Un rassemblement en l’honneur des trente jours depuis le décès prématuré du regretté Rav Daniel Moscowitz, Chalia’h (émissaire) du Rabbi à Chicago se tint juste quelques jours avant Pessa’h de l’année dernière. Un donateur avait offert plusieurs boîtes de Matsot Chmourot à distribuer – en l’honneur de Rav Moscowitz – à des personnes qui, autrement, ne s’en seraient pas procuré pour la fête.

Esther, mon adorable ado, était présente et, décidée, prit une boîte qu’elle s’engagea à offrir à son professeur de piano, une femme juive qui venait d’immigrer de Russie. Quelques jours plus tard, à environ cinq heures du matin, nous nous sommes mis en route de Chicago pour passer la fête à New York. Juste avant notre départ, Esther se souvint qu’elle avait oublié de donner la boîte de Matsot à son professeur. Il était évident qu’à cette heure-ci, nous ne pouvions pas décemment la réveiller pour lui apporter ces Matsot et lui en expliquer l’importance. J’assurai Esther que nous trouverions une autre façon de faire parvenir des Matsot à cette dame et, en attendant, Esther emporta la boîte, avec l’espoir de trouver d’ici Pessa’h un autre Juif à qui offrir ces Matsot.

Mon beau-frère, Rav Mendel Slavaticki qui était resté à Chicago, fut très heureux de remplacer Esther et de se rendre chez la professeure de piano pour lui apporter une boîte de Matsot : cette dame fut très touchée de l’attention et de la sensibilité de sa jeune élève (et de son oncle). Elle promit de les manger le soir du Séder.

Dans la soirée, nous nous sommes arrêtés sur une aire de repos dans le New Jersey afin d’y prendre notre dîner. Esther s’approcha du gardien et lui demanda s’il était juif. Oui, il l’était et accepta avec plaisir la boîte de Matsot avec les prospectus expliquant le sens et la pratique de la fête à venir. Il nous raconta que sa mère était juive mais qu’elle était décédée dans un accident de voiture quand il n’avait que deux ans. Ce fut donc son père non-juif qui l’éleva et ne manqua pas de lui rappeler que sa mère biologique avait été juive. L’enfance et la vie de cet homme avaient été difficiles, ballotées entre différentes familles. Il avait enfin trouvé à se stabiliser avec cet emploi de gardien de l’aire de repos.

Je lui demandai s’il avait déjà mis les Téfilines. Non, répondit-il et d’ailleurs il n’en avait jamais vus et d’ailleurs il ne savait pas du tout ce que c’était. Je lui expliquai que chaque garçon juif les met la première fois pour célébrer sa Bar Mitsva à l’âge de treize ans (ou un peu avant) et continue à les mettre tout au long de sa vie, quotidiennement. L’homme accepta l’idée et nous l’avons même pris en photo (avec les Téfilines et la boîte de Matsot) afin qu’il se souvienne de sa «Bar Mitsvah» – même si celle-ci avait dû n’être célébrée qu’à l’âge adulte. Certainement sa défunte mère – de là où elle se trouvait – devait elle aussi être heureuse de cette étape importante dans la vie de son fils. Nous avons promis de rester en contact et de lui envoyer de temps en temps des prospectus et de la «nourriture pour la réflexion» afin de l’accompagner dans son retour progressif à la foi de ses ancêtres.

C’est ainsi qu’une boîte de Matsot en l’honneur de Rav Moscowitz circula entre la professeure de piano et ce Juif du New Jersey qui, en même temps, devint Bar Mitsva en mettant les Téfilines pour la première fois de sa vie.

Alors que je racontai cette histoire le lendemain (Youd Aleph Nissan, le jour anniversaire du Rabbi), j’eus soudain l’idée de distribuer des Matsot à encore une autre personne : effectivement, je pensai à cet immigrant russe qui amenait nos enfants à l’école juive tous les matins. Je téléphonai à Rav Sholom Ber Halberstam qui était resté à Chicago et, ensemble, nous avons trouvé le moyen de faire parvenir à cet homme une boîte de Matsot Chmourot pour le soir du Séder.

Le mérite de Rav Moscowitz continue d’influencer la ville de Chicago où l’avait envoyé le Rabbi et où il avait magnifiquement fait prospérer la vie juive.

Rav Eli Nosson Silberberg – Chicago – N’shei Chabad Newsletter – Tamouz 5774

Traduit par Feiga Lubecki
(La Sidra de la Semaine)