Même si la campagne des Téfilines est digne de louanges, il se trouve encore des détracteurs. Il arrive encore que des gens nous demandent : «A quoi cela sert-il de mettre les Téfilines à un Juif juste une fois ?». Nous leur répondons : «Ok ! Alors mettez les Téfilines à beaucoup de gens de nombreuses fois !».

Cependant, ces détracteurs devraient avoir à l’esprit que la tradition juive considère très sévèrement un homme qui n’aurait pas mis les Téfilines au moins une fois dans sa vie. Le fait d’avoir mis, ne serait-ce qu’une fois les Téfilines, permet à cette personne de sortir de cette catégorie peu enviable.

De plus, la Michna affirme qu’une Mitsva mène à une autre. Le Rambam déclarait qu’on doit considérer le bien et le mal dans ce monde comme en équilibre sur une balance : une seule bonne action – peut-être quelqu’un qui met les Téfilines une seule fois – fait automatiquement pencher le plateau de la balance vers le bien et apporte la délivrance immédiate au monde entier !

De toute manière, on a bien remarqué, depuis juin 1967 (quand cette campagne internationale de mise des Téfilines a été lancée par le Rabbi) combien son impact a été immense. Toute personne qui y a pris part d’une manière ou d’une autre a des centaines d’anecdotes à raconter…

Rav Mendel Futerfass visita une fois une base secrète de l’armée israélienne. Un général l’arrêta et lui demanda ce qu’il venait faire et de quel droit il circulait sans escorte militaire.

Avec son accent russe à couper au couteau, Rav Mendel caressa sa longue barbe et expliqua qu’il venait aider les soldats à mettre les Téfilines.

« Bienvenue dans notre base alors ! » s’exclama le général. « Je serai le premier ! » continua-t-il en relevant sa manche pour que Rav Mendel lui mette les Téfilines !

Un habitant de New York m’a raconté qu’il avait vu un stand de Téfilines à Londres, tenu par des Loubavitch dans le célèbre Hyde Park, là où on rencontre les gens les plus farfelus. Il fut si enthousiasmé qu’il s’y précipita pour mettre les Téfilines, comme il le faisait à New York.

Un homme, sa femme et leurs deux enfants passèrent devant le Tank de Mitsvot sur la 5ème Avenue à Manhattan. Quand on invita «Papa» à entrer, il refusa tout net. Ses enfants refusèrent alors de continuer leur promenade avec lui et sa femme annonça qu’elle avait honte de lui : le pauvre homme n’eut d’autre choix que de monter dans le tank et de mettre les Téfilines !

Je décidai un dimanche matin – malgré mon jeune âge – de participer à un «raid». C’était un grand camion – appelé « Tank de Mitsvot » – bien équipé en brochures, livres, bougies à distribuer aux femmes juives pour le vendredi soir et plusieurs jeunes gens armés des meilleures intentions. Nous avons arrêté le « Tank » à un carrefour animé d’East Side. Nous nous sommes dispersés pour arrêter les passants juifs et leur proposer de monter dans le camion pour quelques minutes pour «Exercice Téfilines» ! A recommencer chaque jour !

Je voudrais remarquer tout d’abord que ces garçons se dévouaient totalement pour la cause. Le jeune Pin’has Lew (âgé seulement de sept ans et demi) tenait une pile de brochures et demandait aux passants et passantes : «Excuse-me, are you jewish ?». S’ils ne l’étaient pas, il leur souhaitait une bonne journée. J’ai été surpris que jamais Pin’has ne reçut une gifle comme réponse à sa question. Son cousin, Mena’hem Feller (neuf ans) n’eut pas cette chance. Ou peut-être si ! Le passant à qui il avait posé cette question le gifla. A l’évidence, c’était un Juif mais pas un gentleman… Mena’hem Feller fut très fier de cette gifle.

Bref, je pensais que c’était facile : j’ai saisi le bras de quelqu’un en lui demandant de me consacrer juste trente secondes. Il refusa et tenta de s’enfuir mais il ne le pouvait pas : je tenais son bras. Il me jeta un regard féroce et se débattit mais je tins bon. Il devint rouge de rage, puis violet et enfin pâle de colère. Je tentai de sourire mais il n’était pas d’humeur à plaisanter. Il regardait autour de lui pour chercher un policier mais, au bout de trente secondes, après lui avoir mis les Téfilines, je le laissai partir non sans lui avoir souhaité une bonne journée.

Un autre homme, accompagné de sa femme et son fils, refusa au début de participer à la campagne – comme ils sont nombreux à le faire instinctivement. Mais nous avons bavardé, ils avaient visité Londres donc nous avions un point commun puisque je suis de Manchester. Je continuai avec toutes les bonnes choses qu’apporte la mise de Téfilines et j’ai dû être convaincant (puisque convaincu). Au point que sa femme le gronda presque : «Vas-y ! Je voudrais bien les mettre moi aussi !». Reconnaissant de son aide, je lui offris deux bougies pour qu’elle les allume le vendredi soir suivant…

En prenant congé de mon nouvel ami, je lui confiai que, s’il était à moitié autant content que moi, il devait se sentir très heureux ! Et si j’avais eu un appareil photo, j’aurais eu un souvenir éternel de ces «premier succès» !

Reb Zalman Yaffe (1913 – 2000) – The Avner Institute

Traduit par Feiga Lubecki