D.ieu dit à Noa’h : « Viens dans la Téva. » (Beréchit 7 :1)

D.ieu parla à Noa’h en ces termes : « Sors de la Téva. » (Béréchit 8 :15-16)

Le sens littéral du mot hébreu Téva est « conteneur » ou « boîte ». La Téva dont on parle ici est l’arche que Noa’h construisit pour se protéger avec sa famille, durant douze mois, des eaux du Déluge qui ravageaient la terre.

Téva signifie également « monde ». Les mondes sont des conteneurs. Les mondes emmagasinent des idées, des sentiments et des convictions. Les mots abritent des personnalités et des communautés, définissant leurs qualités et délimitant leurs projets.

Et c’est là que réside l’intérêt contemporain du commandement divin à Noa’h : « Viens dans la Téva. » Les eaux du Déluge représentent les soucis et les tribulations qui traversent notre vie, menaçant d’engloutir notre âme et de la détourner de ses aspirations spirituelles. Ainsi la Torah s’adresse-t-elle à chacun d’entre nous : « Viens dans la Téva ! » Entre dans le monde ; là tu trouveras un refuge contre les déluges de la vie.

Lorsque l’on se réveille chaque matin, nous nous entourons de mots : « Modé Ani Lefané’ha… » : « je T’offre mes remerciements, à Toi, Roi Divin et Éternel, Qui a restauré en moi mon âme… » Ces premiers mots du jour seront suivis par beaucoup d’autres, des paroles de prière, des paroles d’étude de la Torah, qui vont amplifier la vérité simple mais puissante du « Modé Ani » : le fait que D.ieu est la source et l’objectif de notre vie et que chaque matin, Il restaure notre âme, renouvelée, fortifiée, pour faire face à tous les défis du jour. Abrités dans cette prise de conscience, nous sommes protégés des courants de peur, de doute et de désespoir qui menacent d’engloutir le nageur sans Téva qui nage dans la vie.

L’Arche flottante

A un niveau plus profond, notre Téva est maintenue à flots par les eaux du Déluge tout en nous en abritant.

Cela est également dit en allusion dans le récit que fait la Torah du Déluge de Noa’h :

« Les eaux augmentèrent et elles surélevèrent la Téva et elle s’éleva au-dessus de la terre… et la Téva se déplaça au-dessus de la surface des eaux. » (Beréchit 7 :17-18)

Rabbi Chnéor Zalman de Lyadi explique le sens profond de ces versets. Il est courant pour un homme d’affaires de penser que sa prière est moins importante que celle d’un érudit dans la Torah. La vérité est que bien au contraire, « il y a une supériorité à la lumière qui vient de l’obscurité. » Quand les soucis et les préoccupations de l’existence matérielle sont sublimés à travers la prière, le résultat est bien plus élevé que la prière d’une personne qui passe sa journée entière dans des occupations spirituelles. Les eaux du Déluge de la vie matérielle élèvent en quelque sorte les paroles de prière et d’étude de la Torah à un niveau supérieur.

Peupler la Téva

La Téva était plus qu’un sanctuaire personnel pour Noa’h. Il avait reçu l’instruction d’entrer dans l’Arche avec sa famille (« toi, tes fils, ton épouse et les femmes de tes fils ») et de rassembler des espèces de toutes les créatures vivantes (« et de chaque chose vivante de toutes les chairs, deux de chaque, mâle et femelle… et de chaque aliment comestible… pour les graines vivantes sur la terre. »

Dans le même esprit, la Téva que nous créons ne doit pas seulement servir d’arche personnelle. Nous devons inviter nos « familles », nos frères humains que nous connaissons, à pénétrer dans les paroles de sainteté et de sens grâce auxquelles nous naviguons dans les eaux hasardeuses de la vie matérielle. Plus encore, notre Téva doit également recevoir les éléments non humains de notre environnement. Chaque fois que nous ajoutons l’une des ressources de notre monde dans un but divin, nous la faisons appartenir à ce monde protégé, sanctifié par les paroles de la Torah et de la prière. Les aliments qui procurent l’énergie pour prier, le papier et l’encre qui facilitent notre étude de la Torah, les ressources et les talents que nous mettons en œuvre et qui nous permettent de gagner de l’argent pour donner de la Tsédaka (charité), tous sont les spécimens sauvés du déluge de la matérialité et apportés dans le sanctuaire du monde divin dans lequel nous enveloppons notre vie.

« Entre, sors »

L’appel divin : « Viens dans la Téva » fut suivi du commandement « Sors de la Téva. » Quand les eaux du Déluge baissèrent, D.ieu ordonna à Noa’h de sortir de la Téva et de recréer un monde nouveau à partir du micro univers qu’il y avait abrité.

Nous aussi sommes appelés à « sortir de la Téva. » Une fois que nous avons créé un sanctuaire de Divinité dans le monde de la matérialité, nous devons le transplanter en dehors des murs de notre Téva.

Cela s’applique à la fois au niveau personnel et au niveau universel. Dans notre propre vie, l’heure inviolable de la prière du matin doit exercer un effet sanctificateur sur notre journée de travail qui lui fait suite. Le temps que nous réservons à l’étude de la Torah doit imprégner notre processus intellectuel et les décisions que nous prenons, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. L’argent que nous donnons à la charité doit influencer la manière dont nous considérons toutes nos possessions et nos richesses.

Au niveau communautaire et universel, la sainteté de notre Téva, de notre vie protégée, doit s’étendre au-delà des limites de notre propre vie et exercer un impact sur notre communauté et sur la société en tant qu’entité.

En dernier ressort, nos efforts individuels et collectifs se traduiront par l’harmonie et la perfection universelles de l’Ère Messianique.

Dans ce domaine également, la Téva de Noa’h est notre prototype et notre modèle. L’Arche de Noa’h constitue un précédent microcosmique de l’ère du Machia’h. Toutes les espèces animales, y compris celles qui sont ordinairement des proies les unes pour les autres, coexistaient en harmonie, à l’intérieur de ses murs, annonçant l’ère où « le loup résidera avec l’agneau et le léopard sera allongé près du chevreau… ils ne se feront pas de mal et ne s’entretueront pas sur toute Ma montagne sainte, car le monde sera rempli de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent la mer. »

Le commandement divin fait à Noa’h « sors de la Téva, » était également l’instruction de commencer à réaliser cet idéal à l’échelle universelle. Pour nous, il exprime l’impératif de transplanter la sainteté et la sérénité de notre propre sanctuaire de la Téva dans le monde, en général, dans l’attente du monde divin parfait de Machia’h, un monde libéré de la cupidité, de la jalousie et de la haine et rempli de la connaissance et de la bonté de Son Créateur.