D.ieu se révèle à Moché et lui promet de sortir les Enfants d’Israël d’Egypte, de les délivrer de leur esclavage, de les sauver et d’en faire Son peuple élu au Mont Sinaï. Il les conduira ensuite vers la terre qu’Il a promise aux Patriarches en héritage éternel.

Moché et Aharon se présentent à de multiples reprises pour demander au Pharaon, au nom de D.ieu : « Laisse partir Mon peuple pour qu’ils Me servent dans le désert ». Pharaon refuse. Le bâton d’Aharon se transforme en serpent, redevient bâton et avale les bâtons magiques des sorciers égyptiens. D.ieu envoie alors une série de plaies contre les Egyptiens.

Les eaux du Nil se transforment en sang, des armées de grenouilles envahissent la terre, la vermine infecte tous les hommes et les animaux. Des hordes de bêtes sauvages déferlent sur les villes, la peste tue les animaux domestiques, des ulcères douloureux affectent les Egyptiens. Pour la septième plaie, D.ieu combine le feu et la glace qui descendent sur terre en une grêle dévastatrice. Et pourtant « le cœur de Pharaon s’endurcit et il ne libère pas les Enfants d’Israël.

La Paracha Vaéra commence par le verset « et Je Me suis révélé à Avraham, Its’hak et Yaakov ». Dans son commentaire, Rachi relève les mots « Je Me suis révélé » et explique : « aux Patriarches ».

Qu’apporte cet ajout de Rachi ? Ne savions-nous pas déjà qu’Avraham, Its’hak et Yaakov étaient les Patriarches ?

L’intention de Rachi n’est pas simplement de nous informer sur les Patriarches. Il veut expliquer que si D.ieu se révéla à eux, ce n’était pas par rapport à leurs propres vertus mais plutôt à cause de leur statut de Patriarches du Peuple juif. Chaque Juif doit se considérer comme l’héritier d’Avraham, Its’hak et Yaakov. Il doit s’unir à ses Patriarches.

Cette idée s’exprime dans la Torah orale comme suit : un héritier se tient à la place de son ancêtre. La Torah ne considère pas l’héritage comme un changement de propriété mais plutôt comme un échange de rôle. L’héritier assume la position de son ancêtre.

Le même concept s’applique dans son sens spirituel. La révélation de D.ieu à Avraham, Its’hak et Yaakov dépendait de leur statut de Patriarches. Ils transmirent ces révélations à leurs héritiers, le Peuple juif, dans chaque génération.

Ce concept est tout particulièrement adéquat dans les temps qui précèdent immédiatement la rédemption messianique. Les Prophètes expliquent que « tout comme aux jours de votre sortie d’Égypte, Je révélerai des merveilles. » C’est ainsi que la rédemption future suivra le modèle établi lors de la sortie d’Égypte. Tout comme la révélation à Avraham, Its’hak et Yaakov fut significative à l’époque de l’Égypte, elle aura la même importance en ces jours-ci.

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Nous le savons, « vivre avec son temps » signifie, selon les dires de Rabbi Chnéor Zalman, qu’il nous faut adapter notre vie aux événements de la portion hebdomadaire de la Torah.

La Paracha de cette semaine nous offre de nombreux enseignements mais la leçon essentielle est liée au nom même de la Paracha : Vaéra.

« Vaéra » signifie : « Je Me suis révélé ». Ce concept de révélation imprègne toute la Paracha. Elle évoque les miracles et les merveilles que D.ieu opéra en Égypte où Il se révéla au point que les Égyptiens eux-mêmes pouvaient clairement voir, comme l’attestent les paroles de Moché au Pharaon, que : « le D.ieu des Hébreux m’a envoyé ; laisse partir Mon peuple pour qu’ils Me servent. »

Moché avait déjà prononcé les mêmes propos auparavant mais sans qu’ils ne fussent suivis d’effet. Ce n’est qu’après avoir vu les miracles ouverts que décrit notre Paracha que les Égyptiens furent sensibilisés. Puis, « avec une main puissante, ils les firent sortir de la terre. » Le Pharaon avait une puissante main et nous observons ici qu’il l’utilisa pour renvoyer les Juifs d’Égypte.

Chacun peut tirer un enseignement de ce récit. Chacun possède sa propre Égypte (en hébreu, le mot utilisé pour Égypte : « Mitsrayim » signifie également « frontières » ou « limites »).

Étant donné que chaque Juif possède une nature divine infinie et illimitée, il en découle que chacune des frontières ou limites peut lui permettre de dévier de son cheminement naturel. Cela est tout particulièrement vrai des frontières et des limites qui confinent et restreignent son service de la Torah et des Mitsvot (incluant les forces d’opposition qui se trouvent dans la propre âme du Juif, appelées le « Yetsèr Hara », l’inclination au mal) et qui s’opposent à sa nature essentielle.

Cependant, si ces frontières existent, c’est pour permettre au Juif de révéler sa véritable nature divine et par là-même de transformer l’obscurité en lumière et l’amertume en douceur.

La même leçon s’applique dans une dimension plus large. Le monde dans lequel nous vivons est appelé « Olam », en héreu. Le mot « Olam » partage la même racine que le mot « Elèm » qui signifie « caché », « couvert ». Ainsi, cela explique que la nature divine du monde est cachée et doit être révélée par le service divin du Juif.

Face à un tel défi, chaque Juif doit prendre conscience que sa tâche n’est ni impossible ni inaccessible. Bien au contraire, au commencement, le monde fut créé « dans un état de perfection », totalement uni à la Divinité. C’est la raison pour laquelle le service qui lui est demandé n’est ni difficile ni au-delà de ses forces.

Alors même qu’il est en Égypte et que la Torah lui dit « la loi du pays est la loi » et qu’en outre le Texte stipule : « il doit prier pour le bien-être de son pays », il doit réaliser que cette déclaration ne s’applique que lorsque la loi du pays ne va pas à l’encontre de la loi de la Torah. Et d’ailleurs, la raison d’être de sa situation sur cette terre est qu’il la transforme, avec tout ce qui la constitue, en force positive, comme cela se produisit lors de la rédemption d’Égypte où toute la force de l’Égypte fut utilisée pour précipiter l’exode du Peuple juif.

Un Juif doit prendre conscience que s’il se trouve en Égypte, c’est uniquement pour accomplir une mission Divine. D.ieu ne l’y a pas envoyé pour le faire affronter des épreuves. Bien au contraire, la nature du bien est de faire le bien. De D.ieu, le Bien Ultime, ne peut émaner que du bien. C’est pourquoi, il doit comprendre que D.ieu l’a envoyé en Égypte avec un but à réaliser.

Grâce à son service (de la Torah et des Mitsvot) le Juif pourra supporter les difficultés de l’exil et transformer l’obscurité en lumière.