Ce nouveau début du cycle hebdomadaire de lecture de la Torah nous donne, une fois de plus, à entendre le commencement des choses : le récit de la création, le déluge et cette étape essentielle que constitue la naissance d’Abraham puis son départ – ordonné par D.ieu – pour le pays de Canaan, la future terre d’Israël. D’une certaine façon, c’est ici que se noue la constitution complexe de l’identité juive.

Ainsi, l’histoire s’ouvre sur l’homme qui, reconnaissant D.ieu, donne au monde un chemin éternel. Et le récit se poursuit sur cette alliance infinie qui relie une foi, un peuple et une terre. Dans un monde qui, de longtemps, a eu coutume de séparer le temporel du spirituel, de n’envisager le rapport avec D.ieu que dans les termes d’une spiritualité aux contours, par nature, difficilement saisissables, et dont l’évolution n’a fait qu’accentuer cette tendance, l’idée paraît profondément perturbante. Un peuple se définirait donc dans sa relation avec le Divin ? Son territoire ne lui serait attribué ni par l’histoire ni même par l’occupation concrète – encore à venir au temps d’Abraham – mais par une révélation et une promesse divines ?

Il faut s’arrêter sur cette idée.  A l’évidence, nous vivons un temps de relativisme généralisé et celui-ci en vient à constituer une sorte de norme culturelle indépassable. Dès lors, des notions comme celles de peuple, de terre, voire de mémoire particulière, résonnent comme suspectes. N’y a-t-il pas là comme des éléments de division entre les hommes ? Et le territoire dont il est question n’est-il pas revendiqué par d’autres, que les méandres de l’histoire y ont conduits au cours des âges ? Et Jérusalem, la ville qui en est le cœur, est-elle bien cette ville sainte unique pour un peuple unique ? C’est à toutes ces questions, si étonnamment contemporaines, que le récit de la Torah répond.

Il nous dit que le peuple juif est décidément bien particulier – c’est la force et l’effet de l’alliance. Il nous dit encore que, de ce fait, la terre promise à Abraham pour être donnée à ses descendants, est, dans toutes ses dimensions, inséparable de l’essence de ce peuple. Il nous dit enfin que ce particularisme – qui n’est rien d’autre que la conscience de ce que l’on est et du rôle que l’on joue parmi tous les hommes – est facteur de compréhension et d’unité de toute l’humanité et non l’inverse.  Car on ne peut vraiment ressentir la grandeur et la nécessité de l’autre que lorsque, en son cœur, on porte les siennes propres. Dans le domaine des idées, certaines ont la fugacité d’un temps qui passe. Celles-ci nous accompagnent toujours sur le chemin des cimes.