Le 6 Sivan, la date du Don de la Torah, est associée à deux autres faits marquants de l’histoire juive : la mort du Roi David et celle du Baal Chem Tov, fondateur du mouvement ‘hassidique.

S’intéressant à la disparition d’un Tsaddik (Juste), Rabbi Chnéor Zalman écrit : « tous les efforts de l’homme dans lesquels son âme a œuvré au cours de sa vie… se révèlent et irradient… au moment de sa disparition, et… apportent la délivrance au sein de la terre. »

Il est donc clair que le départ de ce monde de ces deux luminaires à la date du Don de la Torah indique que l’œuvre de leur vie est liée à cet événement. Car tous deux, le roi David tout comme le Baal Chem Tov, participèrent à donner de l’ampleur au contenu du Don de la Torah.

Faire un pont

La révélation sinaïtique marque un tournant dans l’histoire spirituelle du monde. Avant le Don de la Torah, la substance matérielle du monde et la réalité spirituelle n’avaient aucune possibilité d’union. Mais avec cet événement, D.ieu « annula le décret originel et dit : ‘Que les royaumes inférieurs s’élèvent vers les royaumes supérieurs et les royaumes supérieurs descendront vers ceux qui sont en bas. Et Je prendrai l’initiative.’ Comme il est écrit : ‘Et D.ieu descendit sur le Mont Sinaï’ et ‘à Moché Il dit : monte vers D.ieu.’ »

Ce processus implique deux étapes. Tout d’abord « D.ieu descendit » : la manifestation de D.ieu dans ce monde. Cette étape atteignit son expression complète avec le Don de la Torah et la Présence Divine dans le Sanctuaire.

Ensuite, « monte vers D.ieu » : le raffinement de l’homme et de son environnement et la transformation de l’homme et de son monde en réceptacles pour la Divinité. Ce mouvement commença avec l’ascension de Moché sur le Mont Sinaï et n’a jamais cessé depuis.

Les accomplissements de David

Ce processus de raffinement parvint à un sommet, à l’époque du Roi David, et se traduisit en deux réalisations significatives. La première fut la consolidation de la royauté. Bien que Chaoul eût fait office de roi d’Israël avant David, sa souveraineté n’avait pas été acceptée par toutes les tribus. De plus, « une fois que David fut oint, il acquit la couronne royale. Depuis lors, la royauté lui appartient, à lui et à ses descendants, à tout jamais. » Ce ne fut pas le cas de Chaoul.

Le second accomplissement de David fut la construction du Beth Hamikdach. Car c’est David qui en prépara les plans et les matériaux. En fait, le Midrach se réfère au Beth Hamikdach comme à « la Maison de David ».

Hommage au roi et au Roi des rois

L’établissement de la royauté est lié au projet d’Israël de faire de ce monde un réceptacle pour la Divinité.

Les relations, comme celles unissant un maître et son élève ou deux amis, sont dépendantes de la communication et du partage. Plus encore, étant donné qu’elles se confinent dans les domaines où il peut effectivement être question de partage, elles restent limitées dans leur portée. Par contre, la relation entre un roi et ses sujets est totalement inclusive puisque l’existence-même des sujets dépend complètement du roi.

La royauté terrestre prend sa source dans notre relation avec le Roi des rois. L’annulation de l’ego devant un roi mortel doit imprégner le Kabbalat Ol, « l’acceptation du joug Divin », dans chaque dimension de son service divin, approfondissant l’intensité de son engagement jusqu’à ce qu’il affecte son essence elle-même.

Un engagement pour la Torah qui jaillit de notre moi

L’effet de la royauté sur notre service divin fait écho au sujet dont on a parlé : « Et Moché monta. » L’engagement appuyé sur le Kabalat Ol, l’acceptation du royaume Divin, émerge de l’homme lui-même car, dans l’idéal, ce sont les sujets qui réclament la royauté. A l’inverse, l’autre aspect : « Et D.ieu descendit », la révélation de la Torah qui vient d’En Haut, introduit une dimension nouvelle et extérieure au cadre de référence de l’homme : nous servons D.ieu parce qu’Il nous a commandé de le faire. 

L’achèvement du processus

Le but ultime de la création est une fusion des deux approches : à la fois une révélation de la Divinité qui vient d’En haut et une transformation de l’homme et de son environnement en réceptacles pour la Divinité. Cet idéal se réalisera lors de la Délivrance : nous assisterons à des révélations transcendantes de la Divinité mais dans un monde qui aura été raffiné.

C’est là que réside le lien entre Chavouot et le Baal Chem Tov. Dans une célèbre lettre, le Baal Chem Tov décrit l’élévation de son âme dans la résidence céleste du Machia’h. « Maître », demande-t-il, « quand viendras-tu ? » Et le Machia’h de répliquer : « Quand les sources de tes enseignements jailliront à l’extérieur ! »

Puisque D.ieu récompense l’homme « mesure pour mesure », nous pouvons comprendre que la diffusion des enseignements du Baal Chem Tov précipitera la venue du Machia’h parce qu’ils en représentent un avant-goût, en révélant comment chaque dimension de notre existence terrestre est imprégnée de Divinité.

La venue du Machia’h n’est pas seulement liée au Baal Chem Tov mais également au Don de la Torah et au Roi David. Le Don de la Torah est décrit comme comparable au temps de la Délivrance. Et de Moché Rabbénou, celui qui nous donna la Loi, il est dit : « Il fut le premier libérateur et il sera le libérateur final. »

Le lien entre la Délivrance et le Roi David apparaît dans le fait que le Machia’h sera l’un de ses descendants. En fait, le Machia’h est identifié au Roi David au point que nous prions pour sa venue dans ces termes : « Rapidement fais que la pousse de David fleurisse. »

Que cette prière quotidienne s’accomplisse dans l’avenir immédiat et que nous assistions à la réalisation ultime du dessein de D.ieu en donnant la Torah à l’homme, avec la venue de la Délivrance.