On était en 1927, à Simferopol, au sud de l’Ukraine en Union Soviétique. Rav Peretz Mochkin était un homme aux abois : ses activités en faveur de l’éducation juive, sous l’autorité de Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn de Loubavitch le désignaient comme une proie de choix pour la police secrète. En effet, entretenir des écoles clandestines où des enfants étudiaient la Torah était considéré comme un crime contre la révolution bolchévique. Rav Peretz vivait constamment dans la peur mais continuait avec détermination : nommer des professeurs, les payer, trouver des locaux, veiller à la sécurité des élèves comme des enseignants et des parents tout en déjouant les recherches de la police… Il fallait maintenir le flambeau du judaïsme, même sous le joug communiste, coûte que coûte.

Juste avant la joyeuse fête de Souccot, Rav Peretz attrapa une terrible maladie, souvent mortelle dans les conditions de l’époque : le typhus ! Il sentit que ses jours étaient comptés et se préparait au pire. Qu’allait devenir sa famille ? Qu’allaient devenir tous les enfants dont l’éducation juive dépendait de lui ? Soudain, on entendit des coups frappés à la porte. Son vieil ami Yankel, Rav de la ville de Zhuravitz avait entrepris le pénible voyage de 1200 km pour rendre visite à la famille Mochkin et lui apporter un peu de la joie de la fête, une joie qui n’était vraiment pas évidente. Cette visite inattendue mit du baume au cœur de Rav Peretz, lui enlevant sans doute une partie de sa souffrance comme l’affirment les Sages.

Guita Shapiro, la fille de Rav Peretz se souvint et raconta par la suite à ses petits-enfants avec une pointe d’humour : « Notre Souccah était très petite et dans un état lamentable car il ne fallait surtout pas qu’on la remarque, que des voisins signalent sa présence aux autorités. Rav Yankel était d’un gabarit impressionnant : donc quand il entra dans la Souccah où se tenait mon père, il n’y avait plus de place pour personne d’autre ! ».

Les deux hommes se réchauffèrent avec un verre de vodka et se mirent à chanter « A Soukkele a kleiner », « Une si petite Souccah » : c’est l’histoire d’une famille juive qui passe la fête dans une petite Souccah, une cabane si fragile qu’elle tremble dans le vent et la petite fille se demande quand elle va s’effondrer. Mais le père rassure sa famille : les bougies de la fête ne s’éteindront pas et la Souccah restera debout. Les ennemis ont beau faire souffler toutes sortes de vents mauvais, la Souccah qui abrite le peuple juif est éternelle. Effectivement, la Souccah de Rav Peretz, faite de bric et de broc, menaçait à tout instant de se désintégrer mais les enfants savaient au plus profond de leur cœur que personne, pas même un dictateur aussi sanguinaire que Staline, ne parviendrait à éteindre la flamme éternelle du judaïsme.

L’homme pense et D.ieu rit. Contre toute attente, Rav Peretz finit par guérir et réussit même à fuir l’Union Soviétique en 1947 avec sa famille. Mais Rav Yankel Maskalik fut arrêté en 1937 par le KGB et fusillé pour ses « activités contre-révolutionnaires ». Que son souvenir soit béni !

Bien des années plus tard, les deux familles se retrouvèrent réunies – cette fois-ci dans la joie. L’arrière-petite-fille de Rav Yankel, ‘Hanna Galperin épousa l’arrière-petit-fils de Rav Peretz, Rav ‘Haïm Lazaroff, Chalia’h (émissaire) du Rabbi à Houston, Texas. Le communisme a depuis longtemps été enterré en Union Soviétique mais les Juifs de Russie ont triomphé de leurs ennemis et leurs descendants continuent de répandre le judaïsme aux quatre coins du monde.

Ainsi quelques 90 ans plus tard, Rav ‘Haïm Lazaroff et son épouse ‘Hanna ont maintenu la tradition : leur très grande Souccah peut accueillir plus d’une centaine d’invités, ce qui est le meilleur hommage qu’ils puissent rendre à l’esprit indomptable de leurs ancêtres qui étaient prêts à se sacrifier pour l’avenir du peuple juif – dans les pires conditions. Oui vraiment, « une si petite Souccah » a non seulement survécu aux horreurs de l’exil mais elle a étendu ses ailes protectrices sur les Juifs du monde entier. Les ancêtres ont semé dans les pleurs, les descendants continuent de récolter dans la largesse.

« Chaque année, nous célébrons Souccot dans la joie, les chants, les plats chauds les plus raffinés et surtout un extraordinaire sentiment d’unité, avec tous ces Juifs réunis dans notre Souccah ! affirme Rav ‘Haïm, pensif mais les yeux brillants de satisfaction. Le sacrifice de nos ancêtres n’a pas été vain ! ».

Souhaitons à tous les Juifs de Houston et de Floride de pouvoir célébrer, cette année aussi, malgré les dégâts causés par les ouragans, une joyeuse fête de Souccot.

Menachem Posner – chabad.org

Traduit par Feiga Lubecki