Les fêtes que l’on célèbre au mois de Tichri ont toutes une signification globale et le symbolisme associé aux Mitsvot spécifiques de chacune d’elles nous offre une perspective plus large. C’est dans ce contexte que le Midrach explique que la Mitsva du Loulav et de l’Etrog symbolise l’unité intrinsèque du Peuple juif. L’accomplissement de cette Mitsva requiert que l’on tienne, en les rassemblant, les branches ou les fruits de quatre espèces d’arbres différents : le palmier (Loulav), le myrte (Hadass), le saule (Aravot) et le cédrat (Etrog).

Ces quatre espèces sont remarquablement différentes. L’Etrog possède à la fois un goût agréable et un bon parfum. Le fruit de l’arbre dont est issu le Loulav, la datte, a un goût délectable mais pas d’odeur. Le myrte sent bon mais n’a aucun goût. Enfin le saule n’a ni goût ni parfum.

Le goût symbolise l’étude de la Torah parce que comprendre la Torah donne un plaisir concret, similaire à la sensation de ressentir un bon goût. Le parfum symbolise l’accomplissement des Mitsvot parce que la qualité qui le motive généralement est le Kabalat Ol, l’acceptation inconditionnelle du Joug Divin. Puisque nous ne comprenons pas souvent les raisons des Mitsvot, il se peut que leur observance soit moins tangiblement gratifiante que l’étude de la Torah, de la même façon que l’odorat est moins concrètement saisissable que le goût.

Une perspective plus large de ce symbolisme nous permet de concevoir chacune des quatre espèces comme la représentation de quatre types d’individus. L’étrog représente une personne qui étudie la Torah et accomplit les Mitsvot. Le Loulav évoque celui qui étudie la Torah mais n’accomplit pas les Mitsvot. Le myrte figure celui qui accomplit les Mitsvot mais n’étudie pas la Torah. Enfin, le saule désigne celui qui n’étudie pas la Torah pas plus qu’il n’accomplit les Mitsvot.

L’accomplissement dépend de la relation avec son prochain

La Mitsva du Loulav et de l’Etrog démontre que personne ne peut atteindre l’accomplissement complet à moins qu’il ne se dépasse et se joigne à son prochain. Même l’Etrog, l’espèce qui symbolise à la fois les vertus de l’étude de la Torah et de l’observance des Mitsvot, ne peut servir à la Mitsva de Souccot que s’il est pris dans la main et rassemblé avec l’humble saule. Par le même biais, quelle que soit la manière dont nous nous épanouissons, en tant qu’individus, nous ne pouvons développer tout notre potentiel sans l’aide des autres. L’unité de notre peuple en tant qu’entité est un élément indispensable dans le développement et le progrès de tout un chacun.

Le concept de l’unité est si essentiel à cette Mitsva qu’il ne se reflète pas exclusivement dans la nécessité de rassembler toutes les espèces mais également dans les caractéristiques de chacun des éléments de la Mitsva. Nos Sages stipulent que le Loulav ne peut servir pour la Mitsva que si ses feuilles sont attachées ensemble. Les seules sortes de myrtes que l’on peut utiliser doivent avoir des rangées successives de trois feuilles chacune. Dans chaque rangée, les trois feuilles doivent être alignées, sans qu’une seule feuille ne soit plus haute ou plus basse que les autres. Le saule exprime également cette idée d’unité dans la mesure où il pousse sous forme de branches.

Grandir au contact des autres

Le concept de l’unité se reflète également dans l’Etrog. En fait, c’est précisément parce qu’il représente une catégorie d’hommes dont le potentiel d’accomplissement est plus grand que celui des autres que l’emphase sur l’unité est plus importante.

L’Etrog exprime l’unité par le fait qu’il pousse sur l’arbre tout au long de l’année et qu’il est exposé à toutes les variations des saisons et du climat. Non seulement doit-il résister à ces influences mais il y répond positivement, chacune contribuant à sa croissance.

Nous devons apprendre de l’Etrog non seulement à simplement tolérer les gens de toutes sortes, y compris ceux dont le caractère et la personnalité sont très différents des nôtres mais en réalité à grandir grâce au contact de leurs perspectives divergentes. Comme l’enseigne la Michna : « Qui est sage ? Celui qui apprend de chaque homme. »

Des étapes successives

Ces expressions de l’unité de Souccot sont liées au thème de l’unité des fêtes qui précède immédiatement : Roch Hachana et Yom kippour. Cependant, il y a une différence dans l’approche entre Souccot et les Jours solennels.

Durant les Jours solennels, notre conscience du sens de l’unité vient de l’expérience spirituelle particulière de ces jours durant lesquels nous dépassons tous notre individualité et établissons un contact avec l’étincelle divine fondamentale dans notre âme. Il s’agit d’un niveau de l’âme où aucune différence n’existe entre l’homme et D.ieu. A ce niveau, n’existe non plus aucune différence entre un homme et l’autre. A Roch Hachana et Yom Kippour, nous sommes véritablement capables de prier tous ensemble dans une entité collective.

Malgré l’intensité de cette expérience, elle possède un inconvénient. Puisque ce sentiment d’unité ressenti au cours de ces Fêtes vient d’un niveau de notre âme situé bien au-delà de notre ordinaire, de notre processus de pensée quotidien, une fois les fêtes passées et que nous revenons à notre quotidienneté, il se peut que nous ressentions un sentiment de séparation. Souccot nous enseigne que nous devons rester unis même au niveau où entre en jeu l’individualité, même au niveau où l’un est un Etrog et l’autre un saule. Il se peut qu’existent des différences concernant notre potentiel et notre développement, il n’en reste pas moins que nous sommes unis, attachés tous ensemble à une même collectivité.

La succession des fêtes est vitale. L’expérience intense des Jours solennels et la conscience de l’unité essentielle qu’ils évoquent nous prépare à la leçon d’unité de Souccot. Le service spirituel des Jours solennels nous propulse à l’extérieur de notre conscience de nous-mêmes et nous permet de réorienter nos valeurs de telle sorte que nous nous lions à notre prochain, comme il se doit.

Un lien d’unité joyeux

Cette progression vers l’unité profonde atteint son summum à Sim’hat Torah quand l’érudit et l’illettré, l’observant et le non observant, les Juifs issus de tous les milieux, de tous les modes de vie, s’unissent dans des danses exubérantes avec les rouleaux de la Torah. Les différences personnelles qui, en d’autres temps les auraient séparés, disparaissent.

Cette unité trouve son expression concrète dans la coutume de Sim’hat Torah de danser en cercle. Un cercle n’a ni commencement ni fin et chaque point est équidistant du centre. A Sim’hat Torah, nous oublions qui est « à la tête » et qui est « à la queue ». Un noyau commun nous unit tous et nous fusionnons dans une identité collective.

Alors que Souccot nous enseigne que même en tant qu’individus nous constituons un peuple uni, Sim’hat Torah va encore plus loin. Nous perdons alors toute conscience de notre individualité, nous nous dépassons complètement. L’expérience de Sim’hat Torah ne doit cependant pas constituer un retour au niveau des Jours solennels durant lesquels nous transcendons notre individualité par un service spirituel, nous liant aux autres à un niveau qui dépasse une expérience ordinaire. Car à Sim’hat Torah, le lien d’unicité absolu se révèle au sein d’une expérience physique quotidienne, en mangeant, en buvant et en dansant.

Ces joyeux liens d’unité annonceront l’arrivée d’une époque où « une grande congrégation reviendra ici » : Nous reviendrons en Erets Israël en tant que nation unie. Alors, comme l’ont promis les prophètes, « ils seront couronnés d’une joie éternelle ». Que cela se produise immédiatement !