Yehouda s’approche de Yossef pour le supplier de libérer Binyamin, offrant sa propre personne comme esclave à la place de son jeune frère. Devant la loyauté qui anime ses frères les uns à l’égard des autres, Yossef leur révèle son identité. « Je suis Yossef, déclare-t-il. Mon père est-il toujours vivant ? ».

Les frères sont envahis de honte et de remords mais Yossef les console. « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, leur dit-il, mais D.ieu. Tout a été ordonné d’En-Haut pour nous sauver de la famine ainsi que toute la région ».

Les frères se précipitent à Canaan avec les nouvelles. Yaacov vient en Egypte avec ses fils et leurs familles, soixante-dix âmes en tout, et retrouve son fils bien-aimé après vingt-deux ans de séparation. En chemin, il reçoit la promesse divine : « Ne crains pas de descendre en Egypte ; car Je ferai de toi une grande nation. Je descendrai avec toi en Egypte et il est sûr que Je vous ferai remonter ».

Yossef amasse de la richesse pour l’Egypte en vendant de la nourriture et des grains durant la famine. Le Pharaon donne à la famille de Yaacov la fertile région de Gochen pour qu’elle s’y installe et les Enfants d’Israël prospèrent dans leur exil égyptien.

Le Galout : prison et libération

Israël s’établit en terre d’Égypte, dans la région de Gochen ; et ils s’en emparèrent et grandirent et se multiplièrent excessivement. (Beréchit 47 :27)

C’est avec ces mots que la Torah décrit les prémices du premier Galout (exil) du Peuple juif lorsque Yaacov et ses soixante-dix enfants et petits-enfants quittèrent la Terre Sainte pour s’installer en Égypte.

Apparemment, il semble que ce fut un commencement agréable. L’un des leurs, Yossef, était de facto le dirigeant de l’Égypte. Gochen, le meilleur emplacement d’Égypte, leur était dévolu pour qu’ils s’y installent. Et c’est ce qu’ils firent, y trouvant un sol fertile pour qu’ils puissent se développer en tant qu’individus et en tant que communauté, au sens matériel comme au sens spirituel.

Cependant, le mot qu’utilise la Torah dans le verset cité ci-dessus : Vayéa’hazou, rendu par « ils s’en emparèrent », peut également signifier : « ils furent pris par lui ». Nos Sages rapportent les deux interprétations. Rachi indique que le mot Vayéa’hazou est lié au mot A’houza signifiant « propriété » et « exploitation ». Le Midrach, quant à lui, l’interprète comme signifiant : « La terre les tenait et s’emparait d’eux… comme un homme maintenu de force ».

Le paradoxe du Galout

C’est un paradoxe similaire qui décrit les sentiments de Yaacov à l’égard de son nouveau lieu de résidence. D’une part, les dix-sept années qu’il passa en Égypte sont considérées comme les meilleures de sa vie. Mais par ailleurs, la Haggada établit que Yaacov descendit en Égypte « forcé par le commandement divin ».

Il semble que cette déclaration de la Haggada soit contradictoire à la description que donnent nos Sages de Yaacov, représenté comme un Merkava (« chariot » ou « véhicule ») de la Volonté divine dont « chaque membre était totalement détaché de toute préoccupation matérielle et ne servait que comme véhicule pour accomplir la Volonté divine, à chaque instant de sa vie ». Un tel Merkava se serait-il senti « forcé » d’accomplir un commandement divin ?

Mais en réalité, c’est précisément parce que Yaacov était si absolument soumis à la volonté divine qu’il se sentait forcé d’aller en exil en Égypte. Car c’est exactement ce que D.ieu désire de nous : nous devons complètement nous investir dans l’entreprise de développer notre environnement de Galout et, en même temps, ressentir un perpétuel désir d’y échapper.

Cette dualité définit notre attitude par rapport à l’exil. D’une part, nous savons que, quel qu’hospitalier que soit notre pays d’accueil, et quelle que soit notre prospérité matérielle et spirituelle, sur un sol étranger, l’exil est une prison. Nous savons que le Galout affaiblit notre vision spirituelle, entrave notre mission nationale et compromet notre relation avec D.ieu. Car ce n’est qu’en tant que nation résidant sur notre terre, avec le Saint Temple, Résidence Divine en notre sein, que nous pouvons percevoir la Présence Divine dans le monde, pleinement réaliser notre rôle de « lumière pour les nations » et implanter complètement toutes les Mitsvot de la Torah, le sang vif de notre relation avec D.ieu.