J’avais toujours rêvé d’organiser une «Campagne d’Etude de la Torah» dans la Yechiva que je dirige : stimuler les étudiants pour qu’ils étudient davantage et offrir à ceux qui se seraient distingués un voyage chez le Rabbi, à New York, pour le 10 Chevat, une date chère à mon cœur, la date où le Rabbi accepta officiellement de devenir notre Rabbi en 1951. En effet, depuis des années, depuis que j’étais moi-même étudiant de Yechiva, j’avais tenu à me trouver au 770 Eastern Parkway à Brooklyn, dans la synagogue du Rabbi ; et même maintenant, alors que je suis marié et que je m’occupe de la Yechiva, j’essaie de garder cette bonne coutume. Mais, bien entendu, je savais qu’amener tous ces étudiants d’Israël à New York n’était qu’un rêve sur lequel il ne fallait pas s’attarder car une telle organisation demande non seulement de nombreux préparatifs mais surtout… des fonds énormes !

Cette année je me suis rendu à New York après les fêtes de Tichri : en effet, comme je m’occupe de la communauté de la ville de Or Yehouda en Israël, je ne peux pas m’absenter pour les fêtes. J’avais donc décidé d’effectuer un rapide aller-retour, juste pour passer Chabbat Béréchit au 770 : partir jeudi soir, arriver vendredi matin et repartir dimanche après-midi.

Ce fut, comme d’habitude au 770, un Chabbat merveilleux. Le ‘Hazane s’était surpassé, en chantant tour à tour tous les chants ‘hassidiques des différentes solennités du mois : Roch Hachana, Yom Kippour, Souccot, Sim’hat Torah… Ce fut pour moi comme un lot de consolation ! Tout en priant dans la grande synagogue pleine à craquer, je retrouvais des amis qui vivaient maintenant éparpillés aux quatre coins du monde. J’aperçus surtout un ami très cher dont j’avais entendu qu’il avait fort bien réussi dans la vie comme on dit. Peut-être écouterait-il mes rêves et pourrait-il m’aider à les réaliser ? Mais, d’un autre côté, je pensais que ce n’était pas pour cela que j’étais venu me ressourcer chez le Rabbi.

Dimanche matin, je me rendis à l’aéroport, avec une courte escale, en chemin, au Ohel du Rabbi, à Queens, non loin de l’aéroport JFK. Je suis arrivé un peu en retard à l’aéroport mais, de fait, ce n’était pas trop grave. Oui mais… Quand je suis passé à la sécurité avant l’embarquement, on m’a arrêté. Je n’ai vraiment pas compris pourquoi. On a examiné attentivement mon passeport. Puis mes valises : tous mes livres ont été ouverts méticuleusement, page par page. On a ouvert mon sac à Téfilines et examiné chacun de mes Téfilines, en déroulant les lanières : là, je suis intervenu en précisant que c’était des objets sacrés et qu’il convenait de les traiter avec respect. Bon, ils ont laissé les Téfilines et inspecté un par un tous les autres objets dans ma valise.

Cela a pris un temps fou. J’expliquai que je devais prendre l’avion (après tout, c’était bien la raison de ma présence à l’aéroport…) mais cela ne semblait pas intéresser les fonctionnaires préposés à la sécurité. Ce n’est qu’après qu’ils m’aient «libéré» qu’on a daigné m’informer qu’il existait un nouveau concept : «sélectionné». Les douaniers ont la consigne de « sélectionner » un voyageur au hasard et d’inspecter à la loupe ses bagages : j’avais eu le «privilège» d’être «sélectionné» par l’ordinateur du service de la Sécurité.

Mais ce privilège devait me coûter cher : l’embarquement était terminé ! J’avais couru vers le comptoir de la Turkish Airlines mais les portes de l’avion qui devait m’amener en Israël étaient déjà fermées. On m’informa qu’on m’avait attendu dix minutes supplémentaires mais il était maintenant trop tard, il était absolument interdit de rouvrir les portes de l’avion ! Celui-ci décolla sans moi !

Je compris que je n’avais pas le choix. On me proposa l’avion suivant qui devait décoller à 21 heures mais pour lequel je devais payer… 750 dollars ! J’étais atterré : payer aussi cher pour un retard dont je n’étais pas coupable ! De toute manière, je ne disposais pas de cette somme !

Hébété, je sortis du terminal, cherchai parmi les voyageurs celui qui pourrait peut-être m’emmener en voiture mais ne trouvai aucun Juif dans la file qui attendait un taxi. Je décidai alors de téléphoner à un de mes amis qui accepta avec plaisir de venir me chercher d’ici vingt minutes pour me ramener à Crown Heights. Je retournai dans le terminal et croisai un employé de la Turkish Airlines qui, tout heureux, m’informa qu’on me cherchait partout parce qu’il avait été décidé de me donner gratuitement un autre billet pour le vol de 21 heures ! Je me sentais déjà mieux, pressentant que tout allait s’arranger.

Les vingt minutes s’écoulèrent et mon ami-chauffeur arriva. Il s’excusa : il devait d’abord amener d’autres voyageurs au Ohel et, après un moment passé sur place, il continuerait et m’emmènerait à Crown Heights. Pour moi, c’était parfait car, justement, je n’étais resté que quelques minutes le matin au Ohel à cause du départ prévu. J’aurais ainsi l’occasion de me concentrer davantage sur tout ce que j’avais à demander au Rabbi pour moi-même, ma famille, ma communauté et tout le peuple juif : après tout, peut-être tout cela n’avait-il été qu’un prétexte pour le bon D.ieu pour me permettre de prier plus intensément.

Après les préparatifs qu’on a l’habitude de faire avant d’entrer au Ohel, j’écrivis une longue lettre que je lus puis déchirai près du tombeau. Quand je sortis du Ohel, alors que je montai les quelques marches qui mènent à la grande salle, je l’aperçus… justement l’ami que j’aurais voulu contacter pendant Chabbat !

C’était absolument incroyable ! Je venais de demander au Rabbi de m’aider à concrétiser ce rêve fou et je me trouvais maintenant en face de l’ami qui pourrait être un partenaire solide ! Je n’en croyais pas mes yeux !

«Je suis sûr que j’ai dû rester encore quelques heures à New York uniquement pour te parler ! Un sujet très important pour lequel tu pourras peut-être m’aider…»

L’ami en question était lui aussi très ému de cette «coïncidence» et avait compris que je ne plaisantais pas. Nous sommes allés de côté et je lui confiai mon rêve : «Veux-tu prendre sur toi de financer cette initiative ?». Il demanda à ce que nous établissions ensemble le devis des frais impliqués : le voyage et le séjour de trente ou quarante jeunes gens méritants de la Yechiva (je ne pensais pas qu’il y en aurait davantage). Il réfléchit et… accepta !

Quand je suis rentré en Israël, j’ai raconté cela aux professeurs de la Yechiva mais, au début, aucun d’entre eux ne m’a cru. Mais nous avons tout mis en marche et encouragé les étudiants à étudier le maximum : ils se sont mis à la tâche avec enthousiasme : tous se présentaient à l’heure aux cours, ils apprirent des pages entières de Guemara par-cœur ainsi que des chapitres de Tanya. A tout instant du jour et parfois même de la nuit, on entendait la voix de la Torah et on les voyait réviser très sérieusement. Le résultat ? Alors que nous avions misé sur quarante gagnants, ce fut finalement plus d’une centaine de jeunes gens qui prirent l’avion pour New York !

Celui qui part chez le Rabbi après s’être tellement investi en revient complètement transformé. C’est le Rabbi qui nous a appelés, tout s’est arrangé pour le mieux, depuis le début jusqu’à la fin !

Et le mot le plus en vogue maintenant à la Yechiva, c’est… «sélectionné» !

Rav Hendel – Or Yehouda – Kfar Chabad N° 1642

Traduit par Feiga Lubecki