Notre paracha Rééh, comme les précédentes, appelle les enfants d’Israël à ne pas abandonner la thora et les mitsvot. Moché rabbénou détaille ce message, en expliquant au peuple les différents dangers qui risqueraient de se présenter lors de leur entrée en terre sainte.

Les versets insistent sur le fait d’accomplir la thora « aujourd’hui ». Ce terme « hayom » (aujourd’hui) est employé dans la plupart des recommandations et vient nous enseigner un message. Avec l’aide du Ciel, voyons donc le message qu’ont appris les sages de ce mot.

Le talmud apprend d’ici qu’il faut étudier la thora avec la même joie et le même entrain que le premier jour où nous l’avons reçue. En effet, l’un de nos plus grands ennemis est « l’habitude ». Même si nous prenons conscience de la beauté des mitsvot et de la thora, le mauvais penchant essaye constamment de nous habituer et de nous faire perdre ainsi le goût pour l’approche de D’.

Après avoir conquis Jérusalem et mis le feu au second temple, Titus était gonflé d’orgueil et d’arrogance. Lors de son retour vers Rome, une tempête menaça de faire chavirer son navire. Titus dit alors avec insolence : « on dirait que le D’ des Juifs n’a de forces que dans la mer, car il a tué Pharaon dans la mer, ainsi que Sissra ». Une voix céleste se fit entendre : « Rach’a fils de rach’a, une de mes plus petites créatures s’appelle l’insecte. Lorsque tu arriveras sur la terre ferme, tu te mesureras à lui ».

Ainsi, lorsque Titus débarqua de son navire, un insecte fit irruption dans son nez et commença à ronger son cerveau (ou du moins, ce qu’il avait pour cerveau…). Le talmud raconte qu’un jour, Titus passa près d’un forgeron. L’insecte eut peur des coups émis et s’arrêta de ronger le cerveau de son hôte. Titus en fut soulagé, et il décida de placer des forgerons à ses côtés, afin que leurs coups continuent à effrayer l’insecte. Ce stratagème dura un mois, au bout duquel l’insecte arrêta d’avoir peur et continua sa besogne. Ce supplice dura sept ans, jusqu’à la mort de Titus.

Rav Nissim Yagen explique que l’on peut apprendre de cette histoire la force de l’habitude. Il arrive que nous aimions un certain livre ou un certain rav et que nous sentions qu’ils nous renforcent dans le service divin. Malheureusement, cette sensation ne peut durer longtemps sans un travail de notre part. La plus grande et la plus belle inspiration peut perdre sa puissance si nous nous y habituons.

C’est d’ailleurs ainsi que nous expliquons la requête du roi David. Celui-ci demandait au Saint-béni-soit-Il : «donne-moi le mérite de passer toute ma vie dans à tes côtés, et de visiter Ta demeure ». Cette demande est à priori contradictoire. En effet, David hamélékh désire d’une part, vivre constamment avec D’ et d’autre part, il demande aussi de visiter sa demeure (or une visite n’est que temporaire). Nos maîtres expliquent que le roi David suppliait D’ de rester toute sa vie dans les maisons d’étude, mais il priait en même temps pour ne pas s’habituer à ce grand mérite et pour toujours garder l’admiration et l’exaltation d’un « visiteur ».

[Mon père, mon maître -que D’ lui accorde toutes les bénédictions -m’a rapporté une remarque qu’il a entendue de rav Nathan Ohayon. Celui-ci constatait que les touristes explorent beaucoup plus le pays que le font les citoyens locaux. Par exemple, il y a plus de touristes à la tour Eiffel que de parisiens. David hamélékh priait donc pour étudier la thora toute sa vie avec la même curiosité que celle d’un touriste !]

La thora nous enseigne qu’il faut lutter pour repousser l’habitude et ne pas succomber à la monotonie. De même, les sages nous enseignent qu’il faut continuellement se renforcer dans l’étude de la thora et la prière, afin que celles-ci ne deviennent pas une routine.

Notons que ce combat n’est à faire qu’au début de notre chemin. En effet, une fois que l’âme s’est purifiée par les mitsvot et par la téchouva, elle ressent la pureté et la finesse du service divin, et il est donc plus facile de vouloir s’en rapprocher. C’est la raison pour laquelle les justes accomplissent les mitsvot avec joie et exaltation. Que le Tout-puissant aide tous ses enfants à se purifier et à atteindre cet amour pour la thora, amen.

Afin de réussir à lutter contre ce mauvais penchant qui nous fait perdre notre motivation, voici trois petits conseils.

• La prière : à l’instar du roi David, nous mériterons l’amour des mitsvot grâce à la prière. Ne nous affaiblissons pas dans nos prières car elles sont la clé de la réussite dans notre service divin.

• La téchouva : en nous séparant des fautes et en multipliant les mitsvot, nous purifierons notre âme et nous serons grandement attirés par l’approche de D’. [Si l’on a trébuché ‘has véchalom, il faut tout de suite regretter la faute et réfléchir pour ne pas tomber une seconde fois. Par exemple, si l’on remarque que la négligence sur la tsniout a impliqué un relâchement, il faut s’éloigner de ces dangers, encore plus qu’auparavant.]

• l’étude du moussar (l’éthique juive et la morale) : il est également possible d’acquérir l’ardeur pour la thora en étudiant du moussar sur la grandeur des mitsvot. Il faut prendre conscience que chaque petit geste, parole ou pensée ont un impact inimaginable. En réservant fermement une ou deux minutes quotidiennes pour cette pensée, D’ nous aidera à intensifier notre amour pour Ses mitsvot.

Nous sommes dans ce monde pour multiplier les mitsvot et agrandir nos mérites. Le mauvais penchant sait que chaque petit effort investi dans les mitsvot et dans l’étude de la thora est immense. Il combat donc sans relâche pour nous empêcher de servir D’ avec entrain.

Il faut absolument se renforcer à travers les trois principes cités plus haut : la prière, la téchouva et l’étude du moussar. Ainsi, outre la récompense reçue pour chaque instant d’accomplissement de l’une ces trois mitsvot, nous multiplierons grandement la qualité et la quantité de nos mitsvot.

Prions pour la téchouva de notre peuple et pour mériter prochainement la venue du messie, qui pourra être accélérée par notre renforcement, amen.