Si on voulait la définir, on dirait que c’est une de nos trois grandes fêtes de pèlerinage qui, au temps du Temple, voyaient les Juifs se rassembler à Jérusalem dans la joie des célébrations. Si on voulait la décrire,

on dirait que c’est une fête que, paradoxalement peut-être, aucun rite particulier ne marque ; certes on n’y travaille pas, elle est encadrée par les règles des rites, cependant aucun commandement spécifique – comparable au Loulav de Souccot ou à la Matsa de Pessa’h – ne la distingue. Elle est pourtant celle du Don de la Torah. Et, pour ce qui nous concerne, nous la vivons maintenant. Chavouot, fête profonde et essentielle. Fête centrale qu’aucun caractère extérieur ne limite comme pour nous signifier qu’elle conditionne l’ensemble de la vie, qu’elle est au cœur de toute chose et ne saurait, par conséquent, cantonner son expression à la pratique d’un commandement, aussi important soit-il.

Pour chacun de nous, qui avons attendu ce moment avec impatience depuis la fête de Pessa’h, comptant littéralement les jours, sachant, avec une certitude inébranlable, que la sortie d’Egypte nous conduit au mont Sinaï, au rendez-vous éternel avec D.ieu, l’idée s’impose avec majesté : Chavouot est bien l’âme de notre vie, la quintessence de ce que nous sommes. N’est-ce pas à ce moment que, bouleversant les règles antérieures, D.ieu «descend sur le mont Sinaï» puis appelle Moïse – «Monte» – signifiant ainsi que le spirituel et le matériel se rejoignent alors, qu’il devient possible de changer le monde par nos actes, que celui-ci peut s’élever enfin, imprégné de spiritualité ?

Voici que la «grande Voix» des Dix Commandements retentit, donnant à tous les hommes une morale, une Loi qui ne les ont plus abandonnés, établissant ainsi pour toujours les bases de la civilisation. Quant au peuple juif, il se tient là, au bas de la montagne, présent et fidèle, témoin et acteur de l’événement. Et il sait, dès cet instant, qu’un temps nouveau commence et que c’est une responsabilité nouvelle qui lui est confiée : dire, transmettre, enseigner, c’est dès lors le sens de sa vie. Depuis, quand revient, d’année en année, la fête de Chavouot, il ne l’accueille pas simplement comme une grande célébration. Il la reçoit comme le moment privilégié où tout cela se répète, comme le temps où les Dix Commandements retentissent et où l’univers entier les reçoit. Les Dix Commandements font résonner, cette semaine, toutes les synagogues. Présents, hommes, femmes et enfants, entendons-les. Ce jour-là, le Créateur parle à Sa création.