Nos Sages relatent qu’Avraham fut éprouvé à dix reprises (Avot 5 : 3). L’ultime et la plus difficile épreuve fut la Akédah, le fait présenter sur l’autel Its’hak son fils ligoté, ce que l’on appelle communément «le sacrifice d’Its’hak». Ce récit est relaté dans la Sidra Vayéra qui rapporte la manière dont D.ieu dit à Avraham : «Je t’en prie, prends ton fils, ton fils unique, que tu aimes, Its’hak… et offre-le en holocauste…» (Beréchit 22 : 2)

Le Rambam explique (Guide des égarés III, ch. 24) que le but de cette épreuve avait deux dimensions : «nous informer des limites de l’amour et de la crainte de D.ieu et nous montrer jusqu’où ils peuvent aller», mais aussi de «nous montrer à quel point les prophètes croyaient foncièrement dans ce qui leur était révélé par D.ieu au cours de leur prophétie… Car tout ce que perçoit un prophète dans sa vision prophétique est authentique et vrai pour le prophète, qui ne met aucun détail en doute».

Le Rambam poursuit : «La preuve réside dans le fait qu’Avraham accepta d’offrir son fils unique, qu’il aimait, lorsque cela lui fut commandé, en dépit du fait que ce commandement lui apparut dans un rêve ou dans une vision… Il ne l’aurait pas fait s’il avait eu le moindre doute (dans son esprit, sur la véracité de la prophétie)».

Le mont Moriah, la montagne sur laquelle se tint la Akédah, fut si sanctifié qu’il allait devenir le site du Beth Hamikdach, le Temple de Jérusalem, lieu où le Peuple Juif aurait, par la suite, le privilège d’être le témoin de la manifestation divine et d’apporter des offrandes.

Il existe une relation intrinsèque entre les deux éléments révélés au monde par le biais de la Akédah et les deux fonctions centrales du Beth Hamikdach.

L’amour et la crainte de D.ieu révélés par la Akédah signifient que l’aspect le plus important du service spirituel, celui des offrandes, doit se tenir dans ce lieu. Car la démonstration d’amour et de crainte illimités que furent ceux d’Avraham prépara l’endroit pour ce même service divin constant.

De plus, la vérité absolue de la prophétie qui se manifesta durant la Akédah incita Avraham à prier pour que ce lieu soit un site pour la Révélation de la Présence Divine. Nous observons ainsi qu’Avraham appela le lieu : «le Seigneur verra», comme il est toujours dénommé à ce jour : «sur le mont où le Seigneur Se révélera» (Beréchit 22 :14).

C’est peut-être ce à quoi le Rambam fait allusion, quand il écrit à propos du Beth Hamikdach : «Une résidence pour D.ieu, préparée pour apporter les offrandes ; un lieu pour venir célébrer, trois fois par an».

«Apporter les offrandes» se réfère au service des sacrifices.

«Une résidence pour D.ieu pour célébrer trois fois par an» évoque : «tout comme ils apparaissent devant D.ieu («Trois fois par an… apparais devant D.ieu»), ainsi D.ieu leur apparaissait-Il» (‘Haguiga 2a).

Plus précisément, les deux éléments établis par le biais de la Akédah, le service spirituel et l’installation de la Présence Divine, sont généralement liés à la différence essentielle entre Avraham et son fils Its’hak, par rapport à la Akédah.

Le sacrifice de soi de cet événement repose essentiellement sur Avraham qui se devait de supprimer en lui toute la compassion, pour son fils unique, et le donner en offrande. Car même lorsqu’Its’hak prit conscience que c’était lui qui devait mourir, son sacrifice ne pouvait être comparé à celui de son père qui devait renoncer à son enfant né dans sa vieillesse.

En fait, parce que la Akédah était beaucoup plus difficile pour Avraham que pour Its’hak, la Torah la décrit comme sa dixième et ultime épreuve et non comme l’épreuve d’Its’hak. Car il est plus facile d’offrir sa propre vie que la vie de son enfant. Tel était donc le service de la Akédah.

La part d’Its’hak dans ces faits est principalement liée à ses conséquences. La Akédah lui conféra la sainteté d’une offrande de Olah («Holocauste», sacrifice entièrement brûlé). Bien évidemment, devenir sanctifié est lié à l’imprégnation de la Présence Divine.

Les actes de nos Pères, Avraham et Its’hak, permettent également à leurs enfants, le Peuple Juif, d’atteindre ces deux aspects de la spiritualité. Nous avons la possibilité de parvenir aux plus hauts niveaux du service spirituel et également d’installer et de révéler la Présence Divine dans ce monde.

Basé sur Likouté Si’hot, Vol. XXX, p. 73-75

 

Les bénédictions forcées

La Guemara (Sotah 10a, fin), citant le verset (Beréchit : 21 :33) : «Il appela là au nom du Seigneur, Maître de l’univers», énonce :

«Ne lis pas Vayikra, ‘ il appela’ mais vayakri, ‘il fit appeler par les autres’».

Cela nous enseigne qu’Avraham fit en sorte que le Nom de D.ieu soit invoqué par tous les voyageurs. Comment ? Une fois qu’ils avaient mangé et bu, ils se levaient pour le bénir. Il leur disait alors : «Avez-vous mangé quoi que ce soit qui m’appartienne ? Vous avez mangé ce qui appartient au D.ieu de l’Univers. Priez, louez et bénissez Celui Qui a parlé et (ainsi) a créé le monde».

Le Midrach (Beréchit Rabbah 49 :4) ajoute : ceux qui ne voulaient pas bénir D.ieu après le repas devait s’acquitter d’une énorme somme pour la nourriture. Quand ils entendaient le montant qui leur était demandé, ils s’inclinaient devant les exigences d’Avraham et disaient : «Béni soit le Maître de l’univers dont nous avons partagé la nourriture».

Il est évident que les dissidents ne bénissaient pas D.ieu, mus par un véritable désir de le faire, mais parce qu’ils n’avaient pas d’autre option.

Quel bénéfice était donc tiré de leur bénédiction, dans la mesure où ils ne faisaient que prononcer des mots auxquels ils ne croyaient pas ?

La question va encore plus loin : comment cela peut-il être considéré comme disséminer le Nom de D.ieu puisque ces individus n’avaient aucune reconnaissance réelle de leur Créateur ?

S’ils avaient été Juifs, une loi du Rambam les aurait concernés car il enseigne que même lorsqu’un Juif est forcé d’accomplir une mitsva, il est considéré comme l’ayant fait de son plein gré.

La raison en est, comme le statue le Rambam, qu’ «il désire agir comme un Juif, aspirant à accomplir toutes les mitsvot et à prendre de la distance par rapport à ses iniquités. C’est simplement que son penchant vers le mal l’a forcé (à agir de façon contraire). Une fois qu’il est contraint au point que sa mauvaise inclination est affaiblie et qu’il proclame : «je désire (donner un acte de divorce, par exemple), il le fait de son propre libre-arbitre».

En d’autres termes, chaque Juif possède un désir profond d’accomplir les mitsvot. Chaque expression contraire est simplement extérieure à son essence profonde. Aussi, être obligé d’accomplir correctement un acte sert-il à entraver l’opposition de son inclination au mal. Ainsi, quand il dit : «Je le veux», il le fait parce que son véritable désir a été révélé.

Si tout cela est vrai pour tous les Juifs, il n’en va pas de même dans le cas d’Avraham. Comment le fait qu’il force les étrangers à reconnaître D.ieu pouvait-il résulter en une véritable reconnaissance ?

Dans l’exemple du Rambam que l’on vient de citer, il est fait référence à un individu qui, parce qu’il y est contraint, révèlera la véritable nature de son âme, la partie qui a toujours désiré accomplir la volonté de D.ieu.

Cependant, certains sont à un niveau encore inférieur. Leur grossièreté et leur matérialité sont telles que cette dimension intérieure de leur âme est complètement obstruée et ne se révélera pas quand bien même ils seraient forcés. Cependant, même de tels individus peuvent voir leur matérialité «brisée», en les brisant dans leur trivialité, même verbalement, en les confrontant à leur véritable bassesse. Cela au moins les rend aptes à recevoir la sainteté.

Cette forme de «cassure» où le but n’est pas de révéler la lumière de l’âme de la personne mais plutôt d’écraser sa grossièreté, s’étend également aux non-Juifs. Elle enlève les obstacles qui les empêchent d’atteindre les degrés de spiritualité dont ils sont capables.

Cela explique pourquoi Avraham exerça tant de pression sur les voyageurs qui mangeaient à sa table. Les non-Juifs peuvent aussi comprendre que l’univers possède un Créateur et c’est pourquoi Avraham s’attachait à faire connaître à tous le Nom de D.ieu, en leur donnant différentes explications et preuves de Son existence.

Quand certains d’entre eux, empêchés par leur grossièreté et leur corporalité, étaient incapables d’accepter ces concepts, il les plaçait dans une situation très inconfortable en les «blessant» verbalement. Cela enlevait une certaine part de leur grossièreté et ils pouvaient dès lors accepter les explications d’Avraham Ils disaient alors, de plein gré : «Béni soit le Maître de l’univers dont nous avons partagé la nourriture».

Basé sur Likouté Si’hot, Vol. XV, p 122-127