Peu de temps après notre arrivée à Houston (Texas) en tant qu’émissaires du Rabbi en 1972, le Président de la Fédération m’informa que le président d’Israël, M. Zalman Shazar, en route pour le Mexique, effectuerait une étape de quelques heures. Les notables de la communauté l’accueilleraient dans un des salons de l’aéroport et on m’invitait à les accompagner.

Je suis un Chalia’h du Rabbi et je ne prends pas de décision de ce genre sans en référer au Rabbi. Je téléphonai donc à Rav Hadakov, son secrétaire principal, en lui demandant si je devais me joindre le lendemain à la délégation.

Tandis que je lui parlais, j’entendis Rav Hadakov tenir un instant une conversation avec quelqu’un d’autre et je compris, d’après le ton de sa voix, que c’était le Rabbi qui était à côté de lui.

Je répétai ma question à Rav Hadakov et il répondit, bien entendu, par une autre question :

– Sais-tu quel jour nous serons demain ?

– Bien sûr ! Nous serons le 3 Tamouz ! répondis-je.

– Connais-tu la signification de ce jour ? continua-t-il.

Oh oui ! Je me souvenais que, lors d’un Farbrenguen (réunion ‘hassidique) le Chabbat Kora’h 3 Tamouz 1958, le Rabbi avait expliqué que, pour les ‘Hassidim, le 3 Tamouz représentait, dans son essence, une joie encore plus importante que le 12 Tamouz. (Rappelons qu’en 1927, Rabbi Yossef Its’hak, précédent Rabbi de Loubavitch, avait été emprisonné par les Soviétiques et condamné à mort pour « activités contre-révolutionnaires » c’est-à-dire pour propagation du judaïsme. Le 3 Tamouz, la sentence avait été commuée en condamnation à l’exil et, le 12 Tamouz, le Rabbi précédent avait – de façon incroyable à l’époque – été libéré complètement. Même si le 3 Tamouz, le Rabbi précédent n’avait pas eu la possibilité de reprendre ses activités à la tête du mouvement Loubavitch, il avait néanmoins été sauvé d’un terrible décret : pour les ‘Hassidim, cela avait représenté un immense soulagement. Or le président Shazar était issu d’une famille d’origine Loubavitch et comprenait parfaitement tout ce que cela impliquait).

– Vas-y ! dit Rav Hadakov. Et explique au Président Shazar tout ce que tu sais de cette date importante ! N’oublie pas d’emporter des biscuits et une bouteille de vodka pour trinquer Le’Haïm (A la Vie) avec lui !

Le lendemain, je me rendis à l’aéroport avec mon petit chargement. Quand j’arrivai dans le salon d’accueil, je ne pus que constater que l’endroit était plein à craquer, toutes les personnalités de Houston avaient tenu à accueillir le Président de l’État d’Israël ! Je me demandai comment je pourrais seulement m’approcher de M. Shazar et remplir la mission que le Rabbi m’avait confiée.

Cependant, dès que M. Shazar m’aperçut, c’est lui qui se précipita vers moi :

– Vous êtes sûrement un Loubavitch ! s’écria-t-il en me serrant vigoureusement la main. Comment va le Rabbi ? Que se passe-t-il auprès de lui ?

Il voulait tout savoir, posait de nombreuses questions sur le Rabbi et ses initiatives… Alors que tous les notables s’étonnaient que le président Shazar s’intéressât tellement à moi et au Rabbi que je représentais, j’informai M. Shazar de ce que le Rabbi m’avait chargé de lui transmettre quant à la spécificité du jour. Nous avons trinqué ensemble Le’haïm, comme deux ‘Hassidim heureux de se rencontrer, oubliant presque le protocole et toutes les autres personnes présentes. Puis il me demanda un service : il se rendait maintenant à Mexico mais, sur le chemin du retour, il passerait par New York. Pourrait-il profiter de son escale pour obtenir un rendez-vous avec le Rabbi ?

Je me précipitais vers une cabine téléphonique (qui se souvient que les portables n’existaient pas à l’époque ?) et réussis à joindre immédiatement le secrétariat du Rabbi. On me promit que la rencontre serait possible.

Quelques jours plus tard, je reçus un appel de Rav Hadakov : une entrevue privée serait arrangée le 12 Tamouz (anniversaire de la libération du Rabbi précédent) et il me demandait si je serais aussi présent à New York ce jour-là. Je compris qu’il s’agissait là presque d’une invitation personnelle de la part du Rabbi et je répondis bien sûr par l’affirmative.

Effectivement, je me rendis à New York pour le 12 Tamouz et j’eus l’honneur d’assister à la première partie de la Ye’hidout (entrevue) en présence d’autres dignitaires du mouvement Loubavitch et du gouvernement israélien. Le Rabbi me présenta même au président :

– Voici le jeune homme qui nous a prévenus de votre arrivée. Il s’appelle Shimon Lazaroff. Son grand-père, dont il porte le nom, était le Rav de Leningrad !

Et le Rabbi ajouta, non sans une pointe d’humour :

– Il habite à Houston, la ville dont on s’élance pour voyager vers la lune ! C’est la porte d’entrée vers le Ciel… !

 

Quand nous nous sommes installés à Houston en 1972, nous étions partis de rien. Aujourd’hui le mouvement Loubavitch est présent dans dix-sept villes, nous dirigeons 27 institutions, nous sommes aidés par 40 Chlou’him et nous avons influencé des centaines de Baalé Techouva (Juifs revenus à une vie de Torah) dont certains sont eux-mêmes – ou leurs enfants – devenus des cadres du mouvement Loubavitch partout dans le monde…

Rav Shimon Lazaroff – A Chassidisher Derher – Iyar 5777

Traduit par Feiga Lubecki