Le Chabbat qui bénit le mois d’Iyar le relie au mois de Nissan. Ces deux mois possèdent donc un lien intrinsèque. Chacun culmine en une fête : Nissan voit la célébration de Pessa’h et Iyar, celle de Pessa’h Chéni (le «second Pessa’h», institué pour permettre à ceux qui n’avaient pu célébrer Pessa’h, au temps requis, de réparer cette omission). Ces deux fêtes indiquent qu’il existe une relation entre les deux mois.

Nissan et Iyar commémorent deux étapes dans la première période de l’histoire des Juifs. Nissan fut un mois de miracles. (En fait le mot hébreu pour «miracle» ness, à la même racine que le nom du mois : Nissan). Au cours de ce mois, les Juifs furent sauvés d’Egypte. Iyar est le premier mois complet que les Juifs vécurent en hommes libres. Ils étaient guidés dans le désert par D.ieu Qui subvenait à tous leurs besoins.

Ces deux stades sont comparables aux deux éléments fondamentaux du service de la Torah, tels que les décrivent les mots des Psaumes : «Détourne-toi du mal et fais le bien». La Torah reconnaît également ces deux mouvements quand elle classe ses commandements en deux catégories : les commandements positifs et les commandements négatifs.

Ces deux approches se réfèrent aux questions essentielles concernant notre observance de la Torah. Il suffit de jeter un regard autour de nous pour que se soulève une question évidente : «Comment être sûr de «se détourner du mal», de façon complète, même en pensée ?». Le monde couvre et cache sa nature Divine. Cela va même encore plus loin : le voile de l’obscurité est puissant et difficile à pénétrer. Cela peut s’observer du mot hébreu pour «monde», «olam» qui a la même racine que «héélèm – couverture» ou «ilam – puissance».

Le service de la Torah doit être constant, en tous lieux et en tous temps. Comment l’accomplir ?

Le mois de Nissan répond à cette question. L’Egypte représentait le plus difficile des défis à la Torah, la société la plus basse, la plus décadente de cette période. Les Juifs avaient vécu dans ce pays pendant plus de deux cents ans et faisaient alors partie intégrante de la société égyptienne. De plus, ils étaient esclaves, sous le contrôle et l’influence des Egyptiens. Et pourtant, ils purent quitter l’Egypte et briser les chaînes de l’esclavage. Le mois de Nissan communique cette leçon à chaque Juif, à chaque époque. Il lui enseigne que même lorsqu’en toute objectivité, sa situation ne présente aucune image encourageante, quand il ne voit aucune possibilité, aucun espoir d’exprimer son Judaïsme, il doit prendre conscience que sa nature n’est restreinte par aucune limite. Il a le potentiel de faire survenir des miracles. Telle est la leçon de l’Exode d’Egypte. Et c’est parce qu’elle est toujours pertinente que nous avons le commandement de la relater chaque jour (dans les prières quotidiennes).

Et plus encore, le potentiel du Juif de s’élever au-dessus des limites de la nature n’est pas un événement ponctuel. Il concerne l’approche quotidienne de la vie. Dans le monde du travail, pour prendre un exemple, on a l’habitude de considérer que la seule manière de réussir est de travailler sept jours sur sept. Mais le Juif ne peut atteindre la plus grande des réussites qu’en cessant toute activité et en ne travaillant pas le septième jour, le Chabbat.

Dans une autre perspective, l’approche qui consiste à «faire le bien», représentée par le mois d’Iyar, apporte sa contribution par une riche leçon. Dans un certain sens, faire le bien est plus difficile que se détourner du mal. Car cette dernière attitude n’exige que de résister aux tentations et ne demande pas que l’on fasse autre chose. Faire le bien implique le fait de prendre quelque chose du monde, «l’or et l’argent de l’Egypte» et de l’utiliser pour accomplir une Mitsva. Tel est l’élan donné par le mois d’Iyar.

En Iyar, les Juifs sont dans le désert, une terre désolée remplie de «serpents et de scorpions». Ils n’ont pris aucune provision avec eux, en sortant d’Egypte. Tous leurs besoins sont assouvis pour eux par le désert lui-même.

Et c’est là qu’ils accomplirent la mission de D.ieu en élevant le monde.

Le fait que Nissan précède Iyar est significatif. Bien que le but essentiel de la Rédemption soit d’apporter un changement dans le monde (le résultat du service de «faire le bien»), «se détourner du mal» est nécessaire en préambule.

Les leçons de chacun des mois doivent être combinées et continuer à nous affecter durant toute l’année à venir. Nous mériterons alors une année de miracles, incluant le miracle ultime, celui de la Rédemption complète et totale.

Ces idées s’appliquent chaque année. Néanmoins, selon l’enseignement du Baal Chem Tov, tout ce que nous voyons ou entendons nous permet de tirer un enseignement dans le service de D.ieu. Il nous faut donc rechercher un détail significatif, précisément cette année, dans la Paracha de cette semaine, Chemini.

Les événements principaux de la Paracha sont l’achèvement du Tabernacle et la révélation de la Présence Divine, la Che’hina. Cette révélation ne fut pas seulement perceptible aux yeux de Moché, d’Aharon et des Anciens mais à tout le Peuple Juif. Ils en furent tous les témoins.

Elle eut un effet très puissant. Elle donna à chacun de nous la possibilité de faire de notre propre foyer un sanctuaire miniature. Les conséquences sont encore plus importantes : notre service possède un avantage sur celui de nos Pères. A l’époque du Sanctuaire, il fallut aux Juifs huit jours de préparation pour permettre la révélation de la Che’hina, alors qu’en ce qui nous concerne, nous pouvons attirer instantanément la Divinité, à chaque instant. Chacun de nous a la possibilité de faire de sa maison un foyer pour D.ieu, un lieu où la Divinité peut être perçue par nos propres yeux.

Cette leçon doit être liée à celle du Chabbat qui bénit le mois d’Iyar, la fusion de Nissan et d’Iyar, la combinaison des services de se «détourner du mal» et «faire le bien». Les Juifs doivent quitter l’Egypte en transcendant toutes les influences qui les restreignent. Et cette perspective doit devenir naturelle. Elle doit s’intégrer à notre comportement courant.

Nous pouvons tous construire un sanctuaire, une résidence éternelle pour la Présence Divine. Et D.ieu Lui-même observant nos efforts nous aide à la tâche. Il nous suffit de prendre la ferme décision de revivre les événements de Chemini et ainsi la Présence de D.ieu Se révélera avec la venue de Machia’h, rapidement, de nos jours.
(La Sidra de la Semaine)