Dans les années ordinaires ce Chabath, celui qui précède Roch ‘Hodech Kislev, je suis absent de Perpignan.

Il y a congrès et congrès. Il en existe qui ont pour but essentiel de commémorer des actions anciennes ou des événements qui font aujourd’hui partie de l’histoire. Ceux-là ont le doux parfum des objets d’une autre époque, que l’on retrouve avec émotion et dont on regarde les couleurs fanées avec nostalgie. Il en est d’autres qui, telles de grandes machines orgueilleuses, brillent de tous leurs ors mais servent surtout à masquer un vide si vertigineux que seule l’ivresse des célébrations rituelles parvient à le masquer. Il en est encore qui affichent les certitudes et les entreprises mais dont les résolutions s’arrêtent au seuil de la salle qui les accueille. Il en est enfin, et sans doute sont-ils les moins nombreux, qui sont des lieux de vie, des rendez-vous que l’habitude ne parvient pas à user et qui donnent force et vigueur à des actions innombrables tout au long de l’année. C’est à cette dernière catégorie qu’appartient ce qu’il est convenu d’appeler le Kinous Hachlou’him, le Congrès international des émissaires du Rabbi. Il a lieu ce Chabbath.

Chacun le sait : c’est une rencontre impressionnante. Ils sont là, venus de partout dans le monde. Ils fonht parfois, pour ce rendez-vous de quelques jours, des milliers de kilomètres. Rien ne les arrête, ni les préparatifs locaux pour le temps d’absence, ni les responsabilités, ni la fatigue prévisible. Ils viennent comme pour des retrouvailles essentielles. Bien sûr, certains ne pourront pas se déplacer mais ceux-là seront dans tous les esprits, ceux que leurs fonctions auront retenu au loin. Ils viennent pourtant déjà nombreux, plusieurs milliers, et chaque année davantage. D’Australie comme d’Europe, d’Afrique comme d’Asie ou d’Amérique, ils viennent, portés par le même enthousiasme. Tous savent dire leurs expériences, en Israël d’abord et aussi dans tous ces endroits que bien peu visiteront un jour mais où des Juifs vivent, et dans ces pays où les temps semblent parfois si difficiles – matériellement ou spirituellement – mais où la volonté d’agir rend la vie plus belle.

Toutefois, au-delà des rencontres et des souhaits échangés, au-delà du travail et des réflexions pendant ces quelques jours, ce Congrès est aussi un moment privilégié. Celui où, conscients de la portée de leurs actes même s’ils n’y accordent pas plus d’importance qu’à un travail quotidien, conscients aussi que leur intérêt ou leur confort compte peu devant l’œuvre à accomplir, les émissaires du Rabbi montrent de façon éclatante que tout est en marche. Par leur présence et les résolutions prises, ils proclament que l’enseignement du Rabbi les conduit sans faillir et que le bout de la route est désormais en vue. Voici que, du cœur de l’obscurité, monte enfin la lumière.