Après que le serviteur d’Avraham, Eliézer, eut ramené avec lui Rivkah, afin qu’elle épouse Its’hak, « Its’hak conduisit (Rivkah) dans la tente de Sarah, sa mère et il l’épousa », Rachi cite les mots « dans la tente de Sarah, sa mère » et commente :

« Il la conduisit ‘dans la tente’ et voici, elle était ‘Sarah, sa mère’ ». Cela veut dire qu’il se produisit exactement (avec Rivkah) ce qui avait eu lieu avec Sarah, sa mère. Car du vivant de Sarah, les lumières (de Chabbat) restaient allumées d’une veille de Chabbat à l’autre, la bénédiction se trouvait dans la pâte et une nuée planait au-dessus de la tente. A la mort de Sarah, ces manifestations s’interrompirent ; à l’arrivée de Rivkah, elles réapparurent.

Cependant, le Midrach, dont le texte sert de source à Rachi, mentionne ces trois miracles dans un ordre différent : « une nuée planait sur la tente, la bénédiction se trouvait dans la pâte, les lumières (de Chabbat) restaient allumées d’une veille de Chabbat à l’autre ».

Qu’a donc poussé Rachi à inverser cet ordre ?

En fait, Rachi répond ainsi à une difficulté concernant les mots « dans la tente de Sarah, sa mère ». La Torah vient de relater que dès son arrivée, avant même qu’il ne pénètre dans la tente, Eliézer raconta à Its’hak toutes les merveilles qui avaient eu lieu, à propos de Rivkah, au cours du voyage. Et ensuite, Its’hak épousa Rivkah. Le verset aurait donc dû simplement déclarer que « Its’hak fit venir à lui Rivkah et la prit pour épouse ». Que gagnons-nous des mots supplémentaires : « dans la tente de Sarah, sa mère » ?

Il est bien évident qu’ils ajoutent un point relatif à la conclusion du passage « Its’hak fit venir à lui Rivkah et la prit pour épouse ». En d’autres termes, si Its’hak n’avait pas auparavant conduit Rivkah « dans la tente de sa mère », l’issue n’aurait pas du tout été garantie.

Il est vrai qu’Eliézer avait déjà relaté les événements miraculeux qui lui avaient servi de signes, indiquant clairement que Rivkah était véritablement destinée à Its’hak. Cependant, ce dernier n’était pas encore sûr que Rivkah soit compatible avec sa famille, qu’elle en possède les mérites, les qualités, et tout particulièrement ceux de sa mère, afin qu’il puisse en faire sa femme.

Puisque la conclusion d’Its’hak, à savoir que Rivkah était indubitablement dotée de ces qualités, émergea quand il l’eut conduite dans la tente de Sarah, il apparaît clairement que les événements qui s’y produisirent constituèrent à ses yeux des preuves encore plus probantes que précédemment. Elle possédait bien les qualités qui lui firent comprendre qu’elle était véritablement comme sa mère et convenait parfaitement pour qu’il l’épousât.

Ces événements en question étaient les suivants : « les lumières (de Chabbat) restaient allumées, la bénédiction se trouvait dans la pâte et une nuée planait sur la tente ».

L’on peut désormais comprendre la raison pour laquelle Rachi change l’ordre du Midrach. Puisque ces événements avaient pour but de montrer que Rivkah était comme Sarah, plus ils étaient personnels et plus ils montraient leur similitude.

C’est ainsi que la première manifestation en fut les lumières de Chabbat, c’est-à-dire un miracle concernant l’une des mitsvot et des bonnes actions de Rivkah, mettant l’accent sur la droiture avec laquelle elle accomplissait une Mitsva. Puis vint « la bénédiction sur la pâte », quelque chose qui est également lié à ses actions mais ne constitue pas l’acte d’une Mitsva. Et enfin, Rachi cite un miracle qui n’était pas directement lié à ses actions : « une nuée planait au-dessus de la tente ».

De ce qui précède, il ressort clairement que Rivkah allumait les lumières de Chabbat avant même d’être mariée. Plus encore, selon Rachi, elle était âgée de trois ans au moment de son mariage, âge où elle n’avait pas encore l’obligation d’accomplir les mitsvot. Et pourtant, elle s’acquittait déjà de celle de l’allumage des lumières de Chabbat.

Cela nous apprend que, telles Rivkah, les jeunes-filles juives doivent allumer les lumières de Chabbat, avant même l’âge de la Bat Mitsva. Commençant à trois ans, si elles sont déjà capables d’en comprendre la signification, les filles juives doivent être éduquées à allumer les lumières de Chabbat.

Les commentateurs notent que « les lumières allumées, la pâte bénie et la nuée qui plane » sont relatives aux trois Mitsvot concernant très spécifiquement la femme juive : l’allumage des lumières de Chabbat, (le prélèvement de) la ‘Hallah et Niddah (la pureté familiale). Les lumières de Chabbat conduisent au fait que « la lumière reste allumée », prélever la ‘Hallah résulte en « la bénédiction dans la pâte » et la pureté familiale permet que « la nuée de la Présence Divine plane sur la tente (de la famille) ».

C’est également pour cette raison que Rachi choisit l’ordre des « lumières, pâte et bougies », dans la mesure où il symbolise l’ordre chronologique de ces trois Mitsvot.

Une petite fille en commence la pratique en allumant les lumières de Chabbat. Quand elle mûrit et commence à apporter son aide à la maison, elle s’occupe de la pâte. Enfin, elle se marie et accomplit la Mitsva de la Pureté Familiale.

De tout ce que nous venons de voir, il apparaît clairement la grandeur du mérite de voir chaque fille juive allumer, dès l’âge de trois ans, les lumières à la veille du Chabbat et de Yom Tov. Cela résulte dans le fait que D.ieu nous montre « les lumières de Tsion », avec l’arrivée rapide de Machia’h.

(Adapté des Likouté Si’hot, Vol. XV, pp. 163-173)