Après la lumière de ‘Hanoucca, suivant la célébration du 5 Tévèt, la semaine a commencé par une date porteuse de messages opposés : 10 Tévèt, jour de jeûne, anniversaire du début du siège de Jérusalem par les armées venues de Babylone.

On connaît la suite dramatique : l’exil qui s’ensuivra. Pourtant, le jour même du 10 Tévèt présente une ambivalence qu’il faut relever. Le texte descriptif de l’événement indique qu’en ce jour « le roi de Babylone s’approcha de Jérusalem ». Le mot « s’approcha », à prendre ici au sens de « mettre le siège », peut se traduire aussi par « soutenir ». Il s’agit là de bien plus que d’une ambigüité. Le « roi de Babylone », indique les commentateurs, pouvait venir pour soutenir. Si les Juifs du temps l’avaient mérité, sa volonté de guerre se serait transformée en volonté de soutien. Certes, c’est malheureusement l’inverse qui se produisit mais, potentiellement, ce soutien existait bien. Comment comprendre cette double signification ?

Il y a ici, de façon implicite, une problématique très contemporaine.  Face à l’adversité, l’homme de ce temps est enclin à invoquer pêle-mêle la dureté de l’époque, la perversité ambiante ou les infortunes du hasard. Autant de démarches qui, malgré la part d ‘exactitude qu’elles peuvent détenir, n’en sont pas moins des façons plus ou moins subtiles d’éviter la question essentielle : qu’y puis-je vraiment, quel est mon pouvoir d’action ? Car il nous appartient de garder en tête cette notion : l’évolution des choses n’est jamais simplement une donnée externe, elle dépend de chacun. Le monde, son avenir ne sont que ce que nous en faisons. Tout événement est ainsi porteur de divers possibles, il convient alors de l’orienter dans le sens désirable. C’est là le pouvoir et la responsabilité de tout homme tant la liberté que D.ieu a donnée à Ses créatures est absolue.

Aujourd’hui, quand, à bien des égards, les ombres semblent monter, les choses devenir plus complexes que par le passé, l’idée est encore plus précieuse et nécessaire. L’homme est décidément au cœur de toute chose. A nous de choisir le bien, dans notre vie personnelle comme dans l’existence commune, le monde en sera changé, et les jours de jeûne transformés en jours d’allégresse.