Je suis né en Union Soviétique après la fin de la seconde guerre mondiale. Il était très difficile de pratiquer le judaïsme, tout devait être effectué clandestinement pour ne pas risquer d’être arrêté puis déporté en Sibérie.

Grâce aux efforts constants et discrets du Rabbi et de ses émissaires, mes grands-parents sortirent de Russie en 1958 et s’installèrent en Israël. Le Rabbi était parvenu à faire sortir des Juifs à cette époque : discrètement, se refusant à organiser des manifestations dans la rue, il dirigeait de fait tout un réseau clandestin qui œuvrait pour alléger les souffrances et entretenir la flamme du judaïsme soviétique. Mes parents et moi-même sommes parvenus à sortir en 1968 : eux s’établirent en Israël tandis que moi, je fus admis à la Yechiva Loubavitch de Brooklyn. Mes parents se rendirent à New York pour une entrevue avec le Rabbi. Je me souviens que ma mère éclata en sanglots quand elle lui expliqua que sa sœur ne pouvait pas sortir de Russie car son mari était en prison depuis huit ans pour avoir osé enseigner la Torah : « Jamais », insista ma mère, « le KGB (police secrète soviétique) ne le libérera ! De toute manière, sa situation serait intenable car il ne trouverait pas de travail à cause du respect du Chabbat. Toute cette famille souffre énormément ! » Le Rabbi répondit : « Si tout dépendait du bon vouloir du KGB, vous seriez encore là-bas ! Pourquoi êtes-vous ici ? Parce que D.ieu a fait un miracle et vous a sortis de là. Il est vrai que votre sœur a besoin d’un plus grand miracle mais je vous demande : pour D.ieu, est-il plus difficile d’accomplir un grand miracle plutôt qu’un petit ? Pour Lui, cela ne fait aucune différence ! » Effectivement six mois plus tard, sa sœur put émigrer avec toute sa famille ! En 1979, je me suis marié et j’ai commencé à travailler en faveur des immigrants qui arrivaient d’Union Soviétique. Nombre d’entre eux choisirent de s’installer à Los Angeles et Rav Chlomo Cunin, directeur du mouvement ‘Habad en Californie, me proposa de le rejoindre. Cela m’intéressait mais le Rabbi ne répondait pas à nos lettres à ce sujet. J’en demandai la raison à ses secrétaires et appris que le Rabbi attendait de connaître l’opinion de mon épouse : en effet toute sa famille habitait à New York et le Rabbi voulait s’assurer qu’elle était néanmoins heureuse de partir pour aider d’autres Juifs. Elle écrivit donc une lettre en précisant qu’elle était entièrement d’accord avec cette proposition que le Rabbi accepta alors immédiatement. Au début, je m’occupai de quelques familles et, bien vite, quelques centaines. Au bout d’un an environ, le Rabbi me demanda de constituer une liste de Juifs vivant encore en Russie et désireux d’émigrer : je devais demander à tous les gens que je connaissais les noms de leurs amis et connaissances souhaitant quitter « le paradis soviétique ». Je récoltai ainsi plusieurs milliers de noms que j’envoyai au Rabbi. Plus tard, je compris l’importance de cette liste et à qui elle était destinée. En juin 1974, le président américain Richard Nixon se rendit à Moscou pour des discussions avec le président russe Leonid Brejnev. Quand les soviétiques prétendirent que personne ne souhaitait quitter le « pays des travailleurs », Nixon brandit la fameuse liste. Peu après, des milliers de Juifs furent miraculeusement autorisés à sortir de Russie. En particulier ceux qui figuraient justement sur la liste… Bien sûr, nombre d’entre eux s’installèrent à Los Angeles : d’abord parce que la Californie est magnifique et aussi parce que leurs amis et connaissances y habitaient déjà. J’allais les chercher à l’aéroport, je les aidais à trouver appartement et travail, j’étais vraiment là pour les aider en tout. Au début, je pris un petit local mais en 1978, il devint évident qu’une véritable synagogue était nécessaire. Grâce à la bénédiction du Rabbi, nous avons pu ouvrir sur La Brea Avenue notre deuxième local que le Rabbi choisit d’appeler la Synagogue ‘Habad Russie. Mais bien vite elle devint trop petite elle aussi. Toutes nos initiatives connaissaient un succès phénoménal : centre aéré pour les enfants, maison de retraite… Tout reposait sur mes épaules et je vivais constamment dans le stress : je craquai et m’évanouis de fatigue. De fait, pendant un an, je fus hors circuit. Mais quand je me suis rendu chez le Rabbi, il demanda : « Comment pouvez-vous vous permettre d’être malade alors que tant de Juifs sortent de Russie ! » D’une manière ou d’une autre, ces quelques mots m’ont fait revivre et je me suis remis en selle au point que je dus même ouvrir une troisième synagogue à West Hollywood où vivaient de nombreux immigrés juifs russes. Mais je n’avais pas d’argent. J’écrivis au Rabbi en lui demandant sa bénédiction pour obtenir le demi-million de dollars nécessaire pour un acompte en vue de l’acquisition d’un nouveau Beth ‘Habad. Il me répondit : « Vous obtiendrez plus que ce que vous demandez ! » Et le miracle arriva : alors que je dirigeais un centre aéré avec 400 enfants serrés dans une structure à l’évidence trop étroite, un vieil homme à l’apparence quelconque entra. Il me posa des questions et je lui expliquai que nous servions aux enfants un repas chaud et nourrissant. En entendant cela, il se mit à pleurer : durant son enfance, en Tchécoslovaquie, lui aussi avait souffert de la faim. – Mais pourquoi sont-ils serrés comme des sardines ? – Parce que je n’ai pas d’argent pour quelque chose de plus grand ! avouai-je. Sur le champ, il promit de financer un centre plus spacieux. Nous avons visité ensemble plusieurs endroits et avons trouvé un garage mis en vente pour deux millions de dollars. Il signa immédiatement un chèque d’acompte et promit de me donner un total d’un demi-million de dollars : sa femme venait de décéder et lui avait laissé un énorme héritage, expliqua-t-il. J’étais stupéfait et n’avais qu’un seul regret : j’aurais dû demander au Rabbi une bien plus grande bénédiction ! Mais quand le Rabbi dit quelque chose, cela se réalise toujours : de fait, mon merveilleux donateur, M. Harry Rubenfeld, nous donna 800 000 dollars. Comme l’avait annoncé le Rabbi : « Vous obtiendrez bien plus que ce que vous avez demandé ! » Rav Naftali Estulin – JEM Traduit par Feiga Lubecki