La lecture de la Paracha de cette semaine expose les lois de Tsaraat (la « lèpre » biblique). Pourquoi cette maladie de peau était-elle si importante au point d’être l’objet de lois particulières de la Torah ?

Le Midrach enseigne qu’il arrivait que des affections physiques soient les conséquences des actions de l’homme et que cette « lèpre » très spéciale était un résultat de la médisance. La maison, les habits et la peau La « lèpre » pouvait apparaître sur la peau, sur les habits voire même sur les murs de la maison. Le Midrach enseigne que la « lèpre » sur les murs était le premier signe d’une faute. Si l’on ignorait ce signe et que l’on continuait à pécher, la « lèpre » gagnait les vêtements. Et en cas d’occultation de ce second symptôme, la « lèpre » devenait alors une maladie dermatologique. Une question de choix Un examen attentif de la Paracha met à jour un point intéressant. Alors qu’elle évoque l’apparition de la « lèpre » sur les murs, la Torah dit : « Il se rendra chez le Cohen ». L’implication en est que, lorsqu’un malaise spirituel est négligé et qu’on le laisse s’envenimer, l’on peut s’y habituer et on finit par l’ignorer. C’est par leur propre volonté que ces « patients » ne se rendaient pas chez le Cohen. Il fallait que des amis attentionnés les y conduisent. Quand apparaissait la « lèpre », un Juif devait rechercher le Cohen et non un dermatologue. Il est vrai que les médecins sont exercés à avoir accès aux forces curatives de D.ieu et peuvent guérir l’affection de la peau. Mais il s’agit pour eux de soigner les symptômes. Ils ne peuvent soigner la cause. Le Cohen conseillait et guidait selon les enseignements de la Torah. La cause était traitée et automatiquement une guérison totale en résultait. Pour réfléchir Aujourd’hui, nous n’observons plus les lois de cette « lèpre » puisque nous ne possédons plus le Temple ni la prêtrise. Les symptômes de la « lèpre » ne sont plus fréquents mais sa cause reste toujours présente. Encourager son ami à ne pas proférer de médisance et accepter un tel conseil de nos propres amis est une tâche délicate. Et pourtant le but en vaut la peine, la cause est cruciale et nous ne devons pas la négliger. Les mots et les pierres A Médziboch, la ville natale de Rabbi Israël Baal Chem Tov (fondateur du ‘hassidisme, 1698-1760), deux hommes se prirent d’une violente querelle. Un jour, alors qu’ils criaient avec colère l’un contre l’autre, l’un des deux s’écria : « Je vais te couper en pièces de mes propres mains ! » Le Baal Chem Tov, qui était à la synagogue à ce moment-là, demanda à ses disciples de former un cercle, chacun tenant la main de son voisin, et de fermer les yeux. Rabbi Israël en fit de même et plaça ses mains sur les épaules de ses deux voisins, à sa gauche et à sa droite. Soudain, les disciples poussèrent un cri de terreur : derrière leurs yeux fermés ils voyaient l’homme en colère déchirer réellement en morceaux celui qu’il avait menacé de ces mots. « Les mots sont comme des flèches », dit le Psalmiste, « et comme des charbons ardents. » Comme des flèches, explique le Midrach, car l’homme reste au même endroit et ses mots dévastent la vie de quelqu’un d’autre, à des milliers de kilomètres. Et comme un charbon ardent dont la surface extérieure est à demi éteinte mais dont l’extérieur reste enflammé. Ainsi les mots malveillants continuent-ils à endommager bien après que l’effet extérieur s’est éteint. Les mots tuent de plusieurs manières. Parfois, ils mettent en marche une chaîne d’événements qui peuvent se réaliser comme une véritable prophétie. Parfois ils dévient de la cible du venin pour frapper un témoin innocent. Et parfois, ils reviennent, comme un boomerang, et s’abattent sur celui qui les a prononcés. Mais quelle que soit la route qu’ils empruntent, les mots de haine débouchent inévitablement sur des actions détestables, quelquefois des années voire des générations après qu’ils aient été prononcés. La nature humaine est telle que les pensées luttent pour s’exprimer verbalement et les mots cherchent leur réalisation dans des actions, souvent empruntant des chemins complexes que celui qui les a proférés n’aurait pas désirés ni anticipés. Mais la force des mots va plus loin que son potentiel à les traduire en actions. Même si ce potentiel ne se réalise jamais, même si les mots prononcés ne se matérialisent pas dans ce « monde de l’action », ils continuent quand même à exister dans le plus spirituel « monde de la parole ». Car l’homme n’est pas un simple corps, il possède également une âme ; il n’est pas seulement un être physique, il est également une créature spirituelle. Au plan physique, les mots prononcés ne peuvent signifier que des actions potentielles, virtuelles. Mais dans la réalité de l’âme, elles sont réelles. C’était ce que le Baal Chem Tov désirait montrer à ses disciples en leur permettant un regard furtif jeté dans le monde des mots habité par les âmes des deux protagonistes. Il voulait qu’ils comprennent que chaque mot que nous prononçons est réel, qu’il s’accomplisse ou non dans le « monde de l’action » où réside notre être physique. A un plan plus élevé, plus spirituel de la réalité, une réalité aussi vraie que l’est pour notre corps la réalité physique, chacune de nos paroles, bonne ou mauvaise, se réalise. Il en va de même, bien sûr, au sens positif : une parole de louange, une parole d’encouragement est aussi bonne que si elle était réalisée, dans la réalité spirituelle de l’âme. Avant même qu’une bonne parole ait donné lieu à une bonne action, elle a déjà opéré un effet profond et durable sur l’intériorité de notre être et de notre monde.