Les relations

La Paracha Nitsavim est toujours lue le Chabbat qui précède Roch Hachana.

Rabbi Its’hak Halévi Hurvitz (1558-1628), que l’on connaît sous le nom du Chalo, (acronyme du titre de son œuvre), enseigne que toutes les portions de la Torah sont liées aux moments où elles sont lues.

Il nous faut ainsi nous interroger sur les liens entre la Paracha Nitsavim et Roch Hachana.

Il en existe au moins deux :

Le premier tourne autour du premier verset :

« Vous vous tenez fermement aujourd’hui, tous ensemble devant l’Éternel, votre D.ieu… »

Selon le Zohar, le mot « aujourd’hui » se réfère, dans ce contexte, à Roch Hachana, le Jour du Jugement.

La Torah implique donc ici que nous devons avoir confiance que nous nous tiendrons fermement devant D.ieu et qu’en ce jour, nous obtiendrons un jugement favorable.

Le second lien réside dans le verset :

« Peut-être se trouve-t-il parmi vous une personne (qui grandit dans la méchanceté… comme) une racine qui fait naître (des herbes amères comme) la cigüe et de l’absinthe… ».

Les commentateurs observent que les initiales des mots Chorèche (« racine), Poré (« fait naître »), Roch (« la cigüe ») et Vlaanah (« et l’absinthe ») forment le mot Chofar. Cela transmet le message que le son du Chofar peut aider même celui qui est devenu comme un poison et une herbe amère.

Ces quatre mots offrent un autre lien avec Roch Hachana. Toutes les lettres du mot Roch Hachana y sont contenues. C’est ainsi que le verset fait allusion à la fois au jour de Roch Hachana et à la Mitsva qui lui est associée : écouter le son du Chofar.

Ces deux allusions à ce jour solennel se complètent admirablement.

Comment peut-on avoir confiance que nous nous tiendrons fermement et victorieux à Roch Hachana ? La réponse réside dans la seconde allusion : c’est grâce au son du Chofar.

Il nous faut néanmoins tenter de comprendre pourquoi la Mitsva du Chofar se retrouve précisément dans les mots qui parlent d’une racine empoisonnée. Il doit ici y avoir un message encore plus profond dans la référence de la Torah au mal comme étant une racine.

Quand nous avançons dans notre lecture du texte, nous pouvons observer que la Torah s’adresse plutôt durement à cette personne semblable à une mauvaise racine et elle déclare que toutes les malédictions mentionnées dans la Paracha précédente l’accableront.

On peut en déduire que la racine du mal est bien plus problématique que le fruit du mal. Quelle en est la raison ? Qu’est précisément la racine du mal et comment peut-elle être rectifiée par le son du Chofar ?

L’âme et ses habits

L’une des approches, pour expliquer la racine du mal, consiste à observer le rôle de la pensée par rapport à celui de la parole et de l’action.

A un certain niveau, les mauvaises pensées ne constituent pas des péchés, contrairement au fait de parler ou d’agir mal.

Cependant, il existe une dimension de la pensée qui peut être à l’origine d’un péché bien plus grave et scandaleux que l’accomplissement concret d’une transgression.

Pour comprendre cette idée, il nous faut rappeler la division que fait le Tanya de la personnalité humaine en deux strates. Tout d’abord, nous avons notre personnalité qui comprend notre intellect et nos émotions. Ensuite, nous possédons ce que l’on appelle « les vêtements de l’âme », par exemple : la pensée, la parole ou l’action. Tout comme des vêtements, ils expriment les contours de notre personnalité : ce sont les manifestations concrètes de notre âme.

La force de la pensée

Mais il existe une différence fondamentale entre la pensée d’une part et la parole et l’action de l’autre. La parole, et dans une dimension qui va plus loin, l’action sont des phénomènes extérieurs. Ils projettent notre personnalité vers le dehors alors que la pensée est l’expression intérieure de nos sentiments et de nos idées, destinée à nous-mêmes.

Une autre caractéristique unique est associée à la pensée. La pensée n’est pas synonyme de l’âme elle-même, n’en étant qu’un « vêtement » mais pour autant, il ne s’agit pas d’un vêtement qui peut être rejeté, contrairement à la parole ou à l’action. On peut cesser de parler ou d’agir, au gré de notre volonté, mais on ne peut cesser de penser. Il s’agit d’un processus autonome et cela souligne qu’il est bien plus intimement lié à l’âme de l’individu que ne le sont la parole et l’action. Nous pouvons aisément enlever nos vêtements mais on ne peut ôter notre peau qui est, d’une certaine manière, comme un habit qui recouvre nos vaisseaux sanguins et nos organes internes.

Cela explique pourquoi Rabbi Chnéor Zalman de Lyadi affirme dans le Tanya qu’avoir des pensées négatives à propos d’autrui est pire qu’émettre ces pensées à voix haute.

Prise telle quelle, cette affirmation paraît contredire le principe de base de la foi juive, tel qu’on l’a mentionné plus haut, à savoir que D.ieu ne punit pas une personne pour les péchés commis « en pensée ».

Bien plus encore, quand la Torah énonce l’interdiction du Lachone Hara, « les paroles de médisance ou de calomnie », il est clair qu’il s’agit de dire du mal et non de penser du mal. En fait, l’expression talmudique et usuelle : Lachone Hara signifie littéralement : « une langue mauvaise ». Comment donc expliquer que Rabbi Chnéor Zalman puisse affirmer que penser du mal des autres est encore plus grave qu’en dire ?

La réponse réside dans la distinction entre ce que nous faisons pour faire du mal à autrui et ce que nous faisons pour nous faire du mal à nous-mêmes.

Quand nous agissons ou parlons mal, cela a un impact sur le monde qui nous entoure puisque ces « vêtements » sont dirigés vers l’extérieur. Le dommage causé n’est pas négligeable mais le mal essentiel est dirigé vers ceux qui sont affectés par nos paroles et nos actions. Selon le Baal Chem Tov, le Lachone Hara touche la personne visée pas seulement parce que sa réputation est atteinte mais aussi parce que les paroles prononcées ont le pouvoir de concrétiser un mal caché en elle. Il se peut que celui qui est atteint par ces paroles gardait le contrôle sur ses défauts mais en désignant verbalement ces fautes, le médisant les a exposées et leur a donné de l’ampleur.

Cependant le vêtement de la pensée a l’effet inverse. Il ne peut susciter beaucoup de ravages sur autrui car il est caché mais la mauvaise pensée a des effets dévastateurs sur la personne qui la porte en toute conscience et intentionnellement.

La raison en est que la pensée est très proche de l’âme et que donc de mauvaises pensées peuvent en arriver à ronger l’âme elle-même.

Nous comprenons donc pourquoi la Torah attribue plus de force négative à la racine du mal qu’au mal lui-même.

Il est relativement plus facile de corriger nos paroles et nos actions que nos pensées qui ont un effet plus dévastateur et requièrent donc une forme de repentance plus intense.

Un plus grand défi

Si la pensée est la racine de la parole et de l’action, les facultés intellectuelles et émotionnelles sont la racine de la pensée. Il s’ensuit donc que si notre intellect et nos émotions sont corrompus, les dégâts sont encore plus graves. C’est donc un plus grand défi encore de les corriger puisque ce sont les caractéristiques qui nous définissent, inséparables de ce que nous sommes et à la base de tout ce que nous faisons.

Le Chofar va à la racine

Nous pouvons désormais comprendre pourquoi la Torah fait allusion au Chofar de Roch Hachana, dans précisément la partie qui discute des racines empoisonnées du mal.

En liant le Chofar à ces racines, la Torah nous indique ce qui est nécessaire pour se débarrasser des formes les plus insidieuses du mal. Les méthodes conventionnelles échouent parce qu’elles ne s’adressent qu’à l’aspect extérieur de notre personnalité ou à des dimensions probablement cachées.

Le son du Chofar représente le cri primordial qui jaillit du tréfonds de notre âme. C’est la source (Chorèche) et la racine de tout notre être. Le Chofar est l’instrument qui creuse profondément dans notre psychisme, en atteint le cœur puis le corrige, le polit et le transforme. C’est pourquoi le mot Chofar est lié à la racine du mot qui signifie « orner » et « embellir ».

Le grand paradoxe et le Grand Chofar

Ce qui précède s’applique au « Grand Chofar » dont nous parlent les Prophètes à propos de l’Ère Messianique. En fait l’une des raisons pour lesquelles on souffle le Chofar à Roch Hachana est pour invoquer le Grand Chofar. C’est lui, que D.ieu fait résonner dans ces moments qui nous mènent à la Délivrance ultime, qui atteint et déracine le mal et lui porte un coup fatal.

Notre rôle, dans ce processus est d’écouter le son du Chofar de Roch Hachana, la version miniature du Grand Chofar de D.ieu et de chercher profondément dans notre âme l’étincelle divine essentielle qui réside en son cœur. Cela vaincra la racine et le cœur du mal.

Alors, il est sûr que nous nous tiendrons fermement devant l’Éternel notre D.ieu et nous serons inscrits et scellés par Lui pour une bonne et douce année. Et surtout, nous serons bénis d’une année de véritable et complète Délivrance avec la venue de Machia’h !