Rav Chalom Ber Gordon qui représentait le mouvement Loubavitch à Maplewood (New Jersey) était un homme au caractère indomptable. Son sens du leadership, ses actions de bienfaisance exemplaires suscitaient l’affection de tous ceux qui le connaissaient. Durant ses dernières années, alors que la maladie l’avait beaucoup affaibli physiquement, il ne cessait cependant d’œuvrer pour accomplir sa Chli’hout (la mission que lui avait confiée le Rabbi) autant que possible. Il s’impliquait essentiellement dans la Mitsva de mettre les Téfilines aux Juifs qu’il rencontrait et se décrivait avec humour comme un «drogué de la campagne des Téfilines».

Lors de l’été de sa dernière année, il était déterminé à se rendre auprès de la tombe du Rabbi aux alentours du 3 Tamouz. Sa famille décida de l’y conduire la veille de ce jour car la foule qui se presserait sur place le jour même serait trop dense et représenterait pour sa santé une épreuve bien trop importante. La justesse de cette décision se vérifia rapidement car il se trouvait déjà beaucoup de monde sur place. De plus, les embouteillages sur la route du New Jersey semblaient également inextricables. Il était presque 17 heures quand il arriva enfin chez lui, absolument exténué.

Durant sa maladie, ses enfants – y compris ceux qui étaient déjà eux-mêmes en Chli’hout – s’étaient relayés à son service.

C’était moi qui conduisait la voiture ce jour-là, rappelle Rav Yossi Gordon et je sentais qu’il était agité. Je pensais que c’était à cause de sa maladie. Mais, après qu’il se soit reposé un peu à la maison et bien qu’on puisse constater combien il était épuisé, il me demanda de le conduire à l’hôpital où il servait d’aumônier.

« Il est maintenant 18 heures, expliqua-t-il comme pour s’excuser du service qu’il me demandait, et je n’ai mis les Téfilines à aucun Juif aujourd’hui !».

Son extrême fatigue due aux traitements et à la maladie qui le rongeait n’avait pas d’importance pour lui face à sa détermination à aider un autre Juif à mettre les Téfilines. Et surtout durant ses derniers mois dans ce monde-ci, il était fermement résolu à ce qu’il ne se passe pas un jour sans qu’il mette les Téfilines à au moins un Juif.

Je le conduisis jusqu’au parking de l’hôpital, dans la partie destinée au personnel : il possédait un permis spécial pour s’y garer et, vu sa faiblesse, il était absolument nécessaire qu’il se gare près de l’entrée. C’était l’heure des visites et le parking était rempli. Imaginez mon inquiétude quand je constatai que le permis ne se trouvait pas dans la voiture, un de mes frères l’avait sans doute mis dans sa poche par inadvertance quelques jours auparavant. Je n’avais donc plus le choix et tentai de me frayer un passage pour finalement trouver une place de parking – mais très loin de l’entrée de l’hôpital. Mon père sortit avec beaucoup d’efforts du véhicule et soudain, venu de nulle part, un homme apparut près de la voiture, prêt à m’aider à le soutenir.

– Comme je suis content de vous voir, Rav Gordon, s’exclama-t-il. Je ne vous ai pas vu depuis un certain temps mais je voudrais que vous le sachiez : depuis que vous m’avez aidé à mettre les Téfilines, je le fais tous les jours de semaine !

Une dose de morphine n’aurait pas pu mieux calmer mon père qui, subitement, semblait ne plus ressentir la douleur.

Mais ce ne fut pas tout.

L’homme qui comprit immédiatement la gravité de son état de fatigue, comprit aussi comment lui venir en aide : il connaissait la détermination de mon père et insista pour qu’il n’ait pas besoin de marcher davantage :

– J’ai ici quelques amis qui seraient heureux de mettre les Téfilines avec vous ! Restez sur place, je vais les appeler !

Effectivement, il revint très vite avec cinq personnes, des médecins et infirmiers à qui mon père put mettre les Téfilines. Puis il m’aida à guider mon père quelques mètres plus loin et là, il put encore mettre les Téfilines à deux «clients» supplémentaires.

C’est ainsi que Rav Gordon put mettre les Téfilines la veille du 3 Tamouz à sept hommes en moins d’une demi-heure. Et ce n’est qu’après cela qu’il accepta de rentrer chez lui…

Que son souvenir soit une bénédiction pour tous ceux qui l’ont connu et qui se sont inspirés de son exemple !

Malka Touger – « Excuse me, are you Jewish ? »

Traduite par Feiga Lubecki