Je connaissais presque toutes les femmes présentes à cette réunion féminine de Peta’h Tikvah. Deux autres dames entrèrent mais restèrent à la porte en nous avertissant :

– Nous sommes juste passées par là. N’essayez pas de nous embobiner, sinon ce sera la dernière fois que nous venons ici !

– Ne vous inquiétez pas, entrez et mettez-vous à l’aise !

Une de ces dames s’assit à côté de moi, je ne me souviens plus de son prénom, appelons-la Anat.

Nous écoutions une conférencière raconter comment elle avait guéri après une grave maladie et avait décidé de devenir pratiquante à la suite de ce miracle. Ma « voisine » écoutait mais, de temps en temps, grognait : « Et alors ? Moi aussi, j’ai expérimenté des miracles mais rien n’a changé dans ma vie ! ».

Intriguée, je lui demandai de me raconter son histoire.

– Bon ! C’était il y a dix-huit ans. J’étais enceinte de notre premier fils. Ma famille et mes amis sont ultra-laïcs. Ils ne peuvent pas supporter quoi que ce soit en rapport avec le judaïsme et la tradition. J’étais seule dans notre appartement quand soudain j’ai aperçu un fantôme. Il ressemblait à un rabbin, couvert d’un Talit à franges. Il tenait un Séfer Torah et ses yeux brillaient, irradiaient toute la pièce. J’étais sidérée, je ne pouvais plus bouger. Puis il a disparu. Avais-je des hallucinations ? Comment réagirait mon mari si je lui racontais ? Il m’enverrait consulter un psychiatre, il penserait que je suis devenue folle ! Et mes amis ? Ils craindraient que je sois devenue bigote et ne voudraient plus de moi. Donc j’ai gardé le secret et décidai que, si cela se reproduisait, j’irais de moi-même chez le psy. Puis… rien n’est arrivé ! Et alors ? Ma vie n’a pas changé…

– Et qu’est-il arrivé après ? J’étais un peu curieuse, je l’avoue.

– Mon fils Moché est né peu après. Je n’ai plus eu de visions donc j’oubliai plus ou moins l’incident. Mais quand nous avons célébré sa Bar Mitsva – à notre manière laïque – j’ai senti que je devais raconter cette vision d’un homme saint à nos invités, cela mettrait un peu de folklore juif dans la fête. Après tout, tant d’années s’étaient écoulées et tout le monde pouvait constater que j’étais saine d’esprit. Donc j’ai pris le micro, j’ai raconté ce qui s’était passé et… rien n’a changé ! Et alors ? Ma vie a continué comme auparavant.

Cependant… Mon fils Moché a été très impressionné par ce récit. Alors, juste après sa Bar Mitsva, il m’a demandé de le changer d’école et de l’inscrire dans une école plus religieuse. J’ai pensé : Pourquoi pas ? Donc je l’ai changé d’école et inscrit chez les Loubavitchs. Et alors ?… Il ne s’est rien passé. Ma vie n’a pas changé !

– Intéressant ! remarquai-je. Et après ?

– Puis Moché m’a demandé de cachériser la cuisine sinon il ne mangerait plus chez moi. Je me suis dit : Pourquoi pas ? Je suis prête à tout pour que mon fils soit content. J’ai appris les lois de la cacherout, un rabbin est venu cachériser ma cuisine et voilà ! Et alors ? Rien de spécial n’est arrivé, ma vie n’a pas changé !

– Et que devient votre Moché ? me hasardai-je.

– Maintenant ? Moché a 18 ans et étudie dans une Yechiva Loubavitch. Et il veut devenir rabbin. Et alors ? Pourquoi pas ? Ses camarades de classe de son ancienne école se fourvoient dans le trafic de drogue tandis que mon fils étudie à la Yechiva ! Jour et nuit ! Et s’il est heureux, moi aussi je suis heureuse ! Et alors ? A part cela, rien n’a changé dans ma vie !

Puis elle sourit…

Louba Aviva Perlov – N’shei Chabad Newsletter N° 8004

Traduite par Feiga Lubecki