Une belle journée ensoleillée en Floride. Le docteur Schild et son épouse étaient assis confortablement sur leurs chaises longues, appréciant la brise légère et le spectacle de la nature en fleurs.

Les arbres fruitiers qui abondaient dans leur jardin répandaient toutes sortes d’arômes alentour : citronniers, orangers, palmiers… les mangues étaient mûres, les fleurs jaillissaient de toutes parts dans une multitude de couleurs. C’était un plaisir immense que de jouir de l’ombre dans ce climat et cet environnement enchanteur. Le docteur Schild avait investi beaucoup d’argent aussi bien dans la décoration de sa maison que dans l’agencement de son jardin. L’argent n’était pas un problème pour lui.

– Les valises sont-elles prêtes ? As-tu prévu un chauffeur pour t’amener à l’aéroport ? demanda Mme Schild.

– Bien sûr ! Tout a été commandé la semaine dernière ! Je suis si heureux d’aller à New York. Ainsi j’aurai la possibilité de rendre visite au Rabbi Schneerson !

– J’ai une idée ! s’exclama Mme Schild. Tu pourrais lui apporter une belle corbeille garnie des fruits de notre verger. Cela constituera pour Pourim un Michloa’h Manot fait maison et sans problème de cacherout !

Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle chercha une grande corbeille qu’elle remplit des plus beaux spécimens de leur jardin et le décora de fleurs.

– C’est magnifique ! admira Dr Schild en souriant. Voici encore un de tes multiples talents que j’ignorais !

– Peut-être le Rabbi et la Rabbanite accepteront-ils de venir passer des vacances chez nous ? Nous pouvons les héberger au premier étage, avec une entrée séparée : cet appartement est bien aménagé et totalement indépendant. Ils pourront apprécier le climat ensoleillé de la Floride, si bénéfique en hiver pour les New Yorkais. N’oublie pas de le proposer au Rabbi ou à son épouse quand tu iras leur apporter le panier de fruits !

Le docteur Schild était absolument enchanté de cette proposition. Certainement, le Rabbi et son épouse seraient contents de prendre un peu de repos dans un environnement aussi paradisiaque !

L’avion atterrit à New York. Le chauffeur de taxi amena le voyageur à destination, directement devant la maison du Rabbi à Brooklyn, sur President Street. Le docteur sortit du véhicule en tenant soigneusement le panier qu’il avait emballé avec soin et sur lequel il avait veillé durant tout le voyage.

Il sonna à la porte, le cœur battant. Une dame élégante lui ouvrit. Le docteur lui tendit la corbeille de fruits en déclarant : « C’est un Michloa’h Manot pour le Rabbi et son épouse, de la part du docteur Schild de Floride. Pouvez-vous le leur remettre ? ».

La dame prit la corbeille et lui demanda d’attendre quelques minutes puis elle réapparut et lui tendit un billet de cinq dollars en guise de pourboire.

– Je vous remercie mais je n’ai pas besoin de pourboire ! protesta gentiment le visiteur. Je suis le docteur Schild !

– Oh ! Excusez-moi ! Si vous êtes le docteur Schild, entrez donc je vous prie !

– Qui êtes-vous ? s’enquit-il.

– Je suis la gouvernante et la cousine du Rabbi, répondit la dame d’un ton très naturel.

Le docteur était impressionné par cet accueil chaleureux et, silencieusement, admirait la finesse et la noblesse de la gouvernante. Il était heureux que la personne en charge de la maison du Rabbi soit aussi digne de sa fonction.

Il entra dans le salon et raconta à la gouvernante combien il aimerait proposer au Rabbi et à son épouse de prendre quelques vacances au soleil de la Floride, de profiter de son jardin luxuriant pour reprendre des forces. Le Rabbi et la Rabbanite jouiraient d’une indépendance parfaite et nul ne viendrait les déranger. Le docteur conclut son exposé enthousiaste : « Nous serions si honorés que le Rabbi et la Rabbanite acceptent notre invitation ! Pourriez-vous leur transmettre ce message ? »

La dame l’avait écouté avec attention et affirma : « Je répéterai exactement ce que vous avez proposé ».

Le médecin resta encore quelques minutes ; la gouvernante mettait tout en œuvre pour qu’il se sente à l’aise et, quand il quitta la maison, il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il avait vraiment passé un moment très enrichissant : « C’est une dame très raffinée, je suis heureux que le Rabbi et son épouse soient entre de si bonnes mains ! Leur maison est certainement un havre de paix et de sérénité dans ces conditions ! ».

Il marchait sur President Street, plongé dans ses pensées. En chemin, il rencontra un homme habillé à la façon des ‘Hassidim et, sans le connaître mais encore sous le charme de cet accueil si chaleureux, le médecin l’arrêta pour communiquer ses sentiments avec le premier venu si on peut dire :

– Je sors justement de la maison du Rabbi ! J’y ai été reçu par une dame si intelligente qui semble si dévouée et si efficace ! Je suis si heureux de constater que le Rabbi et son épouse soient entourés d’une dame à la personnalité si digne d’eux !

Le ‘Hassid était surpris. Il n’avait jamais entendu parler d’une dame au service du Rabbi et de la Rabbanite : « Je vous en prie : décrivez-moi la personne en question ».

Le médecin raconta ce qu’il avait remarqué de si extraordinaire chez cette « gouvernante » et, tout-à-coup, le ‘Hassid sursauta : « Ce n’était pas une simple gouvernante ! La dame que vous me décrivez était la Rabbanite ! Comment avez-vous pu vous méprendre à ce point ? ».

Sidéré, le médecin protesta :

– Pourquoi me méprendre ? C’est elle-même qui m’a affirmé cela. Quand je lui ai demandé qui elle était, elle a répondu qu’elle était la personne en charge de la maison et qu’elle était une cousine du Rabbi ! Je n’avais pas de raison de mettre sa parole en doute !

– La Rabbanite n’a dit que la stricte vérité, sourit le ‘Hassid. Elle s’occupe de la maison comme toute femme juive : la cuisine, le ménage, la bonne marche de la maison… Et il est vrai qu’elle est aussi une cousine du Rabbi puisqu’ils sont les descendants du même arrière-arrière-grand-père, le Rabbi Tsema’h Tsedek !

Tout médecin qu’il fût, il fallut au docteur Schild un bon moment pour se remettre du choc : il avait pu lui-même constater combien la Rabbanite était vraiment une personne très spéciale : simple, humble, modeste mais raffinée et chaleureuse, sachant mettre à l’aise ses visiteurs et prenant soin de faciliter au maximum l’existence du Rabbi. Elle n’avait pas jugé nécessaire de se mettre en avant et d’annoncer qui elle était quand ce n’était pas nécessaire.

Ne’hama Bar

Extrait d’un discours prononcé

en l’honneur de la Hilloula

Traduit par Feiga Lubecki