Moché et Aharon se présentent à de multiples reprises devant le Pharaon pour demander, au nom de D.ieu : « Laisse partir Mon peuple pour qu’ils Me servent dans le désert ». Le Pharaon refuse. Le bâton d’Aharon se transforme en serpent et avale les bâtons magiques des sorciers égyptiens. D.ieu envoie alors une série de plaies contre les Egyptiens.

Les eaux du Nil se transforment en sang, des armées de grenouilles envahissent la terre, la vermine infecte tous les hommes et les animaux. Des hordes de bêtes sauvages déferlent sur les villes, la peste tue les animaux domestiques, des ulcères douloureux affectent les Egyptiens. Pour la septième plaie, D.ieu combine le feu et la glace qui descendent sur terre en une grêle dévastatrice. Et pourtant « le cœur de Pharaon s’endurcit » et il ne libère pas les Enfants d’Israël.

Ce Chabbat amorce le mois de Chevat. Pour ceux dont la vie a été touchée par le Rabbi, ce mois prend une signification toute particulière. En effet, on y célèbre l’anniversaire du décès du précédent Rabbi de Loubavitch, le 10 Chevat, et de façon plus significative pour nous, ce jour où le Rabbi accepta de diriger la communauté Loubavitch.

L’histoire qui suit représente, par de nombreux aspects, un microcosme du message de la direction spirituelle du Rabbi.

Dans les années 70, un jeune et brillant éducateur, diplômé de la Yeshiva University, vint rendre visite au Rabbi. En réalité, il venait pour un problème personnel. Sa femme et lui, mariés depuis plusieurs années n’avaient pas encore été bénis d’enfants. Le Rabbi lui donna une bénédiction pour des enfants (et sa première fille naquit douze mois plus tard). Mais le Rabbi ne s’attarda pas longtemps sur cette bénédiction. Il chercha plutôt à convaincre ce jeune rabbin d’ouvrir une école pour la jeunesse américaine qui n’avait pas reçu d’éducation en matière de Torah. « Il existe de nombreuses écoles pour les jeunes issus de milieux pratiquants alors que la jeunesse qui vient de foyers non religieux n’a pas beaucoup d’alternatives ».

Le jeune rabbin écouta le Rabbi et réfléchit. Quelques semaines plus tard, il prit une décision et ouvrit une Yéchiva, dans cet esprit, en Israël. Cette institution rencontra beaucoup de succès et réussit à remettre de nombreux jeunes gens sur le chemin de leur identité juive. Lors de l’un de ses voyages aux Etats-Unis, le jeune rabbin décida de rencontrer le Rabbi et le remercier pour ses conseils et ses directives.

Le Rabbi lui demanda tous les détails concernant la Yéchiva, y compris l’endroit où elle se situait.

– Où ? demanda le Rabbi

– Re’hov Kiryat Moché, près du carrefour.

– Oh, au-dessus de l’épicerie, ajouta le Rabbi, montrant une familiarité totale avec un environnement qu’il n’avait jamais vu.

*  *  *

La Paracha de cette semaine présente un aspect problématique. D.ieu voit la souffrance du Peuple juif en Egypte et agit. Il envoie Moché pour enjoindre le Pharaon de laisser partir son peuple. Devant le refus du Pharaon, D.ieu punit les Egyptiens avec dix plaies terribles. Il brise l’ordre naturel pour montrer Son amour pour le Peuple juif et le libérer.

Ce n’est pas là que se situe le problème. Nous comprenons bien la séquence de ces événements. La question qui se pose concerne ce qui arrive par la suite. Cela fait plus de 3300 ans qu’eut lieu la sortie d’Egypte et nous parlons toujours des mêmes miracles. A un moment ou à un autre, chacun de nous a posé la question à D.ieu : « Où es-Tu ? ». Chacun peut désigner des sources de mal que nous aurions bien aimé que D.ieu détruise. S’Il l’a fait à l’époque de l’Egypte, pourquoi pas maintenant ? Pourquoi ne sommes-nous pas témoins de miracles aujourd’hui ?

La première réponse à ces questions est que nous en sommes témoins mais que nous ne le réalisons pas. La nature elle-même n’est rien de plus qu’une série de miracles. Si quelqu’un tentait de calculer la probabilité pour que notre vie soit ce qu’elle est, il arriverait à des chiffres incommensurables. Pourquoi ne sommes-nous pas envahis par la joie devant les bonnes choses que nous vivons ? Parce que l’habitude l’emporte. Nous sommes happés par notre vie et ne prenons pas le temps de nous arrêter et de réfléchir à notre « bonne fortune ».

D.ieu chérit cet ordre naturel. Parce que si la Divinité était apparente, l’existence de notre monde matériel ne serait pas nécessaire.

Cela mérite une explication. Le monde a été créé à partir du néant absolu. Il n’existait pas même un vide. Il n’y avait rien. D.ieu n’avait aucun besoin de le créer. Il ne le fit que parce qu’Il le voulait. Et pourquoi donc ? Les Sages nous disent qu’Il voulait une résidence dans les mondes inférieurs, qu’Il créa un monde où Sa présence ne serait pas visible et que ce royaume deviendrait son foyer : un lieu où Il manifeste Sa présence de façon aussi confortable qu’un homme le fait dans sa propre maison.

Ainsi, si D.ieu devait annuler l’ordre naturel et faire en sorte que le cadre extraordinaire de l’existence manifeste Sa présence, la création n’aurait eu aucun but. Une suite incessante de miracles révélés nierait Son projet lui-même.

C’est la raison pour laquelle Il cache Ses miracles dans la nature. Mais cela ne les empêche pas d’être des miracles. En fait, à de nombreuses occasions, il nous suffirait de faire une pause et d’observer objectivement ce qui nous arrive, pour être stupéfaits devant l’implication évidente de la main de D.ieu. Plus encore, parfois, une telle contemplation n’est pas même nécessaire. Chacun de nous peut évoquer des événements dont il a été témoin et dans lesquels D.ieu l’a aidé lui individuellement ou le Peuple Juif en tant qu’entité.

Ainsi, une fois dans l’histoire de notre nation, à l’époque de la sortie d’Egypte, D.ieu a accompli une série de miracles dévoilés et chacun a dû admettre leur origine Divine. Par la suite, le mode opérationnel originel a été restitué et la présence de D.ieu a été cachée. Ce n’est que de temps à autre que l’on peut percevoir Sa main ouvertement. Cependant, même lorsque nous ne pouvons Le voir à l’action, cela ne signifie pas qu’Il ne s’implique pas. Constamment, que nous soyons ou non conscients de Sa présence, D.ieu agit dans notre existence, la dirigeant vers sa perfection ultime.

Perspectives

Les deux concepts que nous venons d’évoquer : le fait que D.ieu maintienne l’ordre naturel et celui qu’Il n’y soit pas attaché, trouveront leur expression à l’Ere Messianique. C’est pour cette raison que nos Sages ont expliqué qu’il y aura deux phases dans la Rédemption : l’une où « il n’y aura pas de différences entre notre monde et l’Ere de Machia’h (en dehors de) la soumission d’Israël aux royaumes (du monde) » et une seconde phase où l’ordre naturel cèdera sa place à des miracles visibles.

La première phase est nécessaire pour accomplir le dessein d’une résidence dans les mondes inférieurs, c’est-à-dire pour montrer que puisque le monde existe, dans son état naturel, sans miracles, il peut servir de résidence pour D.ieu. Dans la vie que nous connaissons, l’homme consacrera toutes ses énergies à mener une vie en relation avec D.ieu par l’accomplissement de la Torah et des Mitsvot.

Cependant cela ne sera qu’une étape intermédiaire. En dernier ressort, l’ordre naturel cédera la priorité au miraculeux. Car si notre monde est la demeure de D.ieu, Il y sera manifeste sans restreintes ni limites. Cela apportera des miracles car les limites de la nature ne peuvent Le contenir.