seule. Tous les composants de l’être humain forment un tout unique et uni : c’est la personne qui voit, la personne qui parle, la personne qui est consciente. L’ongle de l’orteil de l’enfant, par la vertu de sa relation avec le cerveau, n’est pas moins lié au père que le cerveau lui-même, l’organe qui rend possible cette unité.

Et que se passe-t-il si cet ongle ou n’importe quel autre membre du corps coupe sa connexion avec le cerveau ? Cela le coupe de son propre centre de vitalité et de conscience et donc en conséquence de ses origines parentales.

En d’autres termes, l’unité de tous les membres et organes de l’enfant avec l’essence du père dépend du maintien de leur lien avec leur propre cerveau, lien qui permet la conscience de cette unité.

 

Le corps Israël

Israël est également composé de nombreux «organes» et «membres».

Chaque génération possède ses grands Sages qui dévouent leur vie à assimiler l’essence divine de la Torah, dont l’être entier est pénétré de la conscience de la vérité divine. Ils constituent l’intellect de la nation.

Israël possède un cœur : des individus dont la vie est synonyme de compassion et de piété.

Israël a des mains : ses grands bâtisseurs et réalisateurs.

Chacun des individus, depuis le «Moché de la génération» jusqu’au «fantassin» ordinaire, forme une partie intégrante du corps du premier-né de D.ieu, chacun est de la même façon «un membre du père».

Mais tout comme dans la relation père-enfant, c’est le cerveau de l’enfant qui permet le lien avec son père. Tant que les nombreux membres et organes restent un tout intégral, ils sont, au même niveau, les enfants du père. L’intellect (le cerveau) ne sert pas d’intermédiaire, chaque partie du corps, y compris l’ongle de l’orteil possède la conscience de cette unité. Mais c’est seulement en vertu de son lien avec l’esprit que cette conscience existe dans chaque membre du corps de l’enfant.

Il en va de même pour le «corps» qu’est Israël. C’est notre lien vital avec notre «intellect», les Sages et les dirigeants d’Israël, qui nous intègre comme un tout et nous permet de vivre un lien avec notre Créateur et notre Source.

En réalité, le Juif ne peut jamais briser son lien avec D.ieu, pas plus que l’ongle du plus petit orteil de l’enfant ne peut choisir de vivre indépendamment et défaire sa relation avec son père. Mais alors que nous ne pouvons changer ce que nous sommes, nous pouvons déterminer dans quelle mesure notre identité, en tant qu’enfant de D.ieu, s’exprimera dans notre vie quotidienne. Nous pouvons choisir, à D.ieu ne plaise, de nous dissocier des dirigeants que D.ieu a implantés parmi nous, reléguant ainsi notre relation avec Lui dans le subconscient de notre âme. Ou bien nous pouvons intensifier notre relation avec les têtes d’Israël, resserrant ainsi notre lien avec le Créateur et le rendant une réalité tangible et vibrante dans notre vie.

(Basé sur le chapitre 2 du Tanya et les enseignements du Rabbi.)