Les supporters des Yankees étaient survoltés. Leur équipe venait de vaincre les Cincinnati Reds dans le championnat de 1939. Pendant ce temps, le jeune Bill Shank préparait sa Bar Mitsva. Agé de douze ans, il étudiait assidûment sa Paracha sous l’égide du Cantor Katz de la synagogue Bné Avraham.

Mais Bill n’eut jamais la chance de célébrer sa Bar Mitsva car il contracta subitement une pneumonie. Comme le médicament «miracle» de la pénicilline n’était pas encore très connu, Bill resta malade de longs mois et la Bar Mitsva fut oubliée. Jusqu’à…

Jusqu’à ce mois de juillet 2016…

Deux malades furent admis ce mois-là à l’hôpital Burke de White Plains dans l’état de New York : Bill (90 ans) et Rav Mendel Brikman (43 ans). Cet homme d’affaires était aussi et surtout un émissaire du Rabbi. Père de six enfants, il souffrait d’une tumeur qui avait été ôtée avec succès mais cela lui causait des difficultés respiratoires. Depuis quelques années, sa vie se passait plus souvent à l’hôpital qu’en dehors, ce qui créait évidemment une situation très stressante pour sa famille et ses amis. Mais, malgré sa maladie et les traitements épuisants, Mendel avait gardé son caractère enjoué, amical, toujours prompt à écouter les autres et leur donner des conseils pratiques.

Ce Chabbat de juillet 2016, bien que très fatigué, Rav Mendel décida de continuer le traitement. Dans la salle d’attente pour la séance de chimiothérapie se trouvaient plusieurs autres patients, y compris un homme âgé qui le salua poliment : Chabbat Chalom !

Bien entendu, Rav Mendel lui retourna le salut traditionnel et engagea la conversation. Oui, il s’agissait de Bill Shank, devenu professeur émérite et dont le prénom hébraïque n’était autre que Mendel ! Tout en bavardant, Bill-Mendel raconta qu’il n’avait jamais fêté sa Bar Mitsva, qu’il n’avait jamais mis les Téfilines et qu’il allait sortir de l’hôpital lundi.

– Je lui ai expliqué, déclara Rav Mendel, que chaque Juif est infiniment précieux pour D.ieu et que chaque Mitsva revêt une importance cosmique, surtout les Téfilines ! Un Loubavitch qui entend les mots «je n’ai jamais mis les Téfilines !» ressent immédiatement une stimulante poussée d’adrénaline !

En effet, le Talmud décrit en termes très désagréables le sort réservé dans le monde futur au «crâne de celui qui n’a jamais mis les Téfilines»… Comme l’affirme un de mes amis : les Loubavitch ont un mot d’ordre qui est «Nous voulons que vous accomplissiez une Mitsva parce que le monde en a besoin !». C’est la leçon essentielle que nous avons apprise du Rabbi : aider un Juif à accomplir une Mitsva est la meilleure façon d’exprimer : je vous aime !

– Donc M. Shank, continua Rav Mendel, il n’est jamais trop tard ! Que pensez-vous de l’idée de fêter votre Bar Mitsva demain ?

– Oh la la ! Laissez-moi réfléchir, s’exclama Bill. Je voudrais d’abord en discuter avec ma fille !

Ce soir-là, après Chabbat, après quelques coups de téléphone, Bill annonça tout excité à son nouvel ami que non seulement il acceptait avec enthousiasme mais qu’il avait aussi invité sa fille (qui venait justement de Norvège pour lui rendre visite) ainsi que quelques amis pour célébrer enfin sa Bar Mitsva !

Dans la nuit, la liste des invités s’allongea et inclut la famille de Rav Mendel Brikman ainsi que le compagnon de chambre de Bill, Ralph Ziskind ainsi que Rav Shmuel Greenberg, l’aumônier de l’hôpital.

Tous avaient compris qu’on n’a besoin ni de traiteur, ni d’invitations, ni de salle, ni d’orchestre et de fleurs pour célébrer une Bar Mitsva chargée d’émotion.

– Tout est entre les mains de D.ieu, remarqua Rav Mendel mais il est particulièrement émouvant que le Tout-Puissant nous accorde une telle chance, pouvoir être réunis ici et fêter avec 77 ans de retard votre Bar Mitsva ! Les Téfilines sont une déclaration d’amour du Juif envers D.ieu et celle de D.ieu pour le peuple juif.

– Qu’est-il écrit dans les Téfilines ? demanda Bill, toujours curieux malgré son âge.

– Dans les Téfilines du Juif, il est écrit le Chema Israël, la confiance que le Juif place en D.ieu. Dans les Téfilines de D.ieu, il est écrit combien D.ieu aime spécialement le peuple juif ! répondit Rav Mendel.

Dans son «discours», Rav Mendel rappela une anecdote qui lui était arrivée personnellement : il avait rencontré un soldat israélien qui avait abandonné la pratique des Mitsvot parce que son ami avait été tué lors de la Guerre du Liban. Après une longue conversation avec Rav Mendel, ce soldat avait décidé de recommencer à mettre les Téfilines chaque jour.

Quant à Bill, il résuma ainsi la situation : «Je veux affirmer ici combien je suis fier, à mon âge, d’avoir l’honneur et le bonheur de fêter enfin ma Bar Mitsva avec mes bons amis et ma fille !».

De fait, Ingrid la fille de Bill est elle aussi en contact avec les Loubavitch de sa ville, Rav Shaul et Esther Wilhelem d’Oslo. Très émue, elle encouragea son père et ses amis à continuer sur cette voie de découverte du judaïsme.

Des amis de Bill n’avaient jamais vu des Téfilines et Rav Mendel s’empressa de les faire profiter de cette occasion pour célébrer eux aussi leur Bar Mitsva… Et, comme tout Bar Mitsva, Bill reçut, au son de chants joyeux et entraînants, des cadeaux : des livres de base du judaïsme, des CD de musique ‘hassidique et même une Kippa avec les mots Bill et Mendel brodés artistiquement (Comment Toby, la femme si dévouée de Rav Mendel avait-elle réussi cet exploit en l’espace d’une nuit ? Mystère !).

Il ne reste qu’à souhaiter du fond du cœur à Rav Mendel Brikman de pouvoir lui aussi bientôt sortir de cet hôpital en très bonne santé puisqu’il y a accompli la mission qui l’y attendait…

Fay Kranz Greene – COLlive

Traduit par Feiga Lubecki