Cette année, chacun a vécu Pessa’h de manière bien différente de l’habitude. Les préparatifs autant que les célébrations, toutes intenses aient-elles été, se sont faites comme discrètes, retenues.

Depuis, nous suivons le chemin éternel qui nous conduit au pied du mont Sinaï, à notre rencontre avec D.ieu. Et si la grisaille qui a matériellement marqué la période se dissipe peu à peu, ses traces sont encore assez importantes pour voiler la lumière céleste à qui ne sait pas regarder au-delà de la première apparence. Il faut sans doute le dire et le redire : sortis d’Egypte, nous sommes aujourd’hui un peuple au plein sens du terme, en marche vers son destin. Nous sommes surtout un peuple libre dont D.ieu a brisé les entraves et que plus rien ni personne ne pourra jamais asservir.

On se souvient de la célèbre phrase du précédent Rabbi de Loubavitch qui, depuis le train qui l’emportait au plus profond de l’Union soviétique, condamné par les dictateurs du moment, proclamait : « Seul notre corps a été envoyé en exil, notre âme est toujours libre. » Certes, nous ne connaissons pas de telles épreuves mais certaines idées sont précieuses dans bien des situations. Confinés ou non, nous restons libres. Notre âme, notre esprit dépassent les limites du monde. Créatures de D.ieu, vivant sous Son regard, nous sommes capables de regarder les choses d’en-haut et non d’en bas.

Savoir porter les yeux vers les nouveaux horizons n’est plus une affaire de choix. C’est à présent une nécessité. De fait, en quoi est-on humain si le dépassement de soi ne fait plus partie de notre projet ? En quoi est-on digne du beau nom d’homme si on se laisse conduire par les événements, aussi graves soient-ils, et qu’on a renoncé à leur faire donner sens ? Le monde d’aujourd’hui est fondamentalement différent de celui d’hier. Muris par l’épreuve, renforcés par les difficultés affrontés, victorieux dans le combat de la liberté, nous ne sommes plus ce que nous étions hier. Faiblesse et complaisance ont disparu de notre cœur. Héros d’un nouveau genre, avec un enthousiasme serein, c’est l’exploration de terres inconnues que nous entreprenons. A nous d’en faire, par nos actes, le « jardin de délices » de D.ieu. Avançons, agissons, nous avons rendez-vous avec le bonheur