Début d’année nouvelle : déjà plus d’une semaine écoulée. Le récit de la création du monde et du commencement de l’histoire des hommes a résonné dans toutes les synagogues. Mais, et en particulier après ce temps si prodigieux de Tichri, le mois « rassasié » de fêtes et d’expériences spirituelles inoubliables, tout change. C’est presque d’un basculement qu’il faudrait parler. Il y a encore bien peu de temps, notre vie était faite d’espoirs à concrétiser, d’élan pour se dépasser et, quasiment du jour au lendemain, nous voici pris dans une impression d’obscurité croissante, comme dans une sensation de montée des périls. Sur le front sanitaire, les nouvelles ne sont guère joyeuses et sur les autres, qui pourrait le dire ?

Cette atmosphère étrange dans laquelle nous nous trouvons éveille en chacun d’anciens souvenirs, spécialement d’actualité cette semaine. La Torah nous raconte en effet, l’histoire de Noé, l’homme qui, seul, affronte autant l’adversité que l’hostilité d’un monde qui refuse de comprendre sa quête. Voilà bien un homme qui doit faire face aux menaces de toutes sortes, celle du déluge annoncée et celle de la férocité des hommes. Que fait-il donc, véritable exemple du meilleur de l’humain ? Acte surprenant, même s’il est ordonné par D.ieu, il construit une arche, un bateau en pleine terre. Le moment venu, il s’y réfugie, toujours sur l’ordre divin, avec sa famille et des représentants de toutes les espèces animales. Tout disparaît sous les eaux, l’époque est détruite mais la terre a une nouvelle chance. Traduisons : devant la montée des périls, Noé n’a pas reculé. Il a agi, avancé, poursuivi son chemin et, sauvant l’avenir, il a fondé un nouveau monde.

On l’a dit : le cycle de Tichri s’est terminé. Mais ses lumières ne se sont pas éteintes. Par cette force nouvelle, nous ne nous efforçons pas de détourner le regard pour éviter de voir les dangers du temps. Nous savons comment nous en protéger. Au-delà des précautions que la raison commande, il nous faut entrer, nous aussi, dans l’arche. En tout temps, elle existe et reste ouverte autant que nécessaire. Elle s’appelle étude de la Torah et lien avec D.ieu par la prière. Elle est plus qu’un refuge : la sauvegarde de ce qui est grand et précieux en l’homme et, plus globalement, dans la création. L’accès en est libre et les périls deviendront alors autant de clés pour des bénédictions infinies.