Le premier jour de Roch Hachana, nous lisons la naissance miraculeuse d’Its’hak chez Sarah et Avraham, alors âgés respectivement de 90 et 100 ans. Comme nous allons le voir, d’autres miracles se produisirent également en ce jour.

Quand Sarah apprit qu’elle allait donner naissance à un enfant, elle s’exclama : « D.ieu a fait le rire pour moi. Quiconque entendra rira pour moi » (Beréchit 21 :6).

Et plus tard, elle déclara : « Qui eût dit à Avraham que Sarah allaiterait des enfants ? » (Ibid. 21 :7).

Rachi explique : le rire de Sarah signifie que le jour de la naissance d’Its’hak,

1) de nombreuses femmes stériles conçurent,

2) de nombreuses personnes malades furent guéries,

4) de nombreuses prières furent exaucées

5) le monde entier ressentit beaucoup de joie et beaucoup de rires.

En d’autres termes, le miracle de la naissance d’Its’hak ne se limita pas à sa seule famille mais apporta la délivrance au monde entier et ce, en divers aspects.

De plus, Rachi dit que les mots « allaiterait des enfants » signifie que Sarah ne se contenta pas d’allaiter Its’hak mais que diverses princesses (de par le monde) lui apportèrent leur enfant pour qu’elle le nourrisse et elle les allaita tous.

Cela apporta un démenti à la situation qui prévalait et où « les gens murmuraient, à l’encontre d’Avraham et de Sarah, disant qu’ils avaient adopté un enfant abandonné dans la rue et prétendaient qu’il était leur fils biologique. »

En effet, à l’époque, pour savoir si une femme était bien une nouvelle mère, il suffisait d’observer si elle allaitait son bébé ou non.

« Nourrir des enfants »

Certaines questions nous viennent à l’esprit. Si les gens voulaient savoir la vérité à propos de Sarah, le fait qu’elle allaite Its’hak aurait constitué une preuve suffisante. Pour ceux qui étaient vraiment sceptiques, le fait qu’elle nourrisse deux ou trois bébés aurait pu prouver qu’elle avait donné naissance à Its’hak. Quel besoin avait-elle de nourrir tous les enfants des princesses ?

Une autre question se pose : dans cette Paracha, en ce qui concerne le mot hébreu utilisé pour allaiter « Heinika », il comporte deux fois la lettre youd alors que dans les autres endroits de la Torah, ce mot n’en comporte qu’un seul. Quel est donc le sens de ce youd supplémentaire ?

Du personnel à l’universel

Pour répondre à ces questions, examinons les événements qui se produisirent juste avant la conception d’Its’hak. La Torah relate que D.ieu dit à Avram : « Ton nom ne sera plus Avram mais Avraham. » (Beréchit 17 :5). Autrement dit, « tu n’es plus av ram : « père (de la nation de) Aram », mais tu es Avraham, signifiant : « Av Hamon Goyim », « un père pour une multitude de nations. » Et Rachi de commenter : « Il est Av Le’hol Haolam, un père pour le monde entier ».

De la même façon, D.ieu change le nom de Saraï en disant : « son nom sera Sarah » (Ibid. 17 :15) », « jusqu’à présent tu étais Saraï, Ma princesse, maintenant tu deviens Sarah, une princesse pour le monde entier. »

Pourquoi Avraham et Sarah furent-ils ainsi nommés, juste avant la conception d’Its’hak ? La conception tout comme la naissance sont des sujets familiaux intimes. Pourquoi la Torah suggère-t-elle que la naissance d’Its’hak n’est pas simplement une affaire privée mais qu’elle prend une dimension universelle ?

Its’hak est le premier à être né de parents juifs. C’est une bénédiction pour le Peuple juif, dès lors, pourquoi ajouter « le monde entier » à l’équation ?

Une lumière pour les nations

Les miracles à l’échelle mondiale qui entourent la naissance du premier enfant juif nous livrent un important message. Depuis le tout début, le projet et la mission des Juifs ne sont pas de nature privée. Les Juifs ne sont pas simplement les soutiens de leurs propres familles ou de leur propre peuple. Les événements qui entourent le jour de la naissance d’Its’hak démontrent que la nation juive se doit d’être « une lumière pour (toutes) les nations » (Yechayahou 42 : 6). C’est la raison pour laquelle D.ieu change le nom d’Avram pour qu’il signifie « Père du monde entier » et celui de Saraï en « Princesse du monde entier ». Cela souligne, depuis la Genèse, qu’avec la naissance de chaque Juif vient la responsabilité de changer le monde entier et la force de le faire.

En tant que « lumière pour les nations », chacun de nous porte une responsabilité universelle et interconfessionnelle. Il nous revient d’être la boussole morale du monde, d’enseigner à l’humanité qu’il y a « un œil qui voit et une oreille qui entend ». Nous devons dire au monde que sur le Mont Sinaï, D.ieu a ordonné à Moché de convaincre et d’encourager tous les peuples à observer les Sept Lois Noa’hides dont la Mitsva de la charité.

Dans le passé, les Juifs vivaient dans des ghettos et avaient peu d’interactions avec les autres nations, a fortiori ne pouvaient-ils les convaincre d’accepter les Lois Noa’hides. Aujourd’hui, les conditions ont changé. Les Juifs et les non Juifs ont davantage d’échanges, sont plus proches et plus liés. Les Juifs peuvent désormais avoir un rôle public et il nous est maintenant possible d’atteindre et d’illuminer les nations. Nous pouvons ainsi préparer le monde à la Délivrance ultime qui transformera l’univers entier.

Les deux youd

Cela explique pourquoi le mot « Heinika » possède deux youdYoud est la première lettre du Nom de D.ieu. Il représente donc la Divinité que Sarah transmet aux enfants qu’elle allaite. Non seulement elle la transmet à son propre fils Its’hak (symbolisé par le premier youd) mais elle l’infuse également à tous les enfants des autres nations qu’elle nourrit (ce qui est représenté par le second youd). Sarah nourrit chaque personne qu’elle rencontre car son devoir, en tant que Juive, est d’influencer toutes les nations du monde, en leur enseignant de reconnaître D.ieu et d’observer les Lois Noa’hides.

Pour que Sarah puisse réussir sa mission spirituelle, D.ieu accomplit un miracle lui permettant d’allaiter tous les enfants qu’on lui apportait. C’est grâce à ce miracle que les princesses des nations prirent conscience que la nourriture et la bénédiction de D.ieu viennent par l’intermédiaire du Peuple d’Israël.

Nous aussi devons, tout d’abord, offrir de la nourriture matérielle à ceux qui en ont besoin : des aliments, des vêtements et des abris. Cela permettra de créer le réceptacle nécessaire pour que soit accepté notre message spirituel.

A Roch Hachana, le Jour du Jugement pour le monde entier, pour les Juifs, les non Juifs et les descendants de Noa’h, nous devons décider d’être des guides et des modèles, non seulement pour notre famille mais pour toutes les nations du monde.

Et par le mérite d’être « une lumière pour les nations », nous pourrons voir la réalisation de la prophétie de Yechayahou : « le Temple de Jérusalem sera solidement reconstruit… et toutes les nations du monde y afflueront… et elles diront : montons sur la montagne de D.ieu… Il nous enseignera Ses voies et nous marcherons dans Ses chemins… »

Et en ce jour-là, « nos bouches seront réellement emplies de rire… »