Pas de temps mort pour la cacherout et les responsables de la surveillance alimentaire en savent quelque chose. Mais les semaines avant Pessa’h sont vraiment tendues ! Voici ce qui arriva à Rav Sholem Fishbane, administrateur du CRC (Chicago Rabbinical Council) extrêmement occupé alors qu’il devait superviser la cacherout d’un des plus grands hôtels du monde pour un séjour «Cachère LePessa’h». «J’étais dans mon bureau quand mon secrétaire m’informa qu’un certain Rav Its’hak Hecht voulait me parler au téléphone et que c’était très urgent. Il faut savoir que, jour et nuit, je reçois des appels du monde entier et que je dois y répondre immédiatement car tel est le monde de la cacherout. Et j’ai appris, au fil des années, que mon travail m’impose d’être toujours accessible. Mais là, ce n’était pas ce que j’attendais… – Rav Fishbane, avez-vous perdu des Téfilines ? J’étais stupéfait ! Effectivement, une douzaine d’années plus tôt, alors que je travaillais à Las Vegas pour le compte du CRC, le Talit que ma femme m’avait offert pour mon mariage ainsi que mes Téfiline – hérités de mon grand-père, survivant de la Shoah – avaient été volés avec ma valise dans ma voiture. Mon grand-père, Rav Sholem Romanovski, était décédé deux semaines avant ma naissance et j’avais été le premier descendant à porter son prénom, constituant ainsi une belle revanche sur les nazis. Les parchemins contenus dans ces Téfiline avaient été écrits par un Sofère (scribe) tellement réputé que, quand nous avons appris à ce Sofère que les Téfilines avaient été volés, il s’était évanoui. Maintenant c’était à mon tour de presque m’évanouir. Que s’était-il passé ? Qui était ce Rav Hecht et comment avait-il retrouvé et les Téfiline et moi-même ? Tout avait commencé avec un certain Josh D., chauffeur au service d’un hôtel de luxe, un Juif à la pratique et aux connaissances religieuses assez limitées. Un jour, alors qu’il prenait une nouvelle route, il trouva un marché aux puces et remarqua, au milieu d’un joyeux fouillis, une paire de Téfiline et un Talit. Bien qu’il ne connaisse pas grand-chose du judaïsme, il savait que ces objets étaient importants et les acheta, pour 20 dollars, avec des patins à roulettes en prime. Dans le sac de Téfiline, il trouva un Siddour (livre de prières) avec mon adresse et mon numéro de téléphone… mais datant de mon enfance ! A tout hasard, il téléphona et tomba, comble de l’ironie, sur le diocèse de Chicago ! Ne sachant que faire, Josh se souvint que, non loin de chez lui, il y avait une librairie juive avec une synagogue et un centre d’étude. Rav Hecht en était l’administrateur. Quand Josh lui montra le sac de Téfilines, Rav Hecht reconnut immédiatement mon nom : Sholem Fishbane, maintenant bien connu pour mes responsabilités au CRC. Il tapa CRC sur Google, trouva mon numéro et mit le téléphone sur haut-parleur pour que Josh puisse profiter de la conversation. Alors que je reste très rarement à mon bureau, je m’y trouvais justement et, dès que j’entendis la nouvelle, je m’écriai : – Et où sont mes Téfiline ? – A Henderson, au Nevada ! – Henderson, Nevada ! Je n’en croyais pas mes oreilles… Ils auraient pu se trouver n’importe où dans le monde mais ils étaient à Henderson, l’endroit où je devais justement aller superviser la cachérisation de l’hôtel ! Dès que j’arrivai à Henderson, je cherchai Josh qui m’apporta à l’hôtel les précieux Téfiline de mon regretté grand-père. Josh pensait qu’il n’avait été qu’un intermédiaire involontaire mais il ignorait qu’il se trouvait dans un hôtel géré par la famille Werner, des ‘Hassidim de Loubavitch… Shimmy Werner avait assisté à toute la scène entre Josh et moi-même et, en bon Loubavitch, il proposa immédiatement à Josh de mettre les Téfiline. Or Josh ne les avait jamais mis de sa vie et se trouvait donc dans la catégorie de Karkafta, un «crâne qui n’a jamais mis les Téfilines» et auquel un sort peu enviable est réservé après 120 ans… Bien entendu, nous l’avons aidé à mettre sur le champ les Téfiline et Shimmy a insisté : «Josh, revenez vendredi matin, nous célébrerons votre Bar Mitsva en grand !». C’est ainsi que Josh célébra officiellement sa Bar Mitsva vendredi devant plus de cent invités, avec un somptueux petit déjeuner offert par le patron de l’hôtel. Les Téfiline de mon grand-père avaient permis à quelqu’un qui ne les avait jamais mis de célébrer sa Bar Mitsva de la manière la plus agréable et la plus émouvante possible. Par la suite, j’ai bien entendu fait vérifier ces Téfiline qui avaient séjourné pendant plus de douze ans dans un garage du Nevada : il s’avéra qu’ils étaient encore parfaitement cachères ! J’ai téléphoné à Josh pour lui proposer de continuer à rester en contact, par exemple en étudiant ensemble la Torah par téléphone. Je vous fais part de sa réponse par email : «Bonjour, monsieur le rabbin ! J’ai souvent pensé à ce qui nous est arrivé. Je ne pense pas que les choses arrivent par accident et je ne crois pas aux coïncidences. Je ressens que cela devait arriver et je suis content que cela soit arrivé. Cela me conforte dans ce que je ressentais en étant enfant, le fait que ce monde est vraiment un endroit magique !». C’est ainsi que, malgré mon emploi du temps surchargé, j’ai trouvé une demi-heure chaque semaine consacrée à téléphoner à Josh pour le mener sur la voie de la Torah. Comment expliquer qu’un certain jour, D.ieu l’avait fait dévier de sa route habituelle et, pour vingt dollars, lui avait procuré des patins à roulettes mais aussi une gigantesque Mitsva, celle de rapporter un objet volé à son propriétaire et surtout une magnifique fête de Bar Mitsva et un nouvel ami. Et certainement une nouvelle façon de vivre son judaïsme ! Seul D.ieu connaît la suite éventuelle de l’histoire. Le mon