Les Juifs de ‘Harson (en Belarusse) écrivirent dans une lettre adressée au Rabbi : « Moché et Meir (les deux jeunes gens envoyés au début des années 90 par le Rabbi) ont organisé la fête pour les enfants, Lag Baomer et ce n’était pas simple ! C’était difficile, mais nous avons ressenti – aussi bien nous qu’eux – votre aide (du Rabbi). D.ieu nous a aidés et tous s’est passé avec une facilité surprenante… ».

De quelles difficultés s’agissait-il ?

Nous avions pris très au sérieux l’organisation de Lag Baomer. Tout de suite après Pourim, avant même d’avoir achevé les préparatifs de Pessa’h, nous avons réalisé que ce serait la première fois que les Juifs de la ville assisteraient à un défilé d’enfants et se réuniraient en l’honneur de Rabbi Chimon Bar Yo’haï. Nous étions jeunes et entreprenants et avons loué l’endroit le plus grand de la ville, dans un terrain ouvert : le grand stade. Puis nous avons contacté une société de location d’avions : les enfants qui auraient gagné à un concours pourraient monter avec le pilote dans l’appareil loué et éparpilleraient des flyers à propos de la fête sur les gens rassemblés en bas. Pour le rendez-vous avec le directeur de la société, nous étions un peu nerveux et nous avons même mis une cravate. L’homme était bardé de toutes sortes de médailles militaires, il nous écouta et, très sérieusement, nous fit comprendre que cela coûterait cher. « Combien ? » avons-nous demandé craintivement. « 600 roubles. Pour deux heures ». A l’époque, le dollar valait 40 roubles ; donc 600 roubles équivalaient à 15 dollars… Nous avons fait mine de réaliser que c’était effectivement très cher mais nous n’avons pas marchandé (et pour cause…). Nous avons posé les 600 roubles sur la table et l’affaire fut conclue. En guise de pourboire, nous lui avons glissé encore 400 roubles pour nous assurer de la fiabilité du projet.

Puis nous nous sommes assurés de la location du grand stade à ciel ouvert qui répondrait à toutes nos exigences et avons entamé une grande campagne de publicité pour cette journée de Lag Baomer avec de nombreuses attractions – une fête dont tous se souviendraient, la première après 70 ans de communisme !

Cinq ou six jours avant la fête, on frappa à notre porte à l’hôtel : le président de la communauté, M. Zeev Spound entra, angoissé : « Il faut tout annuler ! Pas le choix ! ».

Il s’avérait que la météo annonçait qu’il allait pleuvoir à ‘Harson : « Pas seulement de la pluie, un véritable déluge ! » se lamenta-t-il. En ce qui me concerne, j’étais très fatigué et ma réaction ne fut pas à la hauteur :

– Velvel, ne vous inquiétez pas, nous allons parler avec le « maître de maison », tout va bien se passer, laissez-moi continuer de dormir !

Velvel n’était pas d’humeur à plaisanter. Il se tourna vers mon camarade, Meïr, espérant trouver auprès de lui davantage de bon sens. Mais celui-ci répliqua d’un ton ferme :

– Nous allons en parler au Rabbi et tout se passera bien !

Sans nous être concertés, nous étions d’accord qu’il ne fallait rien annuler.

– Moché, Meïr, ce n’est pas un jeu ! C’est très sérieux ! Il faut annoncer dans les journaux et à la radio que tout est annulé à cause de la météo ! Il faut annuler tout le personnel que nous avons engagé etc. Nous n’avons pas le temps de nous amuser !

– Ne vous inquiétez pas, (j’étais maintenant bien réveillé). Nous allons parler au « maître de maison » et nous n’annulerons rien !

Velvel était persuadé que nous ne l’avions pas compris : il alla réveiller notre traductrice mais en vain, nous étions déterminés. Nous sommes descendus à la réception de l’hôtel et avons demandé à pouvoir téléphoner à l’étranger (c’est ainsi que fonctionnaient les communications dans ce pays). Parfois, il fallait attendre deux jours pour parvenir à téléphoner mais cette fois, nous avons réussi à joindre immédiatement le secrétariat du Rabbi à New York : nous avons expliqué la situation au regretté Rav Binyamin Klein qui demanda tous les détails. Nous lui avons demandé de transmettre au Rabbi que nous avions besoin de beau temps au moins de 13h30 à 16h le jour de Lag Baomer. Le lendemain, le secrétaire nous téléphona, assura qu’il avait transmis notre requête au Rabbi mais n’avait pas reçu de réponse. Quant à nous, nous étions déterminés : tout se passerait du mieux possible. Autour de nous, tous étaient plus que pessimistes, personne ne comprenait notre entêtement. Mais nous étions calmes et décidés ; quelques personnes finirent par se demander si nous n’avions pas raison après tout, peut-être étions-nous au courant de ce que d’autres ne savaient pas, peut-être existe-t-il vraiment un « maître de maison » ?!

Nous nous sommes levés tôt ce jour de Lag Baomer : la tension normale avant un grand événement ou le bruit assourdissant de la pluie ? Nous avions déjà vu l’hiver et la pluie à ‘Harson mais une pluie aussi forte… ? Sous cette pluie battante, nous sommes allés à la synagogue, M. Zeev ne nous adressa même pas un regard tant il était furieux (à juste titre…) et les autres fidèles aussi ne nous adressèrent pas la parole.

A 13h20, la pluie perdit un peu de son intensité. A 13h30, la pluie s’arrêta, le soleil brilla de toutes ses forces sur la ville. Les autobus arrivèrent de partout, chargés d’enfants souriants et heureux qui avaient été récupérés dans toute la ville. A 14h15, le stade était rempli. Toute l’après-midi se déroula comme prévu, aucun des acteurs nécessaires pour l’animation ne manquait à l’appel et les enfants profitèrent de chaque minute. A 15h55, cinq minutes avant la fin de la fête, quelques gouttes apparurent puis, quinze minutes plus tard, la pluie reprit des forces et ne s’arrêta plus jusqu’au lendemain.

Tout le monde comprit alors ce que nous avions expliqué : il y a un « maître de maison ». Depuis cet événement, Zeev est monté en Israël et est devenu lui-même Chalia’h (émissaire) du Rabbi à Yaffo…

Kfar Chabad N° 1878

Traduit par Feiga Lubecki