Cette semaine, nous lisons deux Parachiot : Matot et Massé. Elles possèdent toutes deux un lien intrinsèque. Le sujet principal de Matot est constitué par la guerre que mena notre peuple contre Midian alors que celui de Massé est le récit des étapes du Peuple Juif, depuis son exil d’Egypte jusqu’à l’arrivée aux rives du Jourdain, où il se prépare à entrer en Erets Israël.
Il nous faut expliquer ce lien. Midian évoque la contrepartie spirituelle de la querelle et de la dissension, un individu tellement préoccupé par lui-même qu’il ne voit les autres que par rapport à ce qu’ils peuvent faire pour lui, plutôt que d’apprécier qui ils sont et quels sont leurs besoins. Il est tellement égocentrique qu’il perd toute notion de la situation dans laquelle il se trouve. La seule chose importante à ses yeux est de recevoir de l’attention et de voir ses désirs satisfaits. Si cela n’est pas le cas, la colère l’emporte. En fait, dans certains cas, l’autre n’a pas même la chance d’ouvrir la bouche, il est attaqué. Car cet homme craint tant pour son espace qu’il redoute quelque intrusion que ce soit.
Avant d’entrer en Erets Israël, il fallait que soit menée une guerre contre Midian. Erets Israël est une terre où se révèle ouvertement la Présence Divine. Et à propos d’un homme orgueilleux et égocentrique, D.ieu s’exprime ainsi : «Lui et Moi ne pouvons résider dans le même lieu». Car lorsque la personne n’est concernée que par sa propre personne, il lui est impossible d’apprécier D.ieu, de quelque manière que ce soit. Elle ne peut avoir conscience de la Divinité qui réside chez les autres et dans chaque élément du monde qui l’environne.
Avant que le Juifs n’entrent en Israël, où la Divinité serait le centre de leur vie, ils devaient se débarrasser de ce type de préoccupations exclusivement égocentrées.
Cela concerne également le message spirituel de leur voyage d’Egypte vers Erets Israël. L’Egypte est appelée Mitsraïm en hébreu, terme qui a la même racine que Metsarim, les frontières et les limites qui enferment le potentiel divin que nous possédons tous. Les quarante années d’errance dans le désert furent une période d’entraînement et de pratique au cours de laquelle les Juifs apprirent à entrer en contact avec leur potentiel spirituel, à l’exprimer et le libérer de toutes les limites et ce, afin d’être aptes à entrer en Terre Sainte.
Dans son essence, le dessein profond du voyage tout entier était de combattre Midian, d’apprendre à se maîtriser et à se comporter avec autrui de façon ouverte et sincère.
Ces lectures de la Torah sont également en relation avec l’époque à laquelle elles sont lues : les trois semaines de deuil pour la destruction du Temple. Le but de cette période de deuil n’est pas simplement de verser des larmes sur le passé mais essentiellement de se focaliser sur le futur, de réaliser les erreurs spirituelles qui ont conduit à l’exil et de les rectifier afin de faire venir la Rédemption.
Nos Sages nous enseignent que le Temple fut détruit à cause de la haine gratuite, cette sorte de querelles et de combats que l’on associe à Midian. Il s’ensuit qu’en se débarrassant de ces frictions et conflits par un amour emprunt de sacrifice de soi, nous pouvons éradiquer la cause de l’exil. Quand la cause n’existe plus, l’effet cesse automatiquement.
Mettre l’accent sur l’amour et l’unité pendant ces trois semaines ne signifie pas simplement se préoccuper de corriger les erreurs du passé. Bien au contraire, il nous faut nous orienter vers l’avenir. L’Ere de la Rédemption se caractérisera par la paix et l’amour et le fait d’exprimer ces émotions dans le temps présent anticipe et précipite cette Ere future.

Et Moché parla aux têtes des Matot («tribus»)… (Bamidbar 30 :2)
L’on peut dire d’un bâton que c’est un morceau d’arbre qui a payé le prix de partir de chez lui ! En fait, l’on aurait du mal à voir en lui le jeune rameau arraché à l’arbre : son écorce tendre est devenue rigide et inflexible, sa peau poreuse s’est endurcie. Le jeune rameau est devenu…un bâton !
L’on peut aussi dire que le bâton a cueilli les fruits du fait de partir de chez lui. Il a gagné une épine dorsale et de la stature. Il a appris à se tenir fermement et n’est plus balancé par chaque souffle de vent et chaque brise. Sa peau s’est endurcie dans le froid et possède une force à ne pas négliger. Le rameau flexible s’est raffermi en un formidable bâton.

L’exil
La Torah utilise deux mots pour désigner les tribus d’Israël : Chevatim et Matot. Un Chévèt est une «branche». Matéh signifie un «bâton».
Les deux mots expriment l’idée que les tribus d’Israël sont les membres de «l’arbre de la vie», des ramifications de la Source suprême de toute vie et de tout être. Mais chacun représente un état différent dans la relation du Juif avec ses racines. Le Chévèt indique un état de relation manifeste avec la source : la branche est toujours attachée à l’arbre ou du moins a-t-elle encore de la sève qui coule dans ses veines. Le Chévèt représente le Juif dans un état de connexion visible avec D.ieu, soutenue par une implication divine, révélée, dans sa vie.
Le Matéh est un Chévèt qui a été arraché à l’arbre. Le Matéh est le Juif en exil, un «enfant banni de la table de son père» et qui erre sur les routes froides et étrangères de l’exil. Privé de son amarrage céleste, le Matéh est obligé de développer sa propre résistance contre les tempêtes de la vie, de chercher dans son cœur fragile la force de résister, loin de la maison ancestrale.

La lecture de la Paracha Matot
Dans notre Paracha, il est significatif que la Torah se réfère aux tribus d’Israël par le terme «Matot» et qu’une partie entière de la Torah emprunte ce mot.
Nous l’avons vu, Matot est toujours lu pendant les trois semaines de deuil.
Chaque bâton aspire à revenir à son arbre, aspire au jour où il sera à nouveau une branche fraîche et pleine de vie, réunie avec ses frères et nourrie par son géniteur. Quand le jour viendra, elle pourra y ajouter sa solidité durement gagnée, sa maturité de Matéh acquise dans l’environnement solitaire et sans racine de l’exil.
(Basé sur Likouté Si’hot, vol. 18, pp. 382-384)